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Débats

Live Révolution Permanente

« On a eu un déclic, maintenant on ne va plus s’arrêter ! » 3 jeunes guerriers en live avec Anasse Kazib

Jeudi soir, Anasse Kazib recevait trois jeunes grévistes. Une soirée marquée par la combativité impressionnante de cette nouvelle génération ouvrière.

samedi 27 mars

Ce jeudi soir, Révolution Permanente organisait un live Facebook : « Précarité, répression : la jeunesse ouvrière relève la tête ». Animé par Anasse Kazib, cheminot syndiqué Sud Rail et militant à Révolution Permanente, les deux heures de live ont été le terrain d’une discussion entre trois travailleurs jeunes et militants qui se sont battus pour de meilleures conditions de travail, contre le sexisme et contre la répression de leur direction. Étaient ainsi réunis Konstantin ancien gréviste de Biocoop, licencié par sa direction, Rozenn licenciée par sa direction pour avoir relevé la tête face au sexisme et aux agressions sexuelles qui existaient dans l’entreprise Chronodrive, et Rudy travailleur en grève à l’infrapôle Paris Nord.

Une nouvelle génération de grévistes en lutte pour de meilleures conditions de travail et contre la répression

La soirée est ouverte par une introduction d’Anasse Kazib, cheminot syndiqué à SudRail et militant au NPA - Révolution Permanente, qui présente les trois invités et revient sur la répression qui les touche. Konstantin, militant de 20 ans, est le premier à prendre la parole, il est l’une des figures de proue du mouvement de grève qui a secoué deux franchises de Biocoop, le Retour à la Terre, licencié par sa direction pour avoir organisé avec ses collègues une grève pour l’amélioration de leurs conditions de travail et contre le travail le dimanche : « On a fait grève à la sortie du confinement, parce qu’après avoir bossé en première ligne, notre patronne nous a appris qu’on travaillerait désormais le dimanche et qu’elle allait vendre le magasin. Le conflit a duré 4 mois  ». Après plusieurs mois de grève, et un conflit qui a montré le greenwashing pourrissant de l’entreprise, et démasqué la soi-disante coopérative "écolo et solidaire", la direction décide de couper les têtes, ce sont au total six grévistes qui sont aujourd’hui licenciés.

C’est ensuite au tour de Rudy de prendre la parole, en grève depuis le 18 Janvier, il revient sur le combat des grévistes de l’infrapôle qui se battent pour de meilleures conditions de salaire et pour la sécurité de tous. Véritables bagnards du rail, ils sont les petites mains invisibles qui réparent, nettoient le réseau ferroviaire et permettent la sécurité des usagers : "On travaille à Paris Nord dans les tunnels au milieu des rats, des seringues, des cafards et de la poussière. Notre brigade n’avait jamais fait grève. Pendant le confinement on a dû garder le même rythme. On nous a promis des primes qu’on a jamais vues [...] Parce que la direction nous balade, on a décidé de nous mettre en grève le 18 janvier pour nos conditions de travail et nos salaires. On l’avait préparée avec Anasse, on savait à quoi s’attendre. Même la répression on s’y attendait". Rudy et d’autres grévistes sont aujourd’hui menacés de révocation par une direction prête à tout pour mater le conflit, une direction qui a déjà perdu devant la justice pour atteinte au droit de grève.

Enfin Rozenn, étudiante précaire au Mirail et travailleuse à Chronodrive, mais aussi militante CGT au Poing Levé et également membre de Révolution Permanente - NPA, revient sur le combat qu’elle a mené en interne contre le sexisme subi par les employées. Aujourd’hui sa direction veut la licencier pour un tweet et pour mater ce qu’elle représente, l’image d’une jeunesse qui relève la tête et qui s’organise sur ses lieux de travail. : «  Les femmes viennent travailler pour se faire toucher, et demander ce qu’on préfère comme position au lit. C’est pour ça qu’on s’est organisées, qu’on a fait des campagnes de témoignages et agi pour faire cesser ces actes. La direction de Chronodrive passe sous silence le harcèlement sexuel dans l’entreprise, méprise les témoignages de femmes, elle est complice. C’est parce que j’ai dénoncé ces actes que je suis licenciée. »

