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300 euros pour tous !

Grève le 24 juin chez Total : « On veut 300€ d’augmentation pour tous les salariés de Total et ses filiales ! »

La coordination CGT du groupe TotalEnergies appelle à la grève le 24 juin et revendique une augmentation de salaire de 300 euros indexée sur l’inflation. Une journée de mobilisation qui réunit pour la première fois les salariés de l’entreprise-mère et de ses filiales. Interview de Paul Feltmann, opérateur de production sur la plateforme Total de Grandpuits-Gargenville et délégué syndical CGT Grandpuits.

jeudi 16 juin

Crédit photo : O Phil des Contrastes

Révolution Permanente : La coordination CGT du groupe TotalEnergies appelle à une journée de grève pour les salaires le 24 juin. Peux-tu expliquer les raisons de cet appel ainsi que vos revendications ?

Paul Feltmann : Pendant les NAO en début d’année on a obtenu une augmentation de salaire plancher de 70€ bruts. Mais avec l’inflation, les salariés se rendent comptent lorsqu’ils font le plein d’essence et voient l’explosion du prix des produits alimentaires comme le blé, la farine ou l’huile, que cette petite augmentation ne suffit pas du tout pour subvenir à leurs besoins.

Dans les filiales de Total où il y a des bas salaires, ceux qui sont payés 1.350 euros par mois ne peuvent même plus joindre les deux bouts. Ils survivent à peine malgré qu’ils passent leur temps au boulot.

Donc nos revendications sont simples. On veut une augmentation de 300 euros pour tous les salariés de Total et ses filiales, indexée sur l’inflation qui est de actuellement de 5,2% d’après l’INSEE.

R.P : La coordination réunit des délégués des différentes raffineries et dépôts pétroliers de TotalEnergies, mais aussi des filiales comme Hutchinson. Pourquoi Total Énergies a recours à des filiales ? Quel impact sur les salariés en termes de conditions de travail et de salaire ?

Paul Feltmann : La logique du patronat c’est de diviser pour mieux régner. C’est-à-dire que Total crée des filiales qui lui permettent d’employer des salariés avec une convention collective différente, qui ne leur donne pas droit à la même grille de salaire, aux mêmes congés et aux mêmes acquis que les autres.

Dans les filiales de Total, les salariés triment et s’esquintent la santé toute l’année dans des usines très polluantes, pour au final toucher un salaire à peine supérieur au SMIC, autour de 1.350 euros nets ou 1.500 euros. C’est scandaleux quand on sait que l’entreprise engrange 9 milliards d’euros de bénéfices au premier trimestre 2022, qu’elle a reversé 9 milliards de dividendes aux actionnaires en 2021, et que le PDG Patrick Pouyanné a augmenté son propre salaire de 52% soit plus 3 millions d’euros à lui tout seul.

C’est la raison pour laquelle nous défendons que tous les salariés du groupe et de ses filiales puissent avoir les mêmes droits et les mêmes grilles de salaires. Parce que malgré les différences de métiers, on porte tous le même bleu de travail, on travaille tous pour la même boîte.

R.P : Aujourd’hui avec la flambée des prix du carburant, TotalEnergies continue de s’enrichir alors que la majorité de la population subit l’inflation et la vie chère. En tant que travailleur de la pétrochimie, quelles mesures faudrait-il mettre en place contre l’augmentation du prix de l’essence pour les classes populaires ?

Paul Feltmann : Il faut imposer le blocage des prix ! Total profite de l’inflation et fait de la spéculation pour s’enrichir, en jouant sur ce qui se passe en Ukraine pour augmenter les prix des hydrocarbures alors qu’en réalité l’offre et la demande n’ont pas beaucoup changé.

C’est pour cela qu’il faut mettre Total et toutes les grandes entreprises du secteur des hydrocarbures sous contrôle des travailleurs et de la population. C’est par le contrôle ouvrier qu’on peut réguler les prix en fonction des besoins de la population.

