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Politique

Cyber-répression

Macron veut mettre fin à la possibilité d’être anonyme sur internet

Des papiers d’identité pour s’inscrire sur Facebook ? La possibilité pour la police et la justice d’avoir accès en un clic à toutes nos données personnelles ? Autant d’idées visant à étendre la répression d’État sur le Web, prônées par Macron au cours de son Grand Débat.

mardi 22 janvier

En proie à une crise profonde, Macron et son gouvernement tentent d’étouffer par tous les moyens la colère massive des Gilets Jaunes qui s’exprime dans la rue depuis plus de deux mois. Parfois avec la carotte (effets d’annonce concernant la soi-disant hausse du SMIC, gel des taxes…), souvent avec le bâton (une répression féroce qui a déjà fait des centaines de blessés et envoyé autant de manifestants en prison). Cette volonté de faire dévier cette mobilisation de masse s’incarne également, et de manière évidente, dans l’instauration du « Grand Débat national », tentative grossière de canaliser institutionnellement la déferlante jaune fluo.

Pourtant, la crise gouvernementale est loin d’être refermée, le « Grand Débat » est – à raison – totalement dédaigné par les Gilets Jaunes, et si Macron voulait attiser la colère sociale, il ne s’y prendrait pas autrement.

En effet, le Grand Débat est surtout un théâtre que le gouvernement se joue à lui-même, et qui lui permet d’affirmer ses idées, plus réactionnaires et antisociales les unes que les autres. Ainsi, alors que l’acte 2 du Grand Débat se déroulait à Souillac, dans le Lot, vendredi 18 janvier, Macron a abordé le sujet de « l’hygiène démocratique du statut de l’information ».

Amalgamant totalement la question des « fake news » et de la possibilité d’être anonyme sur les réseaux sociaux, il a expliqué vouloir voir une « levée progressive de toute forme d’anonymat ». S’il ne s’est pas étendu sur les moyens concrets d’application de cette levée de l’anonymat en ligne, il n’est pas difficile d’en deviner la teneur. Par exemple la nécessité d’envoyer une copie de ses papiers d’identité pour créer ou conserver un compte sur Facebook ou Twitter.

Une logique d’ores et déjà condamnée par la Quadrature du Net – défendant les libertés sur Internet – en la personne de Félix Tréguer : « Emmanuel Macron oublie que l’anonymat constitue un droit associé à la liberté d’expression et de communication et au droit à la vie privée. Il est reconnu comme tel au niveau international, notamment par la Cour européenne des droits de l’Homme ».

Non content d’avoir franchi un cap dans la répression des manifestations, le gouvernement Macron souhaite ainsi étendre son arsenal répressif du web, dans la suite logique des déclarations de Marlène Schiappa qui réclamait la liste de toutes les personnes ayant contribué à la cagnotte en ligne de soutien au boxeur Dettinger.

La volonté de Macron est en réalité d’étendre une logique déjà à l’œuvre, qui consiste à traquer les voix dissidentes sur les réseaux sociaux pour les réprimer, sous couvert de lutte contre les « torrents de haine déversés en ligne ».

Plusieurs exemples montrent déjà quel usage pourrait être fait si une telle loi venait à être adoptée. Ainsi, Cédric Herrou, venant en aide à des réfugiés et incriminant la politique menée par la préfecture des Alpes-Maritimes sur son compte Facebook, avait été poursuivi en justice par le Préfet.

On pense également à ces nombreux salariés qui ont dû faire face à des procédures de licenciements pour des publications sur les réseaux sociaux, comme ce postier varois ayant publié une vidéo, cet ouvrier belge licencié pour avoir défendu ses collègues dans des commentaires, ce travailleur renvoyé alors qu’il revendiquait le droit de grève sur son profil, ou encore ces salariés d’Amazon qui ont été convoqués et certains licenciés pour avoir appelé au blocage et à soutenir les Gilets Jaunes à Montélimar.

Une politique sécuritaire et liberticide étendue aux réseaux sociaux ne serait en rien efficace pour lutter contre « la haine » et le terrorisme. En revanche, ce serait pour les patrons et le gouvernement un excellent moyen d’étendre leurs capacités à espionner et réprimer l’immense majorité de la population… Big Brother is watching you.




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