Une jeunesse qui relève la tête et qui s’organise sur ses lieux de travail

Les jeunes travailleurs sont souvent employés dans des contrats difficiles pour des salaires de misère et des conditions de travail laborieuses comme nous le raconte Rozenn : « Les cadences sont infernales, moi à 18 ans je faisais des arrêts maladie parce que j’ai le dos pété. En plus de ça, les femmes subissent un harcèlement sexuel et sexiste quotidien  ». Quand Anasse questionne Rudy, 25 ans, sur les fameux privilèges des cheminots comme c’est souvent brandi dans les plateaux télé pour décrédibiliser leurs grèves, il raconte l’illusion qu’il a eu en arrivant à la SNCF : « En rentrant à la SNCF, je ne m’attendais pas à un travail aussi difficile. On a du matos des années 80. Au quotidien on entretient le réseau ferré entre Châtelet et Saint-Denis pour 1340€ de salaire au bout de quatre ans d’ancienneté, on vient de quartiers populaires, on nous met des rêves pleins les yeux étant petits, mais dans la réalité on nous réserve des métiers comme le mien, ouvrier ». Enfin, dans le contexte de la crise sanitaire, où les petites mains qui font tourner le monde ont montré leur rôle essentiel, comme les hospitaliers, mais aussi la grande distribution, Konstantin raconte : « On a travaillé en première ligne contre le covid avec des cadences infernales, pour récolter mépris et attaques de la part de notre patronne  ».

Face à cette situation et à la réalité de l’exploitation vécue sur le lieu de travail, les trois intervenants s’accordent sur la nécessité pour la jeunesse de relever la tête et de s’auto-organiser. Pour Konstantin c’est « toute une génération de jeunes travailleurs qui refusent que les acquis sociaux de notre classe se volatilisent, c’est ce qui explique qu’à 18, 19, 20 ans on organise nos premières grèves », avant d’ajouter : «  si notre grève a eu des limites comme toutes les grèves, au moins on se réunissait toutes et tous en assemblée générale, syndiqués et non-syndiqués, pour décider de la reconduction du mouvement de nos revendications, de comment nous aider dans le conflit pour pouvoir tenir. »

Konstantin, Rozenn et Rudy s’accordent sur la nécessité pour notre classe de voir plus loin et de se battre contre cette société. Pour le gréviste de l’infrapôle Paris Nord, la grève a été une première expérience de combat et elle a permis de comprendre que c’est par l’auto-organisation que la classe ouvrière pouvait se défendre, et qu’au-delà de revendications immédiates sur les conditions de travail, c’est contre tout un système qu’il faut se battre : « Avant d’être réprimés au travail, on était réprimés au quartier par la police. La grève nous a montré qu’on pouvait y répondre par la solidarité. On n’est pas seuls. J’appelle tous les jeunes, de quartiers ou non, à se lever contre le gouvernement, parce qu’on n’est pas des esclaves. Ce à quoi on ne s’attendait pas, c’était au soutien qu’on a reçu. J’étais choqué de voir des étudiants venir nous soutenir à nos rassemblements. L’union fait la force, c’est très important pour nous. Maintenant on va pas s’arrêter, on a eu un déclic, on sait qu’on peut se défendre, Y en a marre d’être des "esclaves" au service de ces patrons qu’on enrichit en baissant la tête, on mérite bien plus que ça, il est temps de se soulever !  ».

Ce que racontent les trois travailleurs c’est la même expérience de l’exploitation et de l’oppression et cette nécessité pour la jeunesse de s’organiser comme nous le dit Rozenn : « Les étudiants salariés n’avons comme perspective que le chômage. La jeunesse doit relever la tête, renverser la table. Les jeunes nous sommes très politisés, contre le racisme, le sexisme, les ravages climatiques. On doit relever la tête, unis contre ce système ».

Ce live Facebook a mis le curseur sur une jeunesse travailleuse qui se bat et relève la tête, une jeunesse qui se bat contre un patronat prêt à tout pour attaquer ses conditions de travail, à laisser toute place au sexisme et aux agressions sexuelles. Face aux attaques du gouvernement et du patronat, plus que jamais la solution réside dans l’exemple des grèves et mobilisations menées par Rudy, Konstantin et Rozenn, en nous organisant pour refuser de payer la crise, nous devons nous battre avec celles et ceux qui relèvent la tête. Face aux désastres que nous promettent les classes dominantes, la seule alternative est celle d’une économie et d’une société démocratiquement dirigée par les exploités, ceux qui « n’ont rien d’autre à perdre que leurs chaînes  » comme le disait Marx. Cette issue, qui offrirait un avenir à notre génération, n’est pas une utopie, à l’inverse de celle qu’on cherche à nous faire avaler ! Refusons d’être la génération sacrifiée !




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