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Politique

Débat Macron-Le Pen

Face au projet réactionnaire de Le Pen, Macron défenseur des musulmans ?

Le caractère indéniablement réactionnaire du projet de Marine Le Pen n’a pas à nous causer d’amnésie quant au bilan islamophobe du quinquennat Macron. Retour sur les principaux faits d’armes du candidat néo-libéral en la matière.

jeudi 21 avril

Crédits photo : Eric Piermont - AFP

Le débat de ce mercredi 20 avril aura clairement rappelé (pour ceux qui en doutaient) le caractère profondément réactionnaire du projet politique de Marine Le Pen. Sur la thématique de la laïcité Marine Le Pen a rappelé la mesure phare de son programme visant à interdire le port du voile dans l’espace public. Dans une rhétorique fémonationaliste prétendant « dévoiler les femmes » pour mieux les protéger, celle-ci a affirmé considérer que « le voile est un uniforme pour les islamistes. Je pense qu’une grande partie des jeunes femmes qui le mettent ne peuvent pas faire autrement en réalité même si elles ne peuvent pas le dire. »

Face à ce discours ultra-réactionnaire, Emmanuel Macron a tenté tout au long de la fin du débat de se positionner comme un « défenseur » de la communauté musulmane. Pourtant, difficile, au regard de son quinquennat, de croire que le Président des riches se serait converti, le temps d’un soir, en défenseur des musulmanes et des musulmans.

« C’est un choix ou on vous a forcée ? »

Depuis le premier tour Emmanuel Macron et Marine Le Pen ont cherché à draguer ouvertement l’électorat de Jean Luc Mélenchon en mettant de côté les thèses et points de programme les plus réactionnaires de leurs projets respectifs. Pour Emmanuel Macron il s’agit notamment de récupérer le « vote musulman », c’est-à-dire les 70% du vote des personnes de confession musulmanes qui sont allées à Jean-Luc Mélenchon, alors même que près de 2 millions de français de confession musulmane avaient, selon I’Ifop, voté pour lui en 2017.

La campagne de second tour a donc commencé par le fait de demander à une jeune femme à Strasbourg si elle portait le voile car elle y avait été « forcée », avant de se féliciter de son choix. Une mise en scène paternaliste et islamophobe mais qui se voulait un pied de nez à Marine Le Pen.

Il n’est pourtant pas nécessaire d’aller chercher très loin pour se rappeler du caractère islamophobe du gouvernement Macron. Depuis 2017, celui-ci a lentement amorcé la relance du tournant autoritaire initié par Francois Hollande en reprenant et publicisant la rhétorique islamophobe dont l’extrême-droite française est une source centrale.

Macron est un ennemi des classes populaires et des musulmans

Des « fiches de détection de signes de radicalisation » à l’université de Cergy-Pontoise après l’attentat de la préfecture de Paris aux campagnes successives contre « l’islamogauchisme » et le « wokisme » de Blanquer, Emmanuel Macron porte un bilan lourd de responsabilité dans la construction de l’islamophobie d’Etat en France.

Pour prendre les faits les plus récents, les gouvernements Philippe puis Castex ont imposé des réformes particulièrement autoritaires depuis 2019. Ce socle est une partie importante du projet autoritaire du gouvernement et du président. Il a visé au cours du quinquennat à poursuivre une politique contre le soi-disant « séparatisme », en armant la machine d’Etat de méthodes administratives et répressives accrues pour s’en prendre à la communauté musulmane ainsi qu’aux organisations souhaitant défendre les personnes opprimées par l’Etat.

Ce projet réactionnaire s’est particulièrement cristallisé autour de la loi « confortant le respect des principes de la République » dite « loi séparatisme ». En plus d’apporter à travers son article 18 une porte de sortie au gouvernement après la crise ouverte par certains articles de la loi Sécurité Globale, cette loi donne des armes au gouvernement, aux juges et à la police pour dissoudre et persécuter des organisations et écoles musulmanes ou encore des lieux de culte. Relancée après l’assassinat de Samuel Paty, en parallèle de la dissolution d’organisations de défense des droits des personnes musulmanes comme le CCIF et Baraka City, cette loi aura eu notamment pour conséquence la fermeture forcée de mosquées à Cannes ou la tentative récente (et ratée) de Darmanin de fermer la mosquée Al Farouk à Pessac.

