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Gare du Nord : SUD Rail tire la sonnette d’alarme sur le danger pour les usagers

Retards sur la maintenance et la surveillance des installations ferroviaires, aiguillages dans le rouge, problèmes de géométrie, écartement des rails et risques de déraillements... Voilà les nombreux faits que le syndicat SUD Rail vient de mettre en lumière lors d’une alarme sociale ce lundi 22 mars face à la direction de SNCF Réseau, suite au refus de la direction de l'infrapole Paris Nord, après 2 mois de mobilisation des agents en grève, de trouver le chemin d’une véritable négociation. Révolution Permanente vous révèle les dessous d’une situation grave que la direction essaie de masquer.

jeudi 25 mars

Soutenez les grévistes de l’Infrapôle Paris Nord en lutte depuis le 18 janvier en donnant à la caisse de grève !

Voilà maintenant plusieurs semaines, que le conflit entre les brigades de maintenance du réseau de la Gare du Nord et la direction de SNCF Réseau a commencé.
Dans ce bras de fer inédit lancé par ces « invisibles » de la Gare du Nord, habitués à des conditions de travail insalubres et pénibles, une donnée centrale est à prendre en compte : la sécurité ferroviaire des usagers. Les conséquences principales des grèves à la SNCF ont généralement un impact sur le trafic voyageurs, indiquées par les habituelles « infos voyageurs » lors des mobilisations. Cette grève d’un genre nouveau vient montrer le poids qu’ont d’autres secteurs de la SNCF jusqu’à présent inconnus du grand public, comme les agents de maintenance du réseau ferroviaire. Tout le monde peut aisément comprendre que, sans maintenance du réseau, aucun train ne pourrait circuler en sécurité.

Pourtant, le directeur d’établissement de l’Infrapôle Paris Nord, lui, n’entend pas pour autant répondre aux revendications légitimes des grévistes, même après plus de 60 jours de bataille, et toutes les conséquences que nous imaginons sur le retard et le manque de surveillance des voies. Le syndicat SUD Rail a multiplié les alertes dans la presse, jusqu’ à écrire un courrier à l’attention de la présidente de région Valérie Pécresse, ainsi qu’à chaque élu de la région parisienne indiquant que « de nombreux manquements à la sécurité graves ont été révélés en février sur les gares de St Denis, Creil et Gare du Nord », allant également jusqu’à parler de « pourrissement » concernant l’attitude de la direction. Il a également été mis en alerte le risque d’un second « Brétigny », faisant référence à un mauvais éclissage d’aiguille, réalisé par des cadres en Gare du Nord en février, qui aurait pu avoir les mêmes conséquences que la tristement célèbre catastrophe de Brétigny en 2013, où le mauvais éclissage avait fait dérailler le train avec des passagers à bord.

Photo prise en février sur Gare du Nord d’un mauvais eclissage

En cause dans cette histoire, l’absence continue depuis plusieurs semaines de surveillance des installations : la grève des agents a de fait, des répercussions sur ce qui est le cœur de leur activité, à savoir la surveillance quotidienne des installations. Pour un des grévistes, qui a bien voulu répondre à nos questions « la direction joue la montre pour ne pas répondre à nos revendications, mais plus le temps passe plus les installations se dégradent ». Anasse KAZIB, syndicaliste SUD Rail, qui a participé à la réunion avec la direction de SNCF Réseau ce lundi déclare que « Pour le moment la direction de SNCF Réseau soutient le directeur d’établissement, comme « la corde soutient le pendu. Ils sont conscients que la gestion de cette grève est catastrophique et qu’il y’a une tension sur la sécurité ferroviaire. » Il ajoute pourtant « On a du mal à comprendre comment là-haut ils ferment les yeux comme cela sur tous les retards de maintenance, pour une histoire d’indemnité de 20 euros... C’est assez incroyable cette attitude ». Voilà donc de quoi il est question : la mise en tension des installations pour éviter de répondre à l’une des revendications principale des agents de la voie, cantonnés aux salaires les plus bas, qui réclament une prime pénibilité de 20 euros suite aux conditions difficiles.

