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Mali. La répression des émeutes pour la démission du président fait 11 morts et 164 blessés

Depuis le 5 juin, une coalition d’oppositions exige la démission du président du Mali, Ibrahim Boubacar Keïta. Dans un pays dévasté par la misère, la corruption, la domination impérialiste et l’extrême violence qui en résulte, la goutte d’eau qui a fait déborder le vase a été la modification des résultats des élections législatives de mars-avril par la Cour constitutionnelle, en faveur du président.

lundi 20 juillet

Crédits photo : AFP/Michèle Cattani 

La semaine dernière, la capitale du Mali a été témoin de trois jours de manifestations et d’affrontements consécutifs, qui ont fait au moins 11 morts et 164 blessés. La coalition – appelée Mouvement du 5 juin-Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP), composée de leaders religieux, politiques et aussi de civils indépendants – demande la dissolution de l’Assemblée nationale et la formation d’un gouvernement de transition.

De manière plus générale, les manifestants réclament le départ d’Ibrahim Boubacar Keïta, appelé IBK. Interviewé par RFI, Ibrahim Maïga, chercheur à l’ISS, l’Institut d’études de sécurité, basé à Bamako, explique : « IBK apparaît aujourd’hui aux yeux de ces manifestants comme le symbole de l’échec de l’Etat malien et de ses institutions, non seulement à gagner du terrain sur le plan sécuritaire, donc à faire reculer l’insécurité, mais aussi à améliorer les conditions de vie des populations et à lutter contre la corruption. »

La goutte d’eau qui a fait déborder le vase a été la modification des résultats des élections législatives de mars-avril par la Cour constitutionnelle, en faveur du président.

Déjà, le vendredi 10 juillet, jour de la troisième grande manifestation après le 5 juin, au moins trois personnes ont été tuées par les forces de répression, et ces dernières ont procédé à plus de 200 arrestations. Ce même jour, selon Le Monde, « quatre manifestants qui jetaient des pierres sur la maison de Manassa Danioko, la présidente de la Cour constitutionnelle, ont été tués par les balles de la police. Deux étaient mineurs. Une vidéo montre un jeune homme au sol, le visage ensanglanté. Un manifestant tente de lui refermer les yeux, mais doit détaler face à la charge des forces de sécurité ».

Un débat de grande ampleur a pris place après ces jours de répression extrêmement féroce et meurtrière, due au déploiement de personnel militaire de la Force spéciale anti-terroriste (Forsat) pour intervenir dans les manifestations dans le but de « maintenir l’ordre » et dont le seul résultat est de nombreux morts et blessés.

Ce lundi, le M5 a refusé le « plan de sortie de crise » proposé par la médiation de la mission de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao). Selon RFI, « La principale revendication du M5 à savoir la démission du président Ibrahim Boubacar Keïta ne fait pas partie des recommandations ». Ainsi, « Ce lundi matin, quelques barricades ont été érigées par des manifestants à certains points localisés dans la capitale ». La Cédéao propose également « un gouvernement d’union nationale, avec 50% pour la majorité, 30% pour les opposants et 20% pour la société civile. » Dans les jours qui viennent, les pourparlers devraient se poursuivre.

Ce n’est que samedi soir que le président du Mali, Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), s’est adressé à la population, condamnant les « actes de vandalisme » et promettant, en même temps, une « dissolution de fait » du Cour constitutionnelle.

Si l’actuel président, IBK, est très contesté par les manifestants, il convient cependant d’observer d’un regard critique certains leaders de l’opposition. Un des principaux leaders, présenté comme l’ « autorité morale » du mouvement, est un imam très conservateur, Mahmoud Dicko.

Une intervention française qui aggrave la situation

Depuis l’intervention impérialiste en Libye, le Mali n’a cessé de payer les pots cassés. L’intervention française a sauvé le pouvoir d’Ibrahim Boubacar Keïta face à l’offensive des indépendantistes touaregs et des djihadistes. Entre désertion des forces étatiques, changements climatiques et tactiques communautaires de la part des français et des djihadistes, les tensions intercommunautaires viennent compliquer encore la situation, notamment entre les Peuls et les ethnies Bambara et Dogon.

Dans toutes les crises maliennes, la France a joué un rôle primordial. Il y a sept ans, l’Élysée a promu une intervention militaire française au Sahel, au Mali, qui a ensuite été étendue à cinq autres pays, en prenant le nom de « Barkhane », et comptant sur le déploiement de plus de 5 000 militaires dans la région. Aujourd’hui, 7 ans après le lancement, Macron se félicite de soi-disant « résultats spectaculaires » malgré le fait que les pays sont baignés dans le sang. En réalité, l’intervention française au Sahel vise des intérêts économiques et géopolitiques à long terme pour l’impérialisme français et revêt un caractère potentiellement permanent.




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