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Notre classe

Contre la répression des grévistes

Plus de 300 personnes à Vitry contre le licenciement d’Alexandre, machiniste à la RATP

Alors que la direction de la RATP tente par tous les moyens de couper les têtes de la contestation contre la réforme des retraites, plus de 300 personnes se sont rassemblées à Vitry aujourd’hui, alors qu’un rassemblement avait lieu au même moment au dépôt de bus de Flandres, dans le nord de Paris.

lundi 3 février

Le dépôt de bus de Vitry, l’un des plus mobilisés depuis le 5 décembre, avec des taux de grève toujours très importants, continue à faire face à la répression de la direction du centre, qui, selon les dires de beaucoup d’agents « veut se faire la CGT sur le dépôt ». En effet, depuis le début du conflit, pas moins de 4 agents, tous syndiqués CGT, ont été convoqués pour des entretiens disciplinaires. Pour Patrick, c’est avant tout parce que la mobilisation a toujours été forte sur le dépôt de Vitry : « dans ce dépôt, depuis 22 ans qu’il existe, la mobilisation a toujours été très forte, et la direction a décidé de casser cela » dénonce-t-il au micro. Ce 3 février, c’était le tour d’Alexandre El Gamal, secrétaire du CSE, qui passait en entretien pour faits de grève. Un rassemblement était donc appelé devant le dépôt avant son passage devant la direction.

Pour beaucoup, cela commence à devenir une triste habitude : à trois reprises, les grévistes de Vitry ont appelé leurs collègues et leurs camarades à faire preuve de solidarité face à la répression : le 28 décembre d’abord, pour soutenir Yacine, puis le 13 janvier, lors de la convocation de Yacine, Pascal et François et enfin le 27 janvier, après la tentative de suicide de l’un des grévistes réprimés, François. Lors des deux derniers rassemblements, les grévistes et leurs soutiens avaient envahi le dépôt pour demander des comptes à la direction, si bien que ce matin, deux compagnies de CRS encadraient le rassemblement, prêtes à faire face à tout « débordement ».

Cependant, face à la répression, les grévistes savent rester soudés. La direction avait mis en même temps l’entretien disciplinaire d’Ahmed Berrahal, leader de la grève sur le dépôt de Flandres, dans la banlieue nord de Paris, pour tenter de diviser les forces. Un échec, pour Alexandre, qui voit dans les deux rassemblements une grande réussite : « vouloir convoquer les deux en même temps c’est vouloir diviser les forces, mais les forces elles sont là, on est indivisibles : Ahmed ou moi, c’est la même chose ! On est convoqués pour des faits de grèves, et si on est dans cette situation c’est parce que le gouvernement n’écoute pas la contestation qui est dans la rue  ».

Et en effet, alors que la grève reconductible s’est arrêtée à la RATP, ce lundi 3, une grande majorité des salariés du site sont en grève : près de 60 %, soit 200 salariés, selon les responsables syndicaux, qui nous confient que beaucoup sont aussi en arrêt maladie. Au final, seulement 35 % du service que doit assurer le dépôt en temps normal est assuré.

De très nombreux soutiens, grévistes de l’éducation nationale, de l’énergie, des territoriaux de la ville de Vitry, ou encore des cheminots, se sont déplacés pour soutenir leurs camarades, comme un certain nombre de représentants syndicaux et politiques parmi lesquels Philippe Martinez, Nathalie Arthaud, Benjamin Amar ou encore Olivier Besancenot. Un soutien à la hauteur du mépris du directeur du centre, qui commençait à filmer les interventions de la tribune du haut de son bureau. « Qu’il se prenne en photo lui même et regarde dans son regard ce qu’il peut y lire ! tance Olivier Besancenot. Parce que nous on est capable de se regarder dedans, parce que ce qu’on fait, on le fait en mémoire des anciens qui se sont battus, de ceux qui luttent aujourd’hui et pour les enfants de demain ! ». Une intervention très applaudie, après un hommage à François, un machiniste réprimé qui a fait il y a une semaine une tentative de suicide.

Finalement, alors que l’un des motifs des convocations contre les grévistes est le reproche d’avoir chanté des chants homophobes, Elisa Koubi, du collectif Fièr-e-s et Révolutionnaires, est venu défendre ses camarades : « nos camarades sont ils LGBT-phobes ? Non ! La LGBT-phobie, ce n’est pas une altercation sur un piquet de grève. Nous dénonçons cette instrumentalisation de la lutte contre la LGBT-phobie. La LGBT-phobie n’est pas sur les piquets : elle est à l’Elysée et dans toutes les instances de l’Etat » dénonce-t-elle, applaudie par la foule.

Alors qu’Alexandre rentrait en entretien disciplinaire, pour des faits qui ne sont même pas corroborés par les rapports des huissiers qu’a systématiquement employé la direction, commençait un concert de soutien.




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