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Les Républicains. Guillaume Peltier drague l’extrême-droite et ouvre une nouvelle crise dans le parti

Trois semaines après s’être affrontés sur l’attitude à adopter vis-à-vis de LREM pour les régionales, une nouvelle crise traverse Les Républicains après les propos de Guillaume Peltier, numéro 2 du parti, et son appel de phare en direction de l’extrême-droite.

mardi 1er juin

Crédits photos : GUILLAUME SOUVANT / AFP

A moins d’un mois des élections régionales c’est de nouveau la tourmente chez les Répu-blicains. Ce dimanche, le numéro 2 du parti, a pris position en faveur de Robert Ménard, le maire de Béziers soutenu par le Rassemblement National, se déclarant « d’accord avec 80 % de ses idées ». Interrogé en direct par le Grand Jury RTL-LE Figaro-LCI l’élu LR a exprimé son « plaisir » et sa disposition à participer avec le maire d’extrême-droite à un « gouvernement d’union nationale » [parce qu’on] « on porte les mêmes convictions ». Au-delà de positions communes avec l’édile biterrois le député LR a en outre dit vouloir la création d’une « justice exceptionnelle sans appel possible pour enfermer les individus radicalisés » et prôné en ce sens le rétablissement d’une « cour de sûreté de la Répu-blique ».

Une prise de position sévèrement recadrée par le numéro 1 du Parti, Christian Jacob, qui a immédiatement rappelé à l’ordre sur les réseaux sociaux son numéro 2 : « L’heure n’est pas aux prises de positions personnelles qui nuisent à tous mais à la mobilisation derrière nos candidats. Au moment où LR est en tête des enquêtes d’opinion, j’invite l’équipe dirgeante à être en total soutien derrière nos listes. La seule priorité jouer collectif ».

Quelques semaines auparavant, le parti se déchirait déjà après l’annonce d’un accord prévoyant le retrait de la liste En Marche aux élections régionales en Provence-Alpes-Côte-d’Azur au profit de celle de Renaud Muselier, actuel président LR de la région, et de l’inscription sur la liste de colistiers siglés LREM. Cette alliance alors justifiée, cette fois, pour faire barrage au Rassemblement national avait ouvert une nouvelle crise menant à un recadrage de Muselier, qui a finalement conservé l’investiture de LR.

Deux scandales révélateurs des tensions au sein de la droite historique qui se retrouve écartelée entre LREM et le RN. C’est que l’élection d’Emmanuel Macron a constitué un sérieux coup pour Les Républicains. La victoire de LREM a mis en déroute les partis traditionnels de la vie politique française et de la Vème République sur la base d’une large crise de représentation. L’émergence d’une nouvelle force politique unifiant le bloc bourgeois et sa droitisation accélérée a conduit le macronisme à occuper une large partie de l’espace politique du parti historique de la droite. Dans le même temps, la dynamique de l’extrême-droite et l’imposition à l’échelle nationale, par le gouvernement et les médias du « duel Macron – Le Pen » a conduit à marginaliser un peu plus la droite.

Les Républicains ne sont pas morts mais peinent à s’orienter comme l’explique Brice Teinturier, directeur général d’Ipsos France, dans une interview accordée à Franceinfo chez « les partisans LR il y a cette espèce de fracture interne puisque 58 % estiment qu’ils sont proches d’En Marche et un tiers, proches du FN. Au point que le parti des Républicains n’a plus d’utilité ou de spécificités, eh bien c’est l’avis de 64% de nos concitoyens. Seul un gros tiers, soit 35 % considèrent qu’il a bien une utilité. » Il nuance cependant les analyses mécaniques qui prévoient l’effondrement total des Républicains, : « C’est un parti qui a une spécificité et une implantation au niveau local, qui a des positions, qu’il va puiser dans certains cas, du côté du Rassemblement national et aussi de LREM. Chaque parti a différentes sensibilités. La difficulté, là, c’est que les Républicains ont de plus en plus de mal à les affirmer de manière forte. ».

Dans ce contexte, et en l’absence d’un héritier légitime de Nicolas Sarkozy, la situation est propice aux guerres d’individus et à la polarisation entre une ligne de droite libérale LREM-compatible et une ligne qui met les questions sécuritaires et d’immigration plus au centre et cherchent à disputer l’électorat de l’extrême-droite. Dans ce contexte l’élection présidentielle servira de juge de paix et l’absence pour la deuxième fois de son histoire et pour la deuxième fois consécutive de la droite au second tour des présidentielles pourrait bien faire advenir des recompositions à la droite de Macron et à l’extrême-droite, et dont on commence déjà à voir les prémisses.

Pour ce qui concerne le lien avec l’extrême-droite, on a ainsi pu voir récemment les alliances électorales de Gilles Plattret, tête de liste et vice-président LR, en Bourgogne-Franche-Comté avec Debout la France, les déclarations d’intentions de vote de la député européenne Nadine Morano, ou encore le départ de Thierry Mariani (qui pourrait emporter la région PACA) pour le RN en janvier 2019. Des dynamiques qui trouvent leur pendant du côté de l’extrême-droite chez des figures comme Robert Ménard ou de Marion Maréchal Le Pen, partisans de l’« union des droites » et critique d’une forme d’« irréalisme » économique supposé de Marine Le Pen, que celle-ci cherche à battre en brèche en affirmant son soutien au néo-libéralisme. Du côté de LREM, la récente intégration de membres de LREM sur la liste de Bruno Muselier et le départ de LR de Christian Estrosi vient réactiver le souvenir des défections de figures telles que Bruno le Maire ou Gérald Darmanin, et la cooptation temporaire d’un Edouard Philippe.

Par-delà ces recompositions, il convient cependant de noter que, qu’il s’agisse des ailes « libérales » comme les ailes les plus « dures » du LR, ou de LREM et du RN, toutes ces forces politiques partagent des orientations sécuritaires, xénophobes et islamophobes très semblables. A ce titre, il est intéressant de rappeler que Guillaume Peltier, transfuge du FN aux outrances réactionnaires et numéro 2 des Républicains, est un proche de Xavier Bertrand. Or ce dernier appelait ce dimanche, à l’issue des législatives partielles dans le Pas-de-Calais, à faire barrage au RN, et, talonné par le RN aux Régionales, expliquait sur France 3 : « tout faire pour empêcher le FN de l’emporter, de gagner dans ma région et de gagner dans notre pays. »

Alors que de son côté Gérald Darmanin déclarait au début de la campagne présidentielle trouver Marine le Pen trop « molle », force est de constater que par-delà les positionnements opportunistes et les déclarations sur l’extrême-droite de ces partis bourgeois, tous jouent sur les mêmes terrains et thématiques. Un terrain défavorable aux travailleurs et classes populaires qui ne peuvent que faire les frais de programmes visant à maintenir sur pied un système qui les broie, et qu’il est urgent de renverser.




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