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Plan France 2030. Derrière les effets d’annonce écolo, une opération de greenwashing

Mardi 12 octobre, le chef de l’État présentait le Plan France 2030 en grande pompe dans lequel il développait un plan d’investissement et de relance de l’économie pour les 10 prochaines années. Ce discours était surtout l’occasion pour le président de se racheter un cachet « vert » en vue des présidentielles, dans une gigantesque entreprise de greenwashing.

mercredi 13 octobre

Crédits photo : AFP / Ludovic Marin

Une gigantesque entreprise de greenwashing

Ce mardi 12 octobre, le président de la République était en opération présidentielle. Devant un parterre de chefs d’entreprises, de membres du gouvernement et de jeunes triés sur le volet, à l’occasion de la clôture de l’événement BPI France Inno génération, Macron présentait son plan d’investissement « France 2030 ». Un plan à hauteur de 30 milliards d’euros qui fait la part belle aux cadeaux pour le patronat et aux attaques contre notre classe, une enveloppe qui sera intégrée par amendements au projet de loi sur le budget pour 2022.

Pendant son long discours Macron aura abordé de nombreux points écologiques : avions verts hydrogène, réacteurs atomiques, agriculture du futur, numérique, robotique. Soit autant de discussions abordées par le président pour se donner un marquage écologique. Pourtant la lecture des annonces du plan 2030 rend les vertus écologiques des annonces plus discutables et montrent que derrière le discours se cachent en réalité des effets d’annonce et une entreprise de greenwashing.

En premier lieu, en réalité, malgré une volonté de faire avant tout apparaître le marqueur écologique de son plan France 2030, ce sont seulement 40% du budget de 30 milliards d’euros qui seront utilisées dans le développement d’énergies vertes selon les Amis de la Terre, bien loin par exemple des 40,9 milliards de budget pour les finances régaliennes. Question de priorité…

Annoncé en grande pompe et premier objectif du plan de relance, le développement des petits réacteurs atomiques (SMR) est lui d’ores et déjà soumis à de nombreux débats. Reporterre rappelle par exemple que dans un rapport publié en 2020, la Cour des comptes avait qualifié ces petits réacteurs « d’échecs industriels », pointant également son aberration écologique.

Autre exemple, la volonté affichée de développer la filiale de l’hydrogène vert est également plus complexe qu’elle n’en a l’air. Comme nous l’écrivions dans nos colonnes, « l’hydrogène vert n’est pas prêt d’être concurrentiel notamment à cause de limites techniques : on ne sait pas encore construire des électrolyseurs de façon industrielle - permettant de produire de l’hydrogène grâce à l’électricité renouvelable ou nucléaire - et la pile à combustible - le moteur à hydrogène - coûte très cher. Les capitalistes jouent sur l’ambiguïté du terme « vert », comme alarme Robert W. Howarth, professeur de l’université Cornell : « en aucun cas l’hydrogène bleu [ne peut] être considéré comme une énergie verte ». Avant d’ajouter qu’il s’agit d’une véritable « stratégie de diversion » pour continuer vers la route des énergies fossiles, comme le rapporte l’enquête de Mediapart.

Pour l’avion vert annoncé comme une avancée écologique majeure, là encore le bât blesse, le média Vert précise en ce sens que le projet est peu abouti : « De l’huile de friture comme carburant d’un vol transantlantique : c’est une opération de com’ pleine de greenwashing de Total, Air France et du gouvernement qui ne résout rien au problème climatique de l’aviation. » De plus, de la même façon que pour les voitures 100% électriques, de nombreuses études scientifiques remettent en doute leur viabilité écologique dans le capitalisme, alors que ces projets sont dictés par une logique de profit, pour des entreprises qui voient dans la question écolo un nouveau marché potentiel.

Autre effet d’annonce de la macronie et non des moindres : la question agricole et les deux milliards promis par le gouvernement. Cet argent est promis pour permettre des avancées autour de l’investissement dans le numérique, la robotique et la génétique. Pour les Amis de la Terre, ce plan est une fumisterie : « Sur le volet agricole, ce plan démontre la fuite en avant d’un gouvernement qui s’entête à prioriser des orientations qui n’ont pas fait leur preuve, voire pourraient être nocives socialement et écologiquement, comme la digitalisation. Sur les engrais par exemple, le plan vise l’amélioration des matériels d’épandage. Pourtant, les scientifiques soulignent l’inefficacité de ces outils, qui ne s’accompagnent pas, généralement, d’une réduction de l’utilisation d’engrais. Le Haut Conseil pour le Climat s’inquiète même d’un possible effet rebond. De surcroit, les agriculteurs sont de plus en plus dépassés par une mécanisation excessive en partie due à ce genre d’aides que la profession appelle des « aides pousse au crime. »

En résumé, les innovations écologiques avancées par Macron sont encore loin d’avoir fait leurs preuves et reposent sur des hypothèses soit bancales soit qui ne brillent pas pour leur aspect vert. Clairement, le projet de France 2030 s’inscrit dans une perspective électoraliste pour la macronie, alors que la question écologique est une des préoccupations importantes pour les élections présidentielles. Pourtant, au-delà de ces effets d’annonces électoraux, le président de la République n’aura eu de cesse de donner sa vision de l’écologie, pro-patronale et anti-sociale.

