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Monde

Géopolitique et impérialisme américain

Iran, Chine : Trump tente de laisser sa trace dans la politique étrangère des Etats-Unis

Tout semble indiquer que Trump tente de laisser sa marque dans la politique étrangère de son pays en se préparant à continuer à être une figure importante dans une société fortement polarisée.

mercredi 18 novembre

Deux semaines après l’élection américaine, dont il refuse de reconnaître le résultat, Donald Trump est reparti à l’offensive sur le terrain international. Menace de frappe en Iran, nouvelles mesures contre la Chine ou bien encore intensification des forages en Arctique en passant par le retrait des troupes en Afghanistan et en Irak, le bientôt ex-président des Etats-Unis entend accélérer le pas dans les dernières semaines de sa mandature. Un risque majeur pour l’équilibre géopolitique déjà précaire à échelle mondiale.

Depuis début novembre, Donald Trump se « distinguait » avant tout par ses sorties récurrentes sur les accusations de fraude lors de l’élection présidentielle américaine et la victoire du démocrate Joe Biden. Si le milliardaire poursuit sur sa ligne et semble prêt à jouer à fond la carte juridique, il semble toutefois peu probable que l’on assiste à un retournement de situation dans ce dossier.

Dès lors, Donald Trump semble changer son fusil d’épaule pour sa fin de mandature, d’ici au mois de janvier. Ainsi, l’encore président américain multiplie les sorties sur les questions internationales, souhaitant peser jusqu’au bout, quitte à entreprendre une fuite en avant dans la précipitation.

Menace de frappe contre l’Iran et nouvelles sanctions contre la Chine ?

Dos au mur, Trump fait du Trump et endosse les habits de chef de guerre de la principale puissance impérialiste du monde. Ainsi, comme le révèle le New York Times ce 16 novembre, le président américain a sondé ses conseillers dans la perspective d’une frappe sur un site nucléaire iranien. A l’instar de la Corée du Nord ou, sur le terrain économique, de la Chine, Trump menace donc directement l’un de ses « ennemis préférés » tant la présidence américaine de ces quatre dernières années a été marqué par les tensions avec Téhéran, avec pour point d’orgue le retrait unilatéral des Etats-Unis du traité sur le nucléaire iranien en 2018. Une manœuvre et des menaces qui ne sont visiblement pas du goût des conseillers du président américain, qui l’ont alerté sur les risques de déstabilisation dans la région en cas de frappes américaines. Il ne manque pas moins que ces menaces n’ont pas manqué de faire réagir à Téhéran. Ainsi, le porte parole du gouvernement iranien Ali Rabii, s’il a affirmé que, selon lui, la perspective d’une attaque américaine était hautement improbable, qu’« en tout état de cause, notre réponse courte a toujours été celle-ci : qu’à toute action contre le peuple iranien, il sera apporté une réponse dévastatrice ». Une déclaration qui en dit long sur l’exacerbation des tensions que les menaces de Trump ont immédiatement déclenchées.

Autre pays régulièrement visé ces quatre dernières années, la Chine n’échappe pas à la fuite en avant de Trump au crépuscule de son mandat. Ainsi, comme l’explique Le Figaro, le président américain entend relancer la guerre commerciale. Dans le viseur de Trump, le marché technologique national, dans la lignée des batailles concernant Huawai, pour ne citer qu’un exemple, et le secteur de la pêche « illégale » dans le Pacifique occidental, un autre sujet sensible. Une politique qui ne manquera pas, là encore, de tendre la situation géopolitique entre les deux puissances, et provoquer une nouvelle vague d’instabilité sur l’ensemble de l’échiquier mondial.

Enfin, en Afghanistan, Donald Trump accélère également le pas, concernant le retrait des troupes cette fois-ci. Une position qui est loin de faire l’unanimité au sein de l’establishment américain, et qui correspond à tout sauf à une position anti-militariste de Trump lui même. Ainsi, le président américain entendrait rapatrier 2500 soldats actuellement en Afghanistan et en Irak d’ici à Noël, soit quelques jours avant la passation de pouvoir avec Joe Biden. Une initiative qui n’est pas du goût du chef de file des républicains au Sénat et qui pourrait ouvrir une crise politique interne, exacerbant les contradictions de la politique impérialiste américaine, en déclin et menaçant d’un véritable chaos systémique.

Le scandale écologique du forage en Arctique

Enfin, dans l’opération de fuite en avant, Donald Trump entend régler, sous soixantaine, le dossier du forage en Arctique, zone stratégique du fait des ressources en énergies fossiles. Ainsi, la vente de concession de forage pétrolière et gazière sur la zone côtière, de 6500 kilomètres carrés, devrait être actée dans les prochaines heures, ouvrant la voie à un désastre écologique sans précédent.

En effet, l’exploitation de ces zones, au delà de l’impact évident sur les questions de réchauffement climatique, serait également un véritable désastre pour les nombreuses espèces animales y vivant, en particulier les ours polaires, déjà menacé d’extinction, ou bien encore les caribous.

Si Joe Biden avait marqué sa différence avec Trump sur ce dossier, en promettant de refuser toute exploitation de la zone, il y a fort à parier que le futur président américain ne reviendra pas sur la vente de ces concessions, voire même à la finalisation des transactions.

En soi, les manœuvres offensives de Trump pour les deux derniers mois de sa mandature démontre, d’une part, que la crise capitaliste qui a produit le phénomène Trump est là pour durer. C’est même elle qui offre au président actuel ses marges de manœuvres. D’autre part, dans une Amérique fracturée et dont les élections ont démontrés que la base sociale de Trump est encore solide, le président sortant entend garder une place de choix au pouvoir rendu possible par la crise politique historique dans laquelle est plongé les Etats-Unis. Comme l’explique Claudia Cinatti dans son article Crise politique aux Etats-Unis : pourquoi Trump s’accroche au pouvoir ?, « tout indiquerait que la véritable stratégie de Trump n’est pas de se retrancher à la Maison Blanche – ce qu’il ne peut d’ailleurs pas faire car il en sera chassé le 20 janvier – mais de maintenir la dynamique qui a renforcé sa base électorale et d’éviter que sa défaite ne se transforme en une guerre de clans. Le fait est que, bien qu’il ait perdu la Maison Blanche, le Parti républicain conserve une part très importante du pouvoir d’État et une grande capacité à influencer la politique intérieure et étrangère de l’impérialisme américain. Il dispose d’une solide majorité de 6 contre 3 à la Cour suprême et conservera très probablement le contrôle du Sénat, un outil indispensable pour mettre des bâtons dans les roues de l’administration Biden. De plus il a aussi progressé à la Chambre des représentants, raccourcissant d’avantage la majorité démocrate. […] Trump a montré avoir suffisamment de volonté politique pour conserver une place de choix au sein du régime, le temps dira avec quels alliés et sous quelle forme le « trumpisme » sera réinventé. Sera-t-il une faction de droite dure au sein du Parti Républicain comme le Tea Party, mais avec un pouvoir infiniment plus grand ? Ou bien jettera-t-il les bases d’un nouveau parti-mouvement populiste de droite ? Les hypothèses sont ouvertes ».




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