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Politique

Mépris des soignants

Macron à l’hôpital de Poissy : coup de comm’ raté en pleine vague épidémique

La visite de Macron à l'hôpital de Poissy a fait les choux gras car des photos montrent des soignants lui tourner le dos. S'il ne s'agissait pas d'une action mais simplement la conséquence d'un manque de place, cette visite révèle tout le mépris du gouvernement pour le personnel médical.

jeudi 18 mars

Crédits photo : YOAN VALAT / AFP

Le 17 mars Macron s’est rendu à l’hôpital de Poissy dans les Yvelines pour un énième coup de comm’. Alors qu’il s’adresse aux soignant.e.s de l’hôpital, affirmant notamment que« on prendra les décisions qu’on doit prendre » face à la situation qui se dégrade en Île-de-France, deux soignantes semblent l’écouter de dos. Cela a enclenché un débat médiatique sur le caractère volontaire ou non de l’action.

En réalité, quand nous observons les autres photographies nous voyons que les soignantes tournent le dos à Macron simplement car il n’y a pas de place. L’issue de ce débat n’enlève rien au caractère hypocrite et extrêmement dérangeant de cette opération de communication.

A l’aune d’un énième confinement autoritaire et liberticide et de la saturation des hôpitaux, le gouvernement tente avec peine de regagner la confiance des soignants, en première ligne de la crise depuis un an. Cette visite présidentielle ne rattrapera pourtant ni l’avalanche de coupes budgétaires faites dans le système public de santé ni la dégradation terrible des conditions de travail des soignants.

Alors qu’il y a un an le gouvernement portait le personnel médical en héros dans son discours, il ne leur donnait en réalité que des miettes : les exposant au virus et leur faisant enchaîner les heures de travail sans masques à dispositions, sans soutien psychologique et matériel. Comme nous l’avons déjà écrit « la gestion vaccinale est catastrophique et n’est pas sans rappeler celle des masques durant la première vague où prêt de 60000 professionnels de santé ont été contaminés par la COVID-19 faute de moyens et de masques. Les infirmiers et aides soignants des blocs opératoires sont particulièrement touchés par cette gestion catastrophique du gouvernement. Plusieurs milliers d’interventions ont été mis en suspens durant la crise sanitaire, ce qui entraîne une surcharge de travail aujourd’hui, avec des personnels en sous-effectifs, nous rappelle Rachid Digoy, président du collectif Inter Blocs. Ce manque de personnel est compensé par des infirmiers en formation à la spécialisation IBODE, qui, en plus d’être sous-payés, subissent une pression et doivent reculer leur obtention de diplôme en raison de l’année blanche passée. »

Mais le gouvernement n’a pas hésité à rejeter sa responsabilité sur le dos des soignants. Rappelons qu’il y a à peine dix jours Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement, tentait de justifier la pénurie de vaccins et la gestion erratique de leur distribution en tapant sur la responsabilité individuelle des soignants soi-disant coupables de ne pas se faire vacciner.

Nous avons interviewé Isalyne, aide-soignante dans un service d’urgence de l’hôpital Mondor à Créteil. Elle ne s’est pas encore faite vacciner et nous explique pour quelles raisons : « Ils ne savent plus comment faire pour faire vacciner tout le monde rapidement, du coup ils se cachent derrière les soignants et tentent de leur faire porter le chapeau. À propos de la réticence des soignants à se faire vacciner : la très grande majorité d’entre eux, tout comme moi, ne refusent pas de se faire vacciner, mais ne veulent pas se faire vacciner à l’AstraZeneca, le vaccin le moins efficace du marché, qui provoquent les effets secondaires les plus graves, alors que nous, les soignants, nous sommes les plus exposés au virus et au plus proche des patients tous les jours. Quand on a un métier où l’on est aussi proche du virus que nous, je ne vois pas pourquoi on n’aurait pas accès au vaccin qui protège le mieux, ça me paraît logique. D’autant plus qu’à l’hôpital, on a énormément de nouveaux variants, en particulier le variant anglais. Par exemple, on a de nombreux collègues qui avaient déjà eu le Covid en 2020, et l’ont rattrapé récemment, avec la nouvelle souche britannique. Et puis l’État me fait bien rire quand il dit que les soignants refusent de se faire vacciner. J’ai essayé moi, et des collègues ont essayé également... On a appelé pour prendre rendez-vous, pour faire le vaccin. Mais on est recalés partout, que ce soit par le service hospitalier qui ne nous répond pas, ou les médecins de ville, parce qu’on serait trop jeunes et sans problèmes de santé... »

Cette offensive médiatique du gouvernement est mal passée. Et pour cause : nous sommes en situation de pandémie depuis plus d’un an et le gouvernement se dédouane de la question pourtant vitale du manque de moyens dans les hôpitaux, pour déplacer la responsabilité sur les travailleurs de la santé. En réponse au débat sur les photos d’hier, un soignant sous couvert d’anonymat dénonce auprès des journalistes d’Actu.fr : « Depuis le premier confinement, on promet au monde médical des améliorations : un meilleur salaire, une meilleure considération, plus de personnel, des moyens… Les promesses n’engagent que ceux qui y croient. Quelle est la situation réelle aujourd’hui ? Et bien les hôpitaux sont saturés. Et la consigne est claire : on n’ouvre aucun lit supplémentaire. On envoie les gens ailleurs… C’est ça la solution ? Quelles leçons ont été tirées de ces derniers mois ? »

De plus, demander du temps et de l’attention à des membres du personnel soignant en pleine troisième vague, pour écouter la communication présidentielle, est proprement meurtrier et à l’image de l’ensemble de la gestion sanitaire du gouvernement. Rappelons qu’actuellement en Île-de-France, 88 % des lits de réanimation sont occupés par des patients atteints de Covid-19 et qu’il est question de les transférer dans d’autres villes. Que Macron parle de « priorité » lors de son discours auprès des soignants alors qu’il est en train d’immobiliser tout un service est dérangeant et dangereux.




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