Quand écologie rime avec start-up, compétitivité nationale et attaques sociales

À quelques mois de la fin de son quinquennat, le président de la République souhaitait décidément renouveler son avatar de la « start up nation », proposant un nouveau plan pour que la France « redevienne une grande nation d’innovations » ou encore pour « réindustrialiser notre pays par les starts up ». Le terme « innovation » aura également été beaucoup employé par un président qui aura tout fait pour défendre les vertus du néo-libéralisme pour répondre à l’urgence climatique et à « l’accélération du monde ».

C’est d’ailleurs autour de la question écologique que le président de la république aura commencé son discours. C’est donc en modernisateur « vert » que le président a souhaité apparaître, autour de la défense « d’une innovation de rupture technologique et française », autour aussi d’un discours où il était évidemment question de dessiner les grandes lignes de la politique gouvernementale pour 2022. Ces lignes sont claires, l’écologie se fera sur le dos des travailleurs, et les attaques sociales vont continuer. Exemple marquant avec le discours du président sur le temps de travail : « Quand on se compare, nous sommes un pays qui travaille moins que les autres en quantité. Ça reste vrai. Et donc nous avons une quantité de travail allouée qui n’est pas au bon niveau, à la fois dans le cycle de vie et en horaires cumulées » a-t-il prétendu. Un mensonge total, mais qui permet d’évoquer sa volonté de faire travailler plus, probablement en référence à un allongement de la durée légale du temps de travail hebdomadaire ou du report de l’âge de départ à la retraite.

Sans surprise, le plan France 2030 présenté par le gouvernement comme le plan miracle pour la transition écologique a fait la part belle à une vision économique ultra libérale. Derrière le vernis écologique le plan ressemble en réalité plutôt à un plan pro-patronal et concurrentiel pour booster la compétitivité des entreprises françaises. Fait non négligeable, l’ensemble du discours du président aura d’ailleurs tourné autour de la volonté de flatter un idéal national, une attention toute particulière qui se sera terminée par un tweet laconique et non moins spectaculaire « le rêve est possible » pour glorifier l’industrie et l’innovation à la française.

Bref, ce tweet publié juste après la fin de la prestation présidentielle est assez symptomatique d’un discours où écologie aura rimé avec compétitivité nationale. Quand Macron parle de l’hydrogène vert, c’est parce qu’il « s’agit d’un secteur où la France peut être leader », quand le président évoque de nécessaires innovations écologiques, c’est « pour remettre la France à sa place de grande nation », quand il part sur les voitures électriques, c’est pour dire « nous ne voulons pas, nous grande nation de l’automobile, devenir la nation la plus verte avec des voitures qui ne sont pas produites chez nous », quand il arrive sur les biocarburants, c’est parce que « la France doit redevenir parmi les meilleurs dans la santé ».

En clair, derrière la volonté du gouvernement d’afficher un tournant vert, c’est autour de la compétition internationale que le gouvernement place le curseur, mais aussi et avant tout dans le soutien aux entreprises et multinationales françaises en faisant miroiter la possibilité d’une gestion responsable de la planète sous le capitalisme. Pourtant, si le gouvernement s’attelle autant à glorifier l’innovation à la française, la réalité semble bien différente. Dernièrement, le gouvernement était justement condamné par la justice française pour inaction climatique, un symbole fort même si ne proposant que peu de perspectives pour pousser l’État à agir dans le sens de la préservation de l’environnement. Sur le volet de l’industrie française, le bilan est également loin des fantasmes du président. Total, une des entreprises les plus polluantes au monde, est d’ailleurs soutenue bec et ongles par le gouvernement à l’heure de son gigantesque projet de Pipeline Tilenga en Ouganda, après que plusieurs banques se sont désistées d’un projet jugé trop polémique.

Pour Manon Castagné, chargée de campagne agriculture aux Amis de La Terre, le constat est clair : le projet France 2030 fait la part belle au patronat. « France 2030 semble conçue pour permettre aux entreprises françaises comme Air France, EDF, Renault, Total ou Roullier de continuer à croîttre et polluer, privant pour les années à venir la transition écologique des investissements financiers nécessaires. Or nous n’avons pas le temps d’attendre 10 ans ! ». Et pour preuve, le discours du gouvernement, en promettant de nouveaux fonds pour le patronat, ne pose aucune contrepartie sociale ou écologique, montrant comment ce nouveau projet doit être vu : une nouvelle entreprise de séduction de la macronie vers le CAC 40.

Face à la catastrophe climatique, l’urgence d’une lutte anticapitaliste et révolutionnaire

A rebours des pièges posés de concert pas la macronie et la bourgeoisie, aucune illusion n’est possible sur le terrain de la lutte contre la catastrophe climatique et aucune illusion n’est également possible dans la transition écologique proposée par ce gouvernement.

Le dernier rapport du GIEC a montré l’urgence à agir et à prendre en considération la question écologique, il a également montré qu’il ne fait aujourd’hui plus de doute que le capitalisme est directement responsable de la situation. A l’heure où les changements du climat sont déjà visibles et alors que nous pouvons déjà voir les catastrophes qui seront générées, il s’agit plus que jamais de défendre un programme de rupture avec la perspective que nous promet le capitalisme.

Une perspective centrale dans la campagne que nous portons aux présidentielles avec Anasse Kazib, une campagne qui porte en son sein la question urgente d’une planification rationnelle de l’économie mondiale sous contrôle des travailleurs pour résoudre le problème de la crise climatique. Une campagne qui pose la question de la lutte des jeunes et des travailleurs pour mettre fin au capitalisme et à sa gestion impérialiste de la catastrophe climatique, une campagne qui pose la nécessité de sauver notre planète.




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