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Jeunesse

Hommage à Diadié

Lycée d’Alembert à Aubervilliers : 2 élèves tués en 2 mois

150 personnes se sont réunies mercredi soir devant le lycée d’Alembert à Aubervilliers pour rendre hommage à Diadié, deuxième lycéen de l’établissement tué à coups de couteaux en deux mois.

jeudi 28 novembre 2019

Parents, personnels de l’éducation et élèves se sont retrouvés mercredi soir pour rendre hommage à Diadié, jeune élève de première retrouvé tué à coup de couteau le week-end dernier sur Saint Ouen.
Après la mort de Kewi qui venait du même établissement, les familles, les lycéens et les professeurs sont sous le choc. Cette violence qu’ils côtoient chaque jour et qui a mené à la mort de deux jeunes hommes en deux mois, ils la connaissent et savent qu’elle reflète une société violente qui précarise, amène la souffrance, la violence et pousse aux mauvais choix.

Les professeurs et parents d’élèves qui ont initié le rassemblement ont émis le besoin de se retrouver, de s’exprimer sur les difficultés du quotidien et de dénoncer l’institution qui comme à chaque drame depuis le début de l’année se déresponsabilise, ferme les yeux et cherche à étouffer l’affaire. Ce fut le cas pour Christine Renon, ce fut le cas pour les professeurs suicidés ou qui ont fait des tentatives et c’est à nouveau le cas ici, les médias stigmatisent et l’institution répond froidement de retourner charbonner en envoyant une cellule d’écoute pour la forme. Les revendications sur les personnels et les moyens sont balayées d’un revers de la main… jusqu’au prochain drame.

Alors les professeurs du lycée d’Alembert ont rédigé une lettre, exercé un droit de retrait, on ne leur a pas donné le temps de la recomposition, il aura fallu l’arracher.

Blanquer avait cherché à étouffer le meurtre de Kewi comme celui d’un fait divers qui n’aurait rien à voir avec le système qu’il défend, un système qui broie dès le plus jeune âge. Le désespoir de cette jeunesse est pourtant de plus en plus palpable que ce soit le jeune retrouvé mort dans sa chambre du CROUS, la lycéenne qui s’est immolée dans le hall de son lycée à Villemomble, le jeune Anas qui s’est immolé devant le CROUS de Lyon, comment ne pas voir que les projets de société que défendent Macron et son monde ont un impact sur les esprits, les corps, les vies des plus jeunes ? Ce projet de société c’est celui de la souffrance et de la précarité comme en témoignent ces situations.

La violence des enfants qui se frappent, se harcèlent et s’entre-tuent dès le plus jeune âge, c’est le reflet de leur projet de société, celle d’une jeunesse désemparée qui n’a plus foi en l’avenir et qui en vient à exercer des raccourcis pour se prouver, pour s’en sortir. Le ministre de l’éducation avait cherché à réduire le meurtre de Kewi à un fait divers « qui ne pourrait pas tout expliquer ». À cela les professeurs ont répondu que, mises bout à bout, ces situations font système, un système que le ministre de l’éducation aggrave, notamment en détruisant l’éducation publique et en répondant face à l’austérité par le tout-sécuritaire.

Pourtant Diadié Traoré était le cousin du jeune Adama Traoré, tué par la police et pour qui la sœur et le comité Vérité et Justice se battent encore aujourd’hui pour obtenir la vérité. Alors comment prétendre que la police, celle qui tue les jeunes des quartiers, serait la solution à la misère orchestrée par le gouvernement ?

Il y a quelques jours le rapport Toubon mettait en exergue, le manque de moyens alloués aux institutions, qui avait des répercussions sur les enfants. Nous écrivions d’ailleurs dans cet article « Après le décès de Kewi, qu’est-ce qui a changé ? » Les familles et personnels éducatif d’Aubervilliers ressentent dramatiquement que rien ne change, que l’État non seulement se déresponsabilise, mais continue à avancer ses réformes autoritaires qui ne vont évidemment qu’empirer les choses.

Les conditions de vies de cette jeunesse dites des quartiers, celle qui se retrouve ghettoïsée et délaissée par l’État et qui vit dans une précarité redoutable, sont celles des logements insalubres, comme on peut le voir face au lycée d’Alembert ; les tours HLM d’Aubervilliers, dont celle qui a brûlé il y a deux ans, emportant une famille. C’est là-dedans que grandissent et vivent ces jeunes qui connaissent la violence d’un système qui ne leur promet rien.

Alors face au délabrement des services publics, face à la précarité, la communauté se serre les coudes et cherche à relever la tête, comme ce mercredi soir devant le lycée d’Alembert. Pour Kewi, pour Diadié, pour tous les enfants qui ont peur sur le chemin de l’école, qui sont terrorisés par leur présent comme par leur avenir, il va falloir se battre pour une autre société dans laquelle on n’enterre pas ses enfants et dans laquelle on leur promet autre chose que la précarité.

Pour cette jeunesse il y a urgence à se battre à faire reculer ce gouvernement qui ne promet que la misère, la souffrance et la violence, il y a urgence à redonner espoir et à dessiner un autre projet de société.




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