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Politique

Un mensonge d’Etat

Manifestante blessée à Nice : la version de Macron et du procureur démentie par un rapport policier

Les images de Geneviève Legay, 73 ans et militante à ATTAC, grièvement blessée au cours d’une charge de CRS à Nice lors de l’acte 19, ont fait le tour des réseaux sociaux, provoquant une indignation généralisée. Face à l’ampleur que commençait à prendre l’affaire, tout a été mis en place pour l’étouffer, au point de nier les violences commises par les policiers et leurs responsabilités. Une version adoptée par Macron et le procureur de Nice qui, après avoir été contredite par des vidéos et témoignages, l’a été plus récemment par un rapport policier que s’est procuré Médiapart.

vendredi 29 mars

Crédits Photo : Eric Gaillard / Afp

Les vidéos et les images de Geneviève Legay, 73 ans et militante à Attac, grièvement blessée suite à une charge de CRS à Nice lors de l’acte 19 ont fait le tour des réseaux sociaux. La violente charge policière a provoqué la chute de cette manifestante, dont la tête a par la suite heurté un plot de tramway, la blessant grièvement, comme l’atteste les images où on l’aperçoit au sol, ensanglantée et inconsciente. Cette charge policière lui a provoqué plusieurs fractures au crâne ainsi que des hématomes sous-duraux.

Incarnant le symbole du tournant ultra-répressif et autoritaire adopté par le gouvernement suite au revers de l’acte 18, cet énième cas de violence policière a suscité beaucoup d’indignation et un immense élan de solidarité. Ainsi, outre l’indignation généralisée sur les réseaux, les milliers de messages de soutiens, plusieurs rassemblements de soutien ont été organisés, dont un à Nice, dans la continuité de l’ensemble des rassemblements organisés depuis le début de la mobilisation contre la répression policière et judiciaire.

Face à l’ampleur que commençait à prendre cette affaire, risquant de devenir une affaire d’Etat à l’heure où le gouvernement est plus affaibli que jamais et que son tournant ultra-répressif n’est pas sans contradictions, tout a été fait pour étouffer cet énième cas de violences policières. Ainsi, tout en responsabilisant Geneviève Legay des violences dont elle a été victime, avec des propos ignobles dans Nice Matin : «  Elle s’est mise en situation d’aller dans un endroit interdit, de manière explicite » - mobilisant l’interdiction de manifester pour justifier la répression - , ajoutant que, « quand on est fragile, on ne se met pas dans des situations comme celle-ci  » et appelant par conséquent madame Legay à une «  forme de sagesse », Emmanuel Macron, tout comme le procureur de Nice ont voulu faire croire à la thèse accidentelle, affirmant que les forces de l’ordre n’étaient pas impliquées et encore moins responsables de la chute de Geneviève.

Lundi soir, le procureur, Michel Prêtre, a en effet affirmé que Geneviève Legay n’avait « pas été touchée intentionnellement » et n’a eu « aucun contact avec un agent de sécurité ». Une version reprise par Macron, qui a déclaré que «  cette dame n’a pas été en contact avec les forces de l’ordre ». Mais une version évidemment mensongère, qui est largement discréditée par les vidéos qui ont circulé sur les réseaux, qui dévoilent la responsabilité sans appel des forces de police dans cette grave blessure. Avec des CRS qui ont par ailleurs par la suite refusé que des streets médics viennent en secours à madame Legay, inconsciente et en sang, et qui les ont par la suite réprimés, les plaçant plusieurs heures en garde à vue.

Cependant, en plus des preuves visuelles, des témoignages des manifestants sur place et de Geneviève elle-même, un rapport policier que Médiapart a pu consulter atteste et «  renforcent l’idée d’un mensonge orchestré ».

Selon les informations qu’ils ont obtenues, dans « un procès verbal daté du 23 mars à 19h05 », soit le jour même du rassemblement, un officier de police judiciaire (OPJ) expliquait ceci : «  Selon les premiers éléments recueillis, la septuagénaire aurait été bousculée par un homme qui portait un bouclier, sans plus de précisions [sic]  ».
Un autre témoignage, d’un policier ayant participé à la charge qui a provoqué la chute de Geneviève, a déclaré ceci : « Nous avons chargé, donc effectivement nous avons poussé les personnes devant nous. (…) C’est après la charge en me retournant que j’ai constaté qu’une femme était à terre. »

Médiapart a également recueilli divers témoignages de street médics présents sur les lieux lors de cette charge policière. Ainsi que d’un manifestant qui a affirmé lui aussi avoir vu Geneviève Legay «  poussée par un policier et son bouclier pendant la charge. Une fois à terre, un policier l’a traînée. Elle a reçu des coups de pied. Et elle a été déplacée à deux mètres de sa chute, près d’un plot, d’un pylône ». Dénonçant par la suite les menaces et intimidations qu’il a reçu pour qu’il ne témoigne pas : «  On m’a demandé de me taire. C’était effrayant. Je ne peux pas passer sous silence ce dont j’ai été témoin. » 

Compte tenu de ces nouveaux éléments, qui viennent confirmer un fait qui était déjà avérée par divers preuves, à savoir les violences commises par les policiers à l’égard de Geneviève, l’avocat de cette dernière a réclamé la démission du procureur de Nice. Suite à la sortie de ce rapport et à la pression, ce dernier s’est vu obligé de reculerait et de reconnaitre, ce jeudi soir, qu’un "policier isolé et dépourvu de bouclier" avait "écarté du bras vers sa droite" Geneviève Legay, provoquant sa chute.

Pressions, tentatives d’intimidations, mensonges de la part du chef de l’Etat et des autorités, cette affaire dévoile de manière criante l’impunité dont jouissent les forces de polices, les intérêts qu’elles défendent, ceux des dominants ainsi que le tournant de plus en plus autoritaire, non sans contradictions, que prend le gouvernement et ses institutions. Le cas de Geneviève peut être représentatif, pour tous ceux qui auraient pu en douter, de l’ampleur et de la violence et de la répression policière.




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