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Monde

L’Iran réagit à l’agression des États-Unis par l’envoi de missiles contre des bases américaines en Irak

Dans la nuit de mardi à mercredi, l’Iran a lancé une quinzaine de missiles contre des bases militaires américaines en Irak, à l’heure où le général Soleimani a été tué, il y a cinq jours. Une attaque plus symbolique que destructrice mais qui pourrait ouvrir la voie à l’escalade.

mercredi 8 janvier

Comme nous l’avons déjà écrit, la question n’était pas de savoir si l’Iran riposterait à l’agression impérialiste américaine mais comment. L’Iran a annoncé son attaque contre les États-Unis avec une rhétorique de guerre inédite en mentionnant 13 scénarios stratégiques de riposte. Le Parlement iranien a adopté une loi qui déclare les forces américaines, le Pentagone et tous ceux qui ont pris part à l’assassinat de Soleimani comme terroristes – incluant donc les alliés régionaux de l’impérialisme américain : Israël, l’Arabie Saoudite, les Emirats Arabes Unis et le Koweït.

De même, le Parlement irakien s’est prononcé pour le départ de toutes les forces d’occupation étrangères en mentionnant en premier les lieu les troupes américaines – là où les forces iraniennes, particulièrement influentes sur le territoire n’ont pas été visées. Dans le même temps, les cérémonies funéraires du général Qassem Soleimani ont été l’occasion d’une démonstration de force d’union nationale derrière le régime puisque plus d’un million de personnes sont descendues dans les rues de Téhéran et d’une douzaine d’autres villes iraniennes.

Le régime des ayatollahs a ainsi créé les conditions politiques pour mener à bien la réponse militaire nécessaire à l’exécution d’une des personnalités les plus importantes de la République islamique.

Attaque contre les États-Unis

Les Gardiens de la Révolution ont baptisé l’attaque « Opération martyre Soleimani ». Elle a consisté en deux attaques coordonnées, engagent une quinzaine de missiles (le nombre variant selon les sources gouvernementales, l’Irak parle de 22 missiles), contre des bases militaires en Irak. La première attaque a visé la base aérienne d’Ayn Al Asad, à l’ouest de Bagdad dans la province d’Al-Anbâr. L’autre attaque a touché la base d’Erbil, dans la région du Kurdistan irakien, un des alliés les plus importants des États-Unis dans le pays. Une deuxième vague a atteint une autre base Camp Taji, à quelques dizaines de kilomètres au nord de Bagdad selon des sources militaires citées par Voice of America News.

Le pouvoir iranien a qualifié de « forte vengeance » de ces attaques tout en les considérant comme « proportionnées et légitimes ». Khameini, le Guide suprême a quant à lui parlé de « gifle au visage » des Américains, tandis que le président Rohani a menacé de « couper la jambe aux Etats-Unis » au Moyen-Orient.
Au final, bien que nous soyons toujours en attente d’un réel bilan de ces attaques, elles semblent avoir été plus symboliques que destructrices. Si nous comparons les dommages causés par l’attaque américaine sur le pays persan, qui a perdu une de ses têtes stratégiques, sa principale figure militaire, un héros national, la réponse iranienne ne semble pas à la hauteur - surtout si l’on repense aux menaces de « déclencher l’enfer » sur l’armée américaine.

Les tirs de missile se sont concentrés sur des bases d’occupation militaire américaine en Irak, mais les premiers rapports n’évoquent aucune victime américaine. Le pouvoir iranien ne semble donc pas chercher une escalade majeure (comme sa diplomatie a commencé à l’exprimer ces dernières heures) mais plutôt une réponse, nécessaire, à l’agression américaine. L’Iran a tout de même continué à menacer les alliés américains (en particulier le Koweït, le Bahreïn, l’Arabie Saoudite, la Jordanie et Israël) de représailles en cas d’agression, y compris par les États-Unis, mais a affirmé ne pas souhaiter d’emballement militaire si les États-Unis ne frappaient pas à nouveau.