Comme le rappelait Rafik Chekkat dans nos colonnes en février dernier : « compte-tenu de la politique menée par le gouvernement, des discours présidentiels (en particulier celui des Mureaux du 2 octobre 2020), des discussions et du vote de la loi sur le « séparatisme », Emmanuel Macron a sans surprise fini en couverture du rapport 2020 sur l’islamophobie qui vient d’être publié sous la coordination notamment de Farid Hafez ».

Ce renforcement de l’appareil d’Etat s’est aussi accompagné d’une large opération idéologique réactionnaire, que l’ensemble du gouvernement a mené avec force. A commencer par Gerald Darmanin, Frédérique Vidal et Jean Michel Blanquer, trois ministres qui ont repris la terminologie de l’extrême droite pour réaliser un pont entre les attaques contre les personnes musulmanes et l’offensive contre l’ensemble de la gauche et de notre camp social. L’éducation aura par exemple était une cible centrale pour Jean Michel Blanquer à travers la mise en place du « Carré Républicain » (sur les conseils de Jean-Pierre Obin, laïcard accompli) en novembre dernier, visant à attaquer les enseignants et leur liberté pédagogique.

Plusieurs termes et évènements ont incarné pour le gouvernement cette offensive, notamment l’utilisation de la notion d’« ensauvagement » (proche de la « barbarie » utilisée récemment par Marine Le Pen lors du débat de mercredi), de « l’islamogauchisme » ou encore du « wokisme » qui auront été promu dans le cadre d’une ribambelle d’évènements réactionnaires. On pense notamment à l’inauguration en janvier dernier d’un colloque sur le wokisme par Jean Michel Blanquer et organisé par Emmanuelle Hénin et Pierre Henri-Travaillot ; ou encore au « laboratoire républicain » organisé avec Caroline Fourest et Manuel Valls. Enfin, Frédérique Vidal aura quant à elle mené une offensive violente contre l’Université et le « développement de courants islamogauchistes » en affirmant que « traiter quelqu’un d’islamophobe peut le tuer ».

Une politique qui alimente l’extrême droite depuis 5 ans : Macron est un ennemi des classes populaires et des opprimés !

Nous avons à de nombreuses reprises expliqué que le tournant réactionnaire du gouvernement et la volonté d’armer l’Etat de mesures (et d’une rhétorique) réactionnaires était une attaque à l’ensemble de notre camp social. Ces mesures ont d’ailleurs été récemment utilisées pour s’en prendre à des organisations politiques comme le Collectif Palestine Vaincra, dissout en mars dernier par Gerald Darmanin, ou encore le groupe d’extrême gauche lyonnais Gale.

Légitimant des discours et politiques inspirées de l’extrême-droite, Emmanuel Macron a permis à cette dernière de se renforcer tout au long du quinquennat. Une politique qu’il entend poursuivre alors que son programme annonce vouloir « continuer à faire reculer l’islam radical » par la « poursuite de la fermeture des associations et des mosquées radicales, des écoles clandestines, de l’expulsion de prêcheurs radicalisés, du contrôle des financements étrangers. de l’extrême-droite pendant un long quinquennat et aspire à continuer dans cette mesure bien plus violemment. »

Plutôt que de le voir comme un rempart contre l’extrême droite, ou pire se féliciter de ses réponses à Marine Le Pen, le mouvement ouvrier et la gauche doivent continuer de lutter contre l’islamophobie, et s’armer d’un véritable programme de lutte contre le tournant autoritaire et raciste du gouvernement, en commençant par demander l’abrogation de toutes les lois autoritaires et islamophobes comme la loi séparatisme, par se mobiliser activement contre les dissolutions d’organisations, et en préparant un véritable plan de lutte et de résistance pour les années à venir.



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