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Notre classe

Mobilisation du personnel hospitalier

Le 15 octobre, tous aux côtés des soignants pour exiger des moyens pour les hôpitaux

La date du 15 octobre, appelée dans la santé par plusieurs syndicats et collectifs, doit être une journée de mobilisation large pour appuyer les revendications de la première ligne et exiger des moyens hospitaliers à la hauteur des besoins de la population dans un contexte de seconde vague.

mardi 13 octobre

Crédits photo : afp.com/Loic VENANCE

Dans un communiqué commun la CGT-Santé, Sud-Santé, les urgentistes de l’Amuf, les infirmiers du SNPI, ainsi que les que les collectifs Inter-urgences et Inter-blocs appellent à la mobilisation :" Soyons mobilisé-e-s à Paris et ailleurs le 15 octobre 2020 ! Face à un gouvernement qui continue à communiquer qu’il maîtrise la situation et aurait réglé tous les problèmes grâce "au Ségur de la Santé". ce ne sont pas les augmentations de salaires, obtenues seulement pour certain-e-s, qui vont faire taire les professionel-le-s en colère. Les manques d’effectifs récurrents partout dans les services et les établissements sont INACCEPTABLES et doivent cesser"

Derrière la communication gouvernementale sur les acquis du Ségur, se cache le même hôpital en crise que durant la première phase. L’inquiétude est croissante dans les hôpitaux, à l’heure où la question n’est plus de savoir s’il y aura une deuxième vague, mais si les hôpitaux seront en capacité d’y faire face. Une nouvelle fois il faudra faire face avec les moyens du bords, réduits à peau de chagrin par les politiques austéritaires appliquées à l’hôpital depuis des décennies, à nouveau pour le personnel il ne faudra pas compter ses heures pour suppléer à la carence en effectifs, il s’agira encore de faire preuve de détermination et d’imagination pour pallier au manque de moyens, quand les lits manquent, quand les soignants ont lutté et luttent encore désarmés, en sous-effectifs, éreintés.

Un hôpital en crise : leur responsabilité, nos morts

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Pendant la première phase, de nombreux décès, causés par la Covid comme par d’autres pathologies, ont été directement liés à l’insuffisance des lits en réanimation et à la contrainte pour les soignants de trier les patients. La pénurie en masques, (finalement réservés à la grande distribution) aura non seulement aggravé la courbe épidémique mais aussi coûté la vie à une centaine de professionnels de la santé envoyés au front sans armes, quand la gestion des tests par le gouvernement, et l’absence d’une stratégie de dépistage massive puis la saturation des laboratoires, aura empêché de circonscrire l’épidémie et d’éviter des milliers de morts.

La semaine dernière un nouvel éventail de mesures répressives étaient annoncé par le gouvernement pour freiner la propagation du virus : fermeture des bars, des salles de sport avant la probable instauration d’un couvre-feu en Ile de France, voire à des reconfinements locaux, dans la lignée de la politique de responsabilisation individuelle et de régulation des loisirs plutôt que de l’économie menée par l’exécutif depuis le déconfinement. Après avoir laissé circulé le virus pendant tout l’été, mais aussi dans les transports, les entreprises, les écoles et universités depuis la rentrée, le gouvernement est une nouvelle fois confronté à l’urgence sanitaire. Une urgence qu’il tente de résoudre et masquer une nouvelle fois par la répression.

Et alors que le gouvernement revendiquait en parallèle l’augmentation du budget de la santé pour 2021 à l’occasion de la présentation de son projet de loi de finance de la sécurité sociale. Dans nos colonnes nous écrivions :« Le projet de loi indique ainsi à propos de l’Objectif national des dépenses d’assurance-maladie (ONDAM) que "hors dépenses exceptionnelles attachées à la covid, cela correspond à une progression structurelle inédite de 6 %, en cohérence avec les mesures de revalorisation et d’investissement décidées lors du Ségur de la Santé. Celui-ci conduit en effet à majorer l’ONDAM de 7,4 milliards d’euros en 2021. Par ailleurs, l’ONDAM 2021 intègre également une provision au titre de la poursuite de la gestion de crise (tests, masques, vaccins) pour un montant de 4,3 milliards d’euros".

A rebours de cette version officielle, de nombreuses organisations syndicales et collectifs hospitaliers dénonçaient une mascarade et révélaient que ce projet de loi dévoilait de nouvelles coupes budgétaires. « C’est notamment le journal Marianne qui a mis le doigt sur les contradictions du discours du gouvernement. Selon les calculs du quotidien, le projet de loi de finance de la sécurité sociale prévoirait une économie d’au moins 900 millions d’euros dans les finances hospitalières pour 2021. De fait, en recoupant au budget en hausse de l’ONDAM les mesures annoncées post-confinement relatives aux salaires des soignants et aux dépenses Covid, il s’avère que le plan ne procure pas de hausse des moyens pour les hôpitaux mais des économies au regard des charges prévisionnelles pour 2021. Un professeur d’économie à l’Université Paris Dauphine résume l’opération ainsi : "C’est comme si cette année il y avait deux couloirs séparés pour préparer l’Ondam : un tuyau qui finance les décisions du Ségur, et le tuyau habituel où il faut rogner 1 milliard et qui cette année permet d’annuler les conséquences des augmentations de rémunérations décidées au Ségur. Dit autrement, ce sont les hôpitaux qui vont devoir encore réduire leurs dépenses de fonctionnement pour financer le Ségur". ».