L’inspection du travail abonde d’ailleurs dans le sens du syndicat SUD Rail, suite au droit d’alerte déposé sur les lignes de banlieue et TGV. Pour Karim DABAJ, délégué SUD Rail « L’inspection du travail vient confirmer qu’il y a bien une entrave à nos demandes concernant le suivi de la maintenance des voies de Paris Nord ». L’inspecteur du travail déclare même que « le refus de communication de ces documents pour les motifs allégués est absolument irrecevable et constitue une entrave au fonctionnement du CSE » exigeant que, doivent être communiqués « à monsieur DABAJ et aux membres de la CSSCT tout document de maintenance utiles permettant d’attester de l’absence de danger pour la circulation des trains sur les voies concernés ». Nous avons demandé à Karim DABAJ si la direction a communiqué les preuves depuis ce courrier du 16 mars, à cela le syndicaliste a souri en nous répondant « Quand tu n’as rien à cacher et que la maintenance est faite, tu n’as aucune raison de faire de la rétention, or aujourd’hui encore, nous n’avons toujours aucun document attestant qu’il n’y a aucun risque. Cela montre qu’il y’a un problème ».

Ce qui a déclenché la colère du syndicat SUD Rail, c’est un e-mail courant mars, signé par le directeur de la maintenance voie à Paris Nord. Le directeur a indiqué dans son e-mail tous les retards, comme par exemple le fait qu’il y’ait « 99 aiguillages dont les tournées de conformité n’ont pas été réalisées » ou encore cinq secteurs dont la géométrie nécessite une surveillance renforcée arrivés « hors délai en surveillance ».

Nous avons appris très récemment qu’après sa condamnation au tribunal de Bobigny, pour entrave à la grève des agents de la maintenance, la direction a entamé huit procédures disciplinaires à l’encontre des agents pour une photo de groupe lors d’une assemblée générale. Pour Anasse KAZIB c’est le signe « d’une direction qui méprise ces agents qui bossent toute l’année avec les rats et les cafards pour un salaire de merde, c’est le message qu’elle envoie aux premiers de cordée : réclamez quelque chose et je vous sanctionne ». » le syndicaliste ajoute « je n’ai jamais vu une direction aussi revancharde, qui plutôt que de longer les murs après sa condamnation, veut maintenant se faire justice elle-même en utilisant son pouvoir disciplinaire pour faire du troc avec les revendications. »

Du côté des agents, c’est en tout cas la détermination et la solidarité qui étaient les maitres mots du rassemblement ce jeudi 18 mars sur le parvis de Gare du Nord. Plusieurs soutiens ont montré leur colère face à l’attitude de la SNCF de vouloir sanctionner « des agents qui ont toujours été exemplaires dans leur travail afin d’assurer le service public. » comme l’a indiqué Adrien Cornet, délégué CGT de la raffinerie de Grandpuits venu les soutenir.

Pour l’heure, les négociations sont à l’arrêt entre la direction et les grévistes suite à la répression des agents, et nous voyons mal comment la maintenance du réseau de la Gare du Nord va pouvoir revenir à la normale dans les prochains jours. Anasse KAZIB, qui représente avec SUD Rail les grévistes dans ce conflit, indique : « Nous avons envoyé une proposition de protocole de fin de conflit à la direction le 11 Mars, mais la direction prend son temps, elle veut sanctionner d’abord et après elle discute. Mais cela ne marche pas ainsi dans la vie : le directeur pense que c’est un jeu semble t-il, il nous avait dit lui-même lorsqu’il avait entravé la grève en réaffectant les agents de jour que « cela fait partie du jeu » ».

Il est clair en tout cas que la direction pourrait cesser cette situation en répondant favorablement aux revendications. En attendant, elle préfère faire intervenir sur de gros chantiers des entreprises privées payées des milliers d’euros, plutôt que de répondre aux 20 euros réclamés par les grévistes.

Lettre ouverte adressée aux élu-es d’Île-de-France par le syndicat Sud Rail Paris Nord et les grévistes de l’Infrapôle :




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