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Offensive réactionnaire

« Nous sommes en guerre » : les syndicats policiers majoritaires font pression pour durcir la répression

Dans un communiqué martial, Alliance et l’UNSA Police appellent ce vendredi à durcir la répression pour mettre « hors d’état de nuire » les « hordes sauvages ». Un texte menaçant, pour obtenir plus de moyens répressifs et pousser encore un peu plus l'offensive déjà brutale déployée par le gouvernement.

Paul Morao

30 juin 2023

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« Nous sommes en guerre » : les syndicats policiers majoritaires font pression pour durcir la répression

Un texte martial qui peut être lu comme un appel à la guerre civile : dans un communiqué publié ce vendredi, Alliance et l’UNSA Police s’adressent au gouvernement pour exiger un durcissement de la répression. « Face à ces hordes sauvages, demander le calme ne suffit plus, il faut l’imposer » explique le texte, appelant au « combat contre ces "nuisibles" » et à « mettre les interpellés hors d’état de nuire ».

Une interpellation visant directement Darmanin et Macron, en faveur d’un nouveau saut dans l’offensive contre les révoltes qui traversent de nombreux quartiers populaires depuis 3 jours suite au meurtre de Nahel, 17 ans, par un policier. Alors que l’État mobilisait hier soir 40.000 policiers, épaulés par la BRI, le GIGN et le RAID, les syndicats de police tentent de pousser pour durcir d’un cran supplémentaire l’offensive.

Un appel qui provient d’organisations occupant une position centrale dans la police. A la tête d’une alliance de treize organisations aux dernières élections professionnelles, le duo Alliance-UNSA Police a en effet raflé près de 50% des voix en décembre dernier, devenant la principale force dans l’institution. Une razzia menée avec l’appui de Darmanin, invité d’honneur, quelques mois plus tôt, de la célébration de ce nouveau bloc syndical.

La prise de position témoigne des hésitations au sommet de l’État, entre la volonté initiale d’éviter l’embrasement, incarnée par la première réaction de Macron ou l’annonce de Darmanin de sa volonté de dissoudre France Police, et la nécessité pour Macron de rétablir « l’ordre » le plus vite possible. Une perspective d’écrasement de la révolte qui, au vu des développements actuels, semble être désormais privilégiée au sommet de l’État, mais que les syndicats de police veulent imposer au plus vite, prévenant que « sans mesures concrètes de protection juridique du Policier, de réponse pénale adaptée, de moyens conséquents apportés, les Policiers jugeront de la hauteur de la considération portée. »

Un coup de pression qui illustre à sa manière la faiblesse du gouvernement, qui ne tient que par une police qui n’hésite pas à mordiller la main de son maître. Celui-ci se clôt sur des menaces claires : « Aujourd’hui les Policiers sont au combat car nous sommes en guerre. Demain nous serons en résistance et le Gouvernement devra en prendre conscience. »

Si le texte doit être d’abord compris comme une tentative de pression sur un État encore loin d’être disloqué, il constitue un avertissement. Alors que Macron affirme n’avoir aucun « tabou », et pourrait déclarer l’état d’urgence dans les jours à venir, il faut une riposte à la hauteur du mouvement ouvrier et du mouvement social aux côtés des jeunes de quartiers populaires.

Les forces réactionnaires n’ont mis que trois jours à se mettre en ordre de bataille, prêtes à peser de toutes leurs forces pour imposer la répression raciste la plus violentes contre les quartiers populaires. De leur côté, les organisations du mouvement ouvrier se sont limitées pour l’instant à des déclarations symboliques et médiatiques. Alors que la droite et l’extrême droite se préparent au combat, le mouvement ouvrier doit faire de même, en appelant à des actions fortes, par la grève et la mobilisation autour d’un programme unificateur.

Comme le souligne le Réseau pour la grève générale dans un communiqué : « Pour exiger justice et vérité pour Nahel et tous-tes les blessé-e-s, mutilé-e-s et tué-e-s par la police, dans les quartiers et dans les manifestations, nous devons peser de toutes nos forces et avec nos moyens d’actions les plus forts, notamment la grève. Les confédérations doivent prendre clairement position en soutenant la révolte des quartiers et en proposant une perspective d’ensemble pour en finir avec le cours autoritaire et sécuritaire. Nous ne pouvons pas regarder ailleurs, nous devons mettre toutes nos forces dans la balance. »

Lire aussi : « Constituer un front large contre les violences policières ». Le billet d’Anasse Kazib


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