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Société

Offensive anti-migrants

Les campements de Porte de la Chapelle démantelés par la police

Environ 1600 personnes, pour la plupart des demandeurs d'asile, ont été évacuées des deux campements de Porte de la Chapelle, à Paris. Cette opération s’inscrit dans l’offensive anti-migrants récemment lancée par le gouvernement.

jeudi 7 novembre

Crédits photo : AFP

L’opération a commencé jeudi 7 novembre à l’aube. Pour la préfecture de police, il s’agissait d’une « opération de mise à l’abri ». Il s’agissait en réalité d’une opération de démantèlement en bonne et due forme, au cours de laquelle 1 611 personnes ont été obligées de quitter leurs abris de fortune, pour monter dans des bus affrétés par la mairie de Paris, avant d’être réparti dans quinze gymnase de la ville, réquisitionnés pour l’occasion. Une solution qui ne peut évidemment pas être pérenne et qui permet de contrôler plus facilement les migrants.

Aux portes de la ville, « cachez ces migrants que je ne saurais voir »

Depuis plusieurs années maintenant, des migrants sans-abris ont installé des campements, Porte de la Chapelle, à cheval sur Paris et la ville de Saint-Denis. Bâches en plastique, couvertures, tentes ; leurs abris de fortune sont régulièrement « évacués » par la police.

Des centaines de gens, y compris des enfants en bas âge, y vivent dans des conditions déplorables, à proximité du périphérique, sans électricité ni eau courante. La misère y est extrême, et les suicides et les accidents sont nombreux.

La majorité des habitants de ces campements sont demandeurs d’asile, en attente d’une réponse de l’Ofpra ; et selon la préfecture, 10 à 15% des migrants qui vivent actuellement à la rue dans des campements insalubres en région parisienne sont des réfugiés statutaires. En moyenne, après une évacuation, 30% des migrants relogés sans solution pérenne retournent à la rue après quelques jours. « Je suis inquiet, car lorsqu’on nous emmène quelque part, et qu’on ne sait pas où l’on va, et ce qui va arriver ensuite, bien sûr que tu t’inquiètes », confie un migrant sur place au micro de Reuters.

Derrière cette « opération de mise à l’abri », une répression anti-migrants accrue

La préfecture a agit dans les plus brefs délais, puisqu’il s’est passé 24h entre la décision et l’évacuation effective. « Conformément aux orientations gouvernementales énoncées lors du Comité interministériel sur l’immigration du mercredi 6 novembre, le préfet de Police a donc pris la décision, en coordination avec le préfet de région d’Ile-de-France, de procéder au démantèlement de ces campements illicites avec la mise à l’abri concomitante des occupants. » a-t-on pu lire dans leur communiqué de presse.

« Cette opération s’est déroulée ce matin sans incident », ajoutent-ils. Or, selon l’association Utopia 56, qui vient en aide aux réfugiés à Paris et à Calais, les forces de l’ordre ont refusé que les bénévoles récupèrent les tentes, les vêtements et les couvertures que les habitants du campement ont dû abandonner sur place. La police leur a également interdit de donner des guides « Que faire en cas d’arrestation ? », traduits en plusieurs langues, aux personnes exilées interpellées. « La France, pays des droits de l’Homme empêche les gens d’avoir connaissance de leurs droits » dénoncent-ils sur leur compte Twitter.

Cette évacuation s’accompagne d’une interdiction stricte de réinstallation, avec un renforcement de la présence policière dans la zone concernée. Car, derrière les belles paroles sur les migrants que l’on viendrait sauver de l’insalubrité, c’est une répression policière accrue qui s’organise contre les migrants. Répression totalement assumée du côté de l’Interieur : « Une surveillance dynamique et permanente, complétée par l’utilisation de la vidéo- patrouille, sera assuré par des effectifs de la préfecture de Police dédiés qui seront appuyés quotidiennement par des unités de forces mobiles mises à la disposition du préfet de Police. Les personnes qui tenteraient de se réinstaller seront immédiatement contrôlées et leur situation administrative vérifiée, donnant lieu, en cas de séjour irrégulier sur le territoire national, à une procédure de placement en centre de rétention administrative. »

Et si la maire Anne Hidalgo avait promis qu’aucune des personnes évacuées n’irait en centre de détention, la police a bel et bien organisé une rafle à Porte d’Aubervillier pendant que l’opération de jeudi matin à Porte de la Chapelle monopolisait l’attention. De plus, une fois les personnes « mises à l’abri », rien n’empêche les autorités de les placer en centre de rétention dans les jours à venir et de les expulser. Castaner a expliqué sur franceinfo que "Pour certains" des migrants "mis à l’abri" à Paris, "nous procéderons à des éloignements" hors du territoire français.

L’évacuation de Porte de la Chapelle, un virage droitier voulu par Macron

L’évacuation des campements a eu lieu dans la foulée du Comité Interministériel sur l’immigration, à l’issue duquel Édouard Philippe a annoncé une vingtaine de mesures pour prendre à fond le virage xénophobe décidé par Macron pour chasser sur les terres du RN. Parmi les mesures, on retrouve notamment la mise en place d’un délai de carence de trois mois pour les demandeurs d’asile avant de pouvoir toucher l’Aide Médicale d’État. À cela s’ajoute une réduction de moitié de l’AME (passant de 12 à 6 mois) pour les déboutés du droit d’asile et les sans papiers, dont la demande devra à présent se faire sur « comparution physique ». Autant de mesures qui mettent en danger des personnes qui ont déjà risqué leur vie pour venir en France.

À quelques mois des municipales et à mi-mandat, le gouvernement annonce vouloir « reprendre le contrôle » de la politique migratoire française. Cela passe par un tournant très droitier, incarné par les débats sur le voile, l’interview à Valeurs Actuelles et la répression anti-migrants.

Non content de semer la misère et le chaos à l’internationale, l’impérialisme français s’assure que ses victimes ne puissent avoir aucun îlot de répit. Mis à la défensive sur le terrain social et en difficulté pour faire face à la réforme des retraites, le gouvernement détourne le débat sur la question de l’immigration et met en avant son visage le plus abject : accentuer les attaques contre les migrants et pointer du doigt un ennemi intérieur à l’heure où la bourgeoisie multiplie ses attaques.




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