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Notre classe

Répression syndicale

Biocoop – Le Retour à la Terre. Soutenons les grévistes licenciés pour grève le 30 mars !

Le mardi 30 mars prochain commencent les audiences aux prud’hommes pour Laetitia, Konstantin, puis Tiphaine, qui tous trois ex-salariés de Biocoop contestent leurs licenciements survenus après une grève inédite dans cette franchise parisienne de deux magasins.

samedi 20 mars

Le 30 mars, c’est la première étape de la bataille aux prud’hommes pour Laetitia, Konstantin et Tiphaine, ex-salariés de Biocoop – Le Retour à la Terre, qui ont été licenciés après une grève de plusieurs mois contre la dégradation des conditions de travail. Un nouvel exemple des attaques patronales qui ne cessent de pleuvoir dans un contexte de crise ainsi que d’une volonté de museler celles et ceux qui relèvent la tête. « Dans le climat actuel, on a besoin d’un déconfinement des colères, mais on ne pourra pas le faire si on est dans l’incapacité de relever la tête dans nos entreprises. Pour ça, il faudra se battre contre cette répression généralisée dans le monde du travail et soutenir les militants syndicaux combatifs qui subissent l’acharnement des patrons, leur montrer que ça ne sert à rien de réprimer car notre classe est soudée derrière nous » déclare Konstantin, l’un des grévistes convoqué le 31 mars aux prud’hommes.

Le mardi 30 mars, il faut être nombreux et nombreuses à leurs côtés pour les soutenir, ça se passe dès 8H30 au 27 rue Louis Blanc devant le Conseil des prud’hommes pour affirmer haut et fort, s’ils touchent à l’un d’entre nous, ils touchent à toutes et tous !

Face à une direction qui a cherché à faire reculer les acquis, retour sur une grève exemplaire

C’est à la sortie du premier confinement que la direction des magasins Biocoop – Le Retour à la Terre a cherché à attaquer les conditions de travail des salariés de la boîte en mettant en vente ses deux magasins et en imposant le travail le dimanche pour maximiser toujours plus les bénéfices avec aucune transparence sur les perspectives de reprise, et un avenir incertain. Les salariés, qui avaient été en première ligne pendant le confinement pour répondre aux besoins vitaux de la population, ont entamé une grève dès le 9 juillet, date d’un appel sectoriel du commerce déposé par la CGT, qui a réuni une trentaine de grévistes sur les cinquante salariés des magasins. Ils se sont mobilisés contre le travail le dimanche, mais aussi pour une revalorisation des salaires qui tienne compte des compétences de chaque travailleur, dans la mesure où nombre d’entre eux n’étaient pas payés pour certaines tâches qu’ils accomplissaient ainsi que deux jours de repos consécutifs hebdomadaire. Une liste de revendications allant au-delà d’une simple défense face aux attaques de la direction, mais exigeant de meilleures conditions de travail : « On a cherché à porter des revendications offensives, dans une grève pas strictement corporatiste, mais politique, dans le but d’arracher de nouveaux droits, et surtout, en faisant grève, de refuser de payer la crise  » explique Konstantin, l’un des ex-salariés qui a été licencié par la boîte.

Si cette grève a pris une certaine ampleur médiatique, c’est notamment car celle-ci a vite cherché à nouer des liens avec d’autres boîtes du secteur qui luttaient contre les suppressions d’emploi, ainsi qu’à briser tout corporatisme, et notamment à l’échelle nationale. « Beaucoup de gens qui travaillent à Biocoop à l’échelle nationale nous avaient écrit pour nous soutenir, partager leurs conditions de travail similaires à celles qu’on dénonçait, et nous demander des conseils pour s’organiser  » raconte l’ex-gréviste. Si cet enjeu est fondamental, il incarnait un véritable défi pour les salariés de Biocoop – Le Retour à la Terre. En effet, les magasins Biocoop sont franchisés, ce qui fait que les CSE ne sont pas communs, entravant ainsi l’activité syndicale : « Comme il n’y a que des franchisés, par exemple, entre le magasin du 5ème arrondissement et du 11ème arrondissement, même si c’était la même franchise et la même patronne, nous n’étions pas considérés comme des collègues de la même entreprise. La stratégie patronale de la franchise permet d’individualiser les différents sites, et donc d’empêcher toute unité des travailleurs ainsi que le travail syndical car on ne part pas des mêmes acquis.  » explique Konstantin. Si les différents patrons de chaque franchise viennent souvent de la grande distribution, la directrice du Retour à la Terre vient d’une expérience de management dans l’automobile, à Renault-Billancourt ; la charte sociale de Biocoop elle, est à géométrie variable, et ne met pas sur le même pied les salariés du réseau, rendant plus difficile la possibilité de s’organiser syndicalement.

Comme le disait Frédéric Lordon à propos de Biocoop : « En fait, n’importe quel truc qui s’appelle « coop » tout en reconduisant la division des « gérants » et des « gérés » est d’emblée une arnaque – dont on sait comment, fatalement, elle finira : comme partout ailleurs dans le capitalisme à visage pas humain : en despotisme patronal  ».

C’est pour répondre à ce problème que les salariés en grève ont fait plusieurs piquets en appelant à la convergence, et ont notamment appelé à une date de montée nationale, le 17 septembre, où des salariés sont venus manifester de Strasbourg, Poitiers et du Raincy dans le 93.

