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Politique

La SNCF s’offre une nouvelle direction de combat pour préparer la privatisation

C'est une nouvelle qui tombe comme une énième provocation : alors que les cheminots sont depuis plusieurs semaines à l'avant garde de la mobilisation contre la réforme des retraites, le nouveau président de la SNCF vient d'annoncer la composition de sa nouvelle équipe de direction. Un nouveau groupe qui s'apparente à une véritable équipe de combat, avec comme horizon la privatisation.

mercredi 25 décembre 2019

Le ton était donné : dans un entretien accordé à Le Monde il y a de ça trois jours, Jean-Pierre Farandou, fait président de la SNCF le 1er novembre 2019, posait les maîtres mots ce qu’allait être son mandat : « Agilité, d’audace, d’innovation, responsabilisation et décentralisation ». Autant de mots qui, pour quiconque est bien rodé dans le langage de la start-up nation, signifient surtout uberisation, précarisation et plans d’austérité. « On passe maintenant à plusieurs sociétés anonymes. Cela implique une rigueur financière accrue », confirmait-il lui même. Le message semble s’être confirmé lundi dernier, alors que le nouveau chef du rail français nommait sa nouvelle équipe de direction : dans la droite lignée du "nouveau pacte ferroviaire" mis en place par Macron en 2018, c’est bien une lutte pour la privatisation du rail que semble engager la direction de l’entreprise.

La nouvelle directrice des gares de France sera donc Marlène Dolveck, qui affiche ouvertement son programme : transformer les gares en galeries marchandes, comme cela est déjà en train de se faire à la gare Saint-Lazare, et préparer ces dernières à l’arrivée de la concurrence. En somme ? Rentabiliser, privatiser. Jusqu’a présent totalement étrangère au monde ferroviaire, elle débute sa carrière au Crédit Agricole, avant de travailler pour HSBC France à la gestion du patrimoine et des grandes fortunes. Une grande banquière de profession à la tête de nos gares, voila qui laisse présager des intentions de M.Farandou.

À la tête de la nouvelle société SNCF Voyageurs, chargée du transport en Île-De-France et du maintien des TER, nous trouverons Christophe Fanichet, dont le CV est également plus que chargé. Tour à tour directeur au cabinet du géant de la comptabilité Price Waterhouse Coopers, chargé de budget pour le ministère des finances ou responsable des comptes publics pour le ministère du budget sous Chirac, il intègre la SNCF en 2008. Il est depuis directeur général de 574 Invest, un fond de pension destiné aux start-up dans le domaine de la mobilité et filiale de la SNCF. Au sein de la SNCF, il est surtout connu pour avoir l’été l’un des plus fidèles adjudants de Guillaume Pepy, anciennement président du groupe.

C’est donc un directeur de fond de pension et une banquière qui ont été choisis pour diriger les futurs groupes de la SNCF, le tout sur fond de transformation du groupe en société anonyme avec comme horizon non avoué l’ouverture à l’actionariat et à la privatisation, la course à la rentabilité. Alors que les cheminots sont aujourd’hui à l’avant garde d’une mobilisation historique, la constitution d’une telle équipe sonne comme une provocation. A l’image de Macron, Farandou radicalise son discours, affirme que « plus rien n’est a négocier » et que « tout est sur la table ». Et si la direction de la SNCF tente d’imposer aux cheminots une défaite thatcherienne, il se pourrait bien au contraire que cette politique ne se retourne contre elle en s’avérant être une véritable fabrique à radicalité pour des cheminots plus motivés que jamais, le tout dans un contexte de gilet-jaunisation du mouvement social.

Crédits photo : POOL/AFP - Stephane LEMOUTON




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