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Monde

Les Etats-Unis vont à la catastrophe

L’épidémie, révélatrice du vrai visage de l’ère Trump

Il y a encore une semaine, Trump plastronnait publiquement et affirmait que « les églises [seraient] pleines pour le dimanche de Pâques », appelant même à une éventuelle levée du confinement, qui n’est que partiel, avant le 12 avril. Derrière l’aspect provocateur de l’annonce se déploie en réalité une politique très agressive de maintien de l’activité économique contre la réalité barbare de l’épidémie outre-Atlantique.

mercredi 1er avril

Le président américain Donald Trump s’exprime depuis la salle de presse de la Maison Blanche le 31 mars 2020. AFP / MANDEL NGAN

New York sur le chemin de l’Italie

La férocité de l’épidémie a de quoi faire pâlir. L’Etat de New York totalise en effet, sur la seule journée du 31 mars, 8658 nouveaux cas d’infection et 372 nouveaux décès. Alors qu’il compte un tiers des populations de l’Italie, de la France ou du Royaume-Uni (19 millions d’habitants), son bilan global (75 983 cas et 1714 morts) s’approche de plus en plus de ceux des pays européens les plus touchés. Hier, 8 Etats sur les 50 que compte le pays affichaient plus de 1000 nouveaux cas et pas un seul bilan national quotidien depuis le 22 mars n’est inférieur à celui de la veille. La situation sanitaire des Etats-Unis, qui n’ont pas décrété de confinement national ni réellement freiné leur économie, est en train de prendre une tournure dramatique. La première économie du monde fait chaque jour la démonstration de l’ampleur de son impréparation. Le 27 mars dernier, le New York Post, journal local, publiait en une la photo de trois infirmières portant en guise de protection sanitaire « des sacs-poubelle en raison de la pénurie de matériel », à un moment où la ville ne comptait encore « que » 281 décès.

Les Etats-Unis, pays des comorbidités et de la précarité

Le développement rapide de l’épidémie aux Etats-Unis qui sont en passe de devenir le premier foyer mondial de propagation du virus laisse craindre un drame sanitaire catastrophique. Le discours présidentiel a d’ores et déjà assuré qu’un bilan de 200 000 victimes constituerait une « victoire ». Mais en dépit du « triomphe » pronostiqué par Trump, tout porte à croire que le bilan sanitaire risque d’être bien plus grave. En effet, les modélisations prévoient que le nombre total de victimes pourraient atteindre dans le pire des scénarios 2,2 millions. De plus, la situation sanitaire globale du pays pose de nombreuses questions. Avec 33% de personnes obèses et 10 % de diabétiques (parmi lesquels figurent un quart des plus de 65 ans), les Etats-Unis semblent présenter un certain nombre de facteurs éventuellement aggravants. De plus, 27,7 millions d’américains n’ont aucune couverture maladie et beaucoup risquent encore de la perdre en perdant leur emploi. Cette précarité sanitaire risque également de peser dans la balance au moment où l’épidémie atteindra son pic, à l’image de ce jeune homme de 17 ans mort du CoVid-19 la semaine dernière en Californie faute d’assurance maladie.

Le véritable visage de l’ère Trump

La gestion erratique de l’épidémie, l’absence de mesures sérieuses, le discours martial, les rumeurs triomphalistes sur l’hydroxychloroquine, révèlent progressivement la vraie nature de l’ère Trump. Prêt à tout pour sauvegarder les profits des grandes industries et notamment du secteur pétrolier, la politique économique de Trump affiche de plus en plus ouvertement ses contradictions. Inféodé aux exigences de wall street, le président républicain tente par tous les moyens de faire redémarrer la grande industrie non essentielle pour lutter contre l’épidémie tandis que 3 millions de chômeurs supplémentaires viennent d’être enregistrés et que rien pratiquement n’est fait pour leur garantir une couverture maladie et la subsistance quotidienne. A l’image du chantier des luxueuses tours dans l’Upper East Side à Manhattan qui ne s’est pas arrêté, mettant en danger la vie de milliers de travailleurs, la politique de Trump est à deux vitesses. Voulant préserver son bilan économique, pilier central de sa campagne présidentielle, l’administration Républicaine fait la démonstration du fléau qu’elle est pour la classe ouvrière des Etats-Unis. Mais à l’image des employés d’Amazon en grève pour leur santé, la résistance des travailleurs pourrait bien s’éveiller une fois passé l’orage pandémique.




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