Les dégâts humains ou matériels ne sont pas encore connus, l’armée irakienne, prévenue de l’attaque par Téhéran, a indiqué n’avoir souffert d’aucune perte dans ses rangs. Les diverses forces de la coalition, qui se sont empressées de condamner l’attaque iranienne (alors qu’elles se sont rangées derrière celle de Trump, à l’image de Macron ne semblent pas avoir non plus subi de dégâts. Pour autant, suite au vote du Parlement irakien, hormis les États-Unis, seules la France et l’Italie ont décidé de garder des troupes stationnées dans le pays. La Grande-Bretagne en revanche s’était déclarée inquiète quant aux rumeurs faisant état de blessés sur les bases militaires. Si la situation ne peut donc être immédiatement vu comme une déclaration de guerre ouverte – même si pour la première fois l’Iran s’en prend directement, et non par acteur para-étatique interposé, aux forces américaines ou à leurs alliés – elle peut tout de même entraîner une escalade militaire importante. En réponse, les États-Unis ont ainsi fait décoller immédiatement plusieurs F-35 de leurs bases aux Emirats Arabes Unis.

Trump, le secrétaire d’Etat Mike Pomeo, le vice-président Mike Pence et le haut-commandement militaire se sont réunis cette nuit à la Maison Blanche. Une réaction du Président américain était attendue directement après l’attaque, mais après avoir constaté qu’il n’y avait aucune victime américaine à déplorer, la Maison Blanche a annoncé qu’il n’y aurait pas de déclaration. Trump devrait tout de même prendre la parole dans la matinée, heure de Washington.

D’après le New-York Times, « tout au long de la journée, les services de renseignement américains ont signalé qu’une attaque de l’Iran était imminente », et de hauts responsables ont dit qu’ils « se préparaient à une sorte d’attaque contre des bases américaines en Irak ou ailleurs au Moyen-Orient ».

Après avoir dit, en cas d’agression contre des installations ou des citoyens américains, cibler 52 sites culturels iraniens « dont certains sont particulièrement importants pour l’Iran et la culture iranienne » qu’il promettait de frapper très vite et très fort, Trump a dû faire marche arrière, rappelé à l’ordre par le chef de sa diplomatie. L’exécutif iranien a répondu à ce chiffre sur les réseaux sociaux en rappelant les 290 morts provoqués par une « erreur » militaire américaine qui avait tiré un missile sur un avion de ligne le 3 juillet 1988en pleine guerre Iran-Irak. Malgré tout, la diplomatie iranienne a répété qu’elle ne cherchait « ni l’escalade, ni la guerre mais [se défendrait] contre toute agression ».

La porte reste ouverte pour un match nul et permettre une forme de prise de contact diplomatique entre les deux pays, en tenant en compte comme facteur principal, l’absence de victimes américaines. Si cela devait se produire, cela confirmerait que l’action iranienne visait à faire preuve de réactivité. Mais la possibilité d’une nouvelle escalade n’est pas exclue, surtout compte tenu de l’imprévisibilité de la politique de Trump.

Indépendamment des raisons qui ont amené Trump à engager l’escalade contre l’Iran, il est clair que nous vivons actuellement une période d’incertitude dans la politique mondiale, y compris pour les capitalistes dont les marchés sont en baisse face à la soudaineté des événements. Un nouvel exemple des antagonismes majeurs qui existent dans les relations inter-étatiques, à un moment où de nombreux pays connaissent des mobilisations de masse et des révoltes.

Partout dans le monde, il est urgent de récuser les agressions que les États-Unis ont initié et de développer les mobilisations comme elles ont commencé au cœur-même des USA avec des démonstrations devant la Maison Blanche et simultanément dans plus d’une cinquantaine de villes. Il s’agit pour l’instant d’une minorité, mais ces mobilisations sont déjà symptomatiques du fait que Trump s’engage aussi sur un front intérieur convulsif.




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