Emmanuel Macron, interpelé par des soignants mardi dernier, rétorquait que« le Covid qui arrive ce n’est pas une question de moyens, c’est une question d’organisation » et répondait à la détresse hospitalière par la logique du chiffre, affirmant que les activités essentielles de service public « pèsent sur le reste de l’activité ». Et ce alors que « la situation est grave » selon Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP, quand déjà « 20% des interventions non prioritaires sont en cours de déprogrammation », et qu’ « aux alentours du 24 octobre, il y aura au minimum entre 800 et 1000 patients Covid dans nos systèmes de réanimation. Soit 70 à 90 % de nos capacités ».

Une situation dramatique confirmée par le déclenchement, jeudi dernier par Aurélien Rousseau, directeur de l’Agence régionale de santé en Ile-de-France du plan blanc, qui permet la réquisition des travailleurs en repos, le recours à des bénévoles, et la déprogrammation de certaines activités hospitalières. Mais plus encore que l’évolution de la pandémie, ce que révèlent de telles mesures c’est l’état terrible dans lequel se trouvent les hôpitaux, qui avant même le Covid-19 fonctionnaient à flux tendus. Ce que rappellent les soignants de la région toulousaine dans un communiqué intersyndical :« « Depuis 20 ans ce sont plusieurs dizaines de milliers de lits qui ont été supprimés, 8000 sur les 2 dernières années. Les "12500 lits de réanimation" annoncés par le ministre de la santé sont un mythe : pas un lit n’a été créé, il s’agit de lits existants pouvant être transformés, mais à quel prix ? Il est intolérable que pour la seconde fois de nombreux patients souffrant d’autres pathologies, parfois graves, se voient refuser l’accès aux soins à l’hôpital. Selon les premières estimations plusieurs milliers en mourront et plusieurs dizaines de milliers subiront une dégradation de leur état de santé ».

Après les miettes obtenues lors du Ségur, lutter pour des investissements massifs à l’hôpital »

A la sortie du déconfinement, une succession de rassemblements étaient appelés dés le 11 mai ( jour du déconfinement), incarnés alors par les mardis et jeudis de la colère et une première mobilisation d’ampleur nationale le 16 juin dernier. La mobilisation du 16 juin était alors à envisager comme un point d’appui potentiel pour lancer une dynamique d’une ampleur toute autre, mais celle-ci se retrouvait rapidement confrontée au manque de perspective avec les seules dates du 30 juin et du 14 juillet, moins réussies. Une mobilisation qui permettait néanmoins de soutirer des miettes au gouvernement, qui annonçait en grande pompes un Ségur de la Santé et revendiquait un « accord historique ».

Pourtant le plan du gouvernement n’était absolument pas une réponse visant à répondre aux problèmes structurels de notre système de santé actuel, dénoncés par les soignants depuis de nombreuses années. Face à la colère de ces derniers et aux revendications qu’ils défendent, comme une réelle revalorisation salariale, une hausse générale et massive des moyens matériels et humains pour le système de santé, le gouvernement faisait quelques concessions et accordait des augmentations de salaires pour certains, sans pour autant abandonner son projet d’accélération de la privatisation de pans entiers de l’hôpital public notamment via la généralisation des partenariats public-privés, à l’image de son souhait de revenir sur les 35 heures et préparait ainsi le terrain à de nouvelles attaques contre l’hôpital public. Face à une situation qui ne cesse de se dégrader, les soignants revendiquent la formation et l’embauche massive de personnel, l’ouverture de nouveaux services dans tout le domaine médico-social, l’ouverture de lits, des augmentations de salaires et l’arrêt de la dérégulation du travail permise par le « Ségur de la santé.

Le 15 octobre il s’agira donc de renouer avec la contestation et le mouvement de cet été, en affirmant que loin de toutes illusions dans les concertation avec ce gouvernement, responsable de la casse de l’hôpital public, à l’origines du Ségur, il est temps de relancer un rapport de force à même cette fois d’imposer au gouvernement un grand plan d’investissement dans la santé. Un système de santé public, en bonne santé, n’est pas un rêve pieux, mais c’est sur le terrain des luttes et par la rue qu’il faudra aller le chercher. Dans la continuité de la grève des soignants du CHU de Toulouse ce 12 octobre, qui exigent des embauches en urgence et plus de moyens, ou de celle des travailleurs de la logistique de l’hôpital Pellegrin à Bordeaux, il s’agit de renouer avec des méthodes d’auto-organisation pour que les soignants puissent décider de leurs revendications et de la suite potentielle du mouvement.

Alors que les lits de réanimation se remplissent, que les indicateurs sont au rouge, l’ensemble du monde du travail doit se solidariser avec les travailleurs de la santé. Face à la crise sanitaire que le gouvernement tente de nous faire payer, refusons aux côtés des soignants que la santé, nos conditions de vies et de travail servent de variable d’ajustement. Unissons nos colère pour faire de ce 15 octobre un point d’appui pour relancer le mouvement des hospitaliers et refuser que des milliards sont accordées au patronat pendant que l’hôpital public meurt à petit feu et que les plans de licenciements se multiplient.




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