Loin des déclarations de la direction nationale du réseau Biocoop pendant la grève qui a dit sur Twitter que le conflit concernait une minorité de salariés, les grèves à Biocoop ne datent pas d’hier, et portent souvent les mêmes revendications depuis 10 ans. Konstantin nous explique « Si en général les gens pensent que Biocoop est une coopérative, la grève a fait changer ça. Pendant plus de 10 ans il y a eu des grèves dans l’entreprise, mais jamais elles n’avaient obtenu cet écho médiatique, qui a mis en lumière le greenwashing de la boîte » : parce que derrière la façade écolo et solidaire que se donne l’entreprise, les travailleurs ont montré par leur lutte l’absurdité de l’écologie capitaliste, en s’opposant de manière frontale à la direction de Biocoop, écaillant son vernis progressiste et vert, alors qu’elle utilise les mêmes méthodes patronales que dans de nombreuses autres grandes entreprises !

Sur les piquets, les grévistes défendaient contre ce discours écolo marketing :

« L’écologie sans lutte des classes, c’est tout bonnement du jardinage, l’écologie doit servir aux intérêts de la majorité, elle doit être sociale et populaire  »

Il va sans dire que la grève a obligé la direction à défendre son image faussement écologiste et sociale, comme la patronne du Retour à la Terre, Catherine Chalom, qui a invité Greenpeace mi-janvier au magasin du 11eme et prépare une projection avec Nature et Progrès, pour d’ores et déjà anticiper le rebond médiatique à l’aune des premiers rendez-vous aux prud’hommes à la fin du mois.

D’autre part, la direction a toujours prétendu qu’il n’y avait pas d’argent pour revaloriser les salaires au cours de la grève. L’hypocrisie patronale a été révélée au grand jour une fois de plus lorsqu’un nouveau poste de direction a été créé. Ce dernier est occupé par un nouvel arrivant, et pas des moindres, Aurélien Dudragne, directeur foncier de CFAO / Carrefour au Cameroun : un personnage de la grande distribution, incarnant directement les intérêts de l’impérialisme français, qui permet d’initier la transition avec un potentiel repreneur, bien qu’il n’y ait pour l’instant aucune transparence sur les suites de la vente.

Biocoop réprime et licencie des salariés pour faits de grève

À la fin de la grève fin septembre, la direction du magasin a sévèrement réprimé les grévistes, en opérant 2 vagues de licenciements. Premièrement en septembre, deux salariés sont mis à pied de manière conservatoire et un troisième est convoqué en entretien préalable en vue d’un potentiel licenciement, puis tous les trois sont licenciés vers la mi-octobre. Dans un deuxième temps, suite à une occupation d’un des deux magasins en grève, c’est au tour de trois salariés d’être licenciés car ils auraient participé à cette occupation, une décision survenant en plus après la signature du protocole de fin de conflit. Une entourloupe totale de la part de la direction, qui avait cédé sur la fermeture le dimanche, les deux jours de repos consécutifs qu’exigeaient les grévistes, et qui trouve a posteriori des motifs absurdes de licenciement.

« À Biocoop comme souvent dans le secteur du commerce, ce sont des jobs transitoires, ce qui rend plus difficile la tâche d’organiser et de monter un syndicat dans la boîte, qui nécessite d’être plusieurs, avec un certain nombre de temps d’expérience dans l’entreprise. Ceux qui ont été licenciés, ce sont surtout les plus anciens, qui étaient là depuis un an ou deux ce qui a permis du même coup à la direction de démanteler toute activité syndicale » explique Konstantin, qui fait partie des 6 grévistes qui ont été licenciés. Aujourd’hui, trois d’entre eux, Laetitia, Tiphaine et Konstantin, contestent ces licenciements, ce qui les amène aujourd’hui à la première étape des prud’hommes, au Bureau de Conciliation et d’Orientation (BCO).

Le 30 mars c’est Laetitia qui est convoquée, Konstantin le lendemain, et le 15 avril au tour de Tiphaine. « Ce ne sont pas des affaires séparées, c’est pour ça qu’on a cherché à construire une date commune de rassemblement, pour revendiquer la nullité des licenciements » explique l’ex-salarié. Au-delà de ces revendications concernant les trois ex-salariés, leur communiqué revendique l’interdiction des licenciements, dans un contexte de crise où le patronat, main dans la main avec le gouvernement, cherche à faire payer les pots cassés de la crise dans le monde du travail, avec des attaques précarisant toujours plus les travailleurs.

Ainsi le 30 mars, est appelé un rassemblement de soutien aux ex-salariés de Biocoop - Le Retour à la Terre dont la direction cherche à faire des exemples. « Même si la gérante se ramène avec une somme, notre dignité, elle, ne s’achète pas et nous nous battrons pour faire reconnaître la nullité de nos licenciements. C’est pour ça qu’on appelle l’ensemble des organisations politiques et syndicales à venir nous soutenir le 30 mars ».

Dans ce contexte de crise où les attaques patronales pleuvent, pour faire payer la crise à ceux qui ont montré pendant la pandémie qu’ils faisaient tourner le monde même quand celui-ci s’arrêtait, ces licenciements font écho également à la suspension et menace de licenciement qui pèse sur Rozenn, étudiante précaire à l’Université du Mirail et travailleuse à Chronodrive, qui menace de la licencier pour un tweet dénonçant le gaspillage de la boîte. Ces exemples sont multiples, et montrent explicitement la volonté du patronat et du gouvernement, de faire taire et de museler la jeunesse qui aujourd’hui relève la tête et refuse de payer la crise.

Rendez-vous donc le mardi 30 mars, à partir de 8H30, devant le Conseil des Prudhommes au 27 rue Louis Blanc à Paris pour soutenir Laetitia, Konstantin et Tiphaine !

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