D’ailleurs les raffineurs sont eux-mêmes victimes de l’augmentation du prix de l’essence lorsqu’ils paient 120 euros un plein à la pompe. On a donc les mêmes intérêts que la majorité de la population, et on devrait pouvoir décider du prix de ce qu’on produit.

R.P : Le PDG de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, a pris la tête de l’association Entreprises pour l’environnement. Que penses-tu de la contradiction entre la « stratégie climat » qu’il prétend défendre, et le fait qu’il s’enrichisse précisément grâce à l’exploitation d’énergies fossiles ?

Paul Feltmann : C’est du greenwashing ! 90% des investissements du groupe vont toujours vers les énergies fossiles et le pétrole. La direction annonce des projets bio ou « zéro carbone », mais pendant ce temps [elle fait construire des pipelines en Ouganda avec le mégaprojet Tilenga qui va détruire la région du lac Albert et profite de l’évasion fiscale. Total continue donc à détruire la planète en creusant et en cherchant des hydrocarbures un peu partout.

La crise climatique et environnementale est une préoccupation légitime de la jeunesse et de la population en général. Donc Total essaye de sauter sur l’occasion pour redorer son blason, étant donné que son image de marque a été ternie par les scandales autour des naufrages pétroliers et des accidents industriels comme l’Erika ou AZF…

En plus de verdir son image, Total essaie de profiter du marché du bio qui rapporte énormément d’argent, notamment avec des subventions d’Etat. Aujourd’hui, on est par exemple obligé de mettre du bio-kérosène dans les avions à hauteur de 2 à 5%. C’est une obligation légale qui ne va rien changer à la crise climatique, mais sur laquelle Total se rue pour conquérir un nouveau marché fructueux.

R.P : Dans le contexte de l’inflation et d’augmentation des prix, il y a une vague de grève dans les entreprises pour les salaires dans l’industrie, la grande distribution ou la SNCF, mais aussi à l’aéroport de Roissy où un appel à la grève reconductible est prévu à partir du 1er juillet. Comment construire un plan de bataille pour frapper tous ensemble ?

Paul Feltmann : On est en pleine période électorale, et les bureaucraties syndicales regardent de près les élections. Elles espèrent qu’en votant NUPES tous les problèmes de salaire et de conditions de travail vont être réglés. Et à part ça, les directions syndicales n’ont aucune stratégie et ne proposent aucun plan de bataille. Jusque-là, les journées de mobilisations interprofessionnelles pour les salaires appelées nationalement par les confédérations syndicales le 27 janvier et le 17 mars ont été de simples dates isolées. Elles sont loin d’avoir exprimé la colère qu’il peut y avoir à la base et ne partent pas de la réalité des travailleurs qui nous disent que s’il s’agit juste de perdre une journée de salaire sans perspective, ça ne sert à rien.

A l’inverse, l’appel à la grève lancée par la coordination CGT Total part de la base, de ce que nous disent les salariés sur le terrain pour nous permettre d’impacter la production et de construire le rapport de force de la manière la plus efficace possible. C’est comme ça qu’on a réussi pour la première fois au sein du groupe Total, à réunir une coordination avec des délégués issus de différents sites de l’entreprise mère mais aussi de ses filiales, et qu’on arrive à trouver une date commune pour partir tous en même temps. C’est historique.

Après, c’est clair qu’il va falloir qu’on se coordonne avec d’autres secteurs. Il faut savoir que quand on a décidé avec la coordination CGT Total de poser une journée de grève le 24 juin, nous n’étions pas encore au courant qu’à l’aéroport de Roissy il y aurait un nouvel appel à la grève à partir du 1er juillet. Sinon on aurait pu décider de s’aligner sur cette journée-là. Mais de toute façon le 24 juin va être une première journée et il y en aura d’autres, au mois de juillet ou au mois d’août, et on pourra réattaquer en septembre si on n’obtient pas satisfaction.



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