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Politique

Casse du service public

Le manque de moyens tue : 3 femmes décèdent dans une Maison d’accueil spécialisée en Gironde

« Nous n’avons pas réussi à assurer pendant tout l’été la permanence des soins fondamentaux pour trois personnes, car il nous manquait la moitié des effectifs ». Trois femmes sont mortes à la Maison d’accueil spécialisée de Villenave d’Ornon. Le manque de moyens tue.

vendredi 8 octobre

Crédit : ch-sudgironde

« Nous avons de la technicité et du savoir-faire, mais quand il n’y a plus de personnel soignant, on ne peut pas faire de miracle »

Les conséquences du manque d’effectif dans le secteur médico-social du handicap ont parfois des conséquences dramatiques. Dans la Maison d’accueil spécialisée « Le Junca » cet été à Villenave d’Ornon trois femmes sont mortes. Elles étaient âgées de 27, 32 et 35 ans. D’après les chiffres publiés par Rue89 l’établissement tournait avec seulement 50% de ses effectifs, c’est-à-dire 19 personnes sur les 38 nécessaires à la bonne prise en charge des patients, sans compter les 3,5 infirmières équivalent temps plein sur les 7 prévues. Un manque d’effectif criant dont ont pâti les 50 résidents de la MAS, comme en témoigne la réduction forcée de la fréquence de l’alimentation par sonde gastrique de trois à deux doses intensives pour les patients les plus vulnérables. Selon Michel Keisler, directeur général de l’Apajh Gironde, ce changement est à l’origine de la mort des trois jeunes femmes : « Les personnes nourries ainsi ont alors tendance à régurgiter, à faire des fausses routes et respirer des aliments, ce qui peut provoquer des infections respiratoires. L’hospitalisation à domicile n’a pas été suffisante. Trois personnes sont décédées, cinq autres ont pu être mises en sécurité dans un établissement hospitalier. »

Des soignants à bout de souffle prêts à quitter le navire …

Les soignants, eux aussi payent très durement le manque de moyens au quotidien puisqu’ils sont obligés de prendre en charge toujours plus de patients, dans des conditions de travail toujours plus déplorables et pour un salaire misérable qui n’augmente jamais : « Il y a de grosses surcharges de travail, avec des amplitudes horaires de 6h30 à 23h, une présence un week-end sur deux, affirme Anaïs Lafaye, directrice du pôle hébergement de l’APEI du Libournais, une association d’insertion des handicapés. Cela met à mal la vie de famille ». En première ligne pendant la pandémie, sans moyens, le personnel soignant des Maison d’accueil personnalisée fait parti des grands oubliés de la mascarade qu’est le Ségur de la santé et doit faire face à de nombreux départ de collègues qui préfèrent se reconvertir ou exercer dans d’autres secteurs de la santé mieux rémunérés : « L’écart de salaire est désormais de plus de 400 euros mensuel avec le milieu hospitalier pour les infirmières. Alors qu’il nous manque 3,5 ETP, celles qui restent envisagent de partir si elles ne sont pas revalorisées. »

« Les évènements graves qui sont survenus dans cet établissement sont symptomatiques de ce qui se passe dans notre pays »

La crise de la Covid 19 a mis en avant l’état catastrophique de nos services de santé après des décennies de casses des services publics Le gouvernement Macron n’a pas dérogé à la règle et a acté en pleine pandémie une réduction historique du budget de la santé pour 2022, ou encore son refus de légiférer quant à l’autonomie des personnes handicapés.

Une manifestation réunissant plusieurs centaines de personnes a eu lieu ce mercredi 6 octobre à Bordeaux pour dénoncer ces conditions de travail déplorables et la mise en danger des patients et des soignants au quotidien. Les travailleurs de la santé et les personnes handicapées étaient présent pour dénoncer des conditions de travail et de vie difficiles : « On est là pour soutenir les personnes qui travaillent auprès de nous et qui ne sont pas assez reconnues et payées, insiste Ghislaine, qui vit au MAS de Tresses. Je trouve ça aberrant. Et puis il n’y a pas assez de personnel, parfois plus qu’une personne au lieu de deux pour s’occuper de nous, cela commence à devenir galère. ».

Après ce drame, des investissements matériels et humains massifs apparaissent plus nécessaires que jamais. Dans cette perspective nous exigeons l’augmentation des salaires pour toutes et tous avec des conditions de travail dignes, pour que le handicap ne soit plus synonyme d’exclusion sociale, de précarité de fin tragique ou de privation de liberté !




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