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Monde

Manifestations en Algérie

« Pouvoir assassin ! » : quand la jeunesse algérienne se révolte

Toute une génération de jeunes refuse l'autoritarisme et l'injustice qu'incarne Bouteflika et le fait résonner dans la rue.

lundi 4 mars

Photo : © REUTERS/Ramzi Boudina

« Aujourd’hui, aujourd’hui on va passer la nuit dehors », c’est avec ce slogan que les jeunes Algériens sont sortis dimanche soir et toute une partie de la nuit pour crier leur colère et marquer leur détermination contre le cinquième mandat déposé par Abdelaziz Bouteflika. Le président algérien, impotent depuis 2013, cristallise tout le rejet du système politique inégalitaire algérien par la jeunesse du pays. Cette dernière représente près de la moitié de la population du pays et est en première ligne des effets délétères de la politique gouvernementale avec un taux de chômage très élevé.

Symptôme d’une jeunesse qui ne voit aucune perspective d’avenir en Bouteflika, les slogans faisant référence au phénomène des « brûleurs » (harraga), pour brûleur de frontières. Ces jeunes qui traversent la Méditerranée au péril de leur vie, sont nombreux et très présent dans les manifestations. « On ne « brûlera » pas. C’est vous qu’on brûlera », slogan de cette jeunesse sacrifiée par les politiques antisociales du gouvernement, a plusieurs fois retenti dans les rues d’Algérie. La jeunesse exprime ainsi son rejet des politiques corrompus, de l’autoritarisme et de l’immobilisme du régime de Bouteflika. En effet, pour nombre d’entre eux, l’actuel président algérien est l’unique président qu’ils aient connu. Le cinquième mandat qu’il espère briguer a réveillé un désir de démocratie dans de larges franges de la jeunesse, désireuse de tourner la page et de ne pas être une génération sacrifiée de plus.

Les jeunes sont donc sortis massivement dans la nuit du dimanche au lundi dans la continuité des manifestations du 22 février et du 1er mars, afin de dénoncer à travers la candidature de Bouteflika tout un régime corrompu. Les slogans dénonçant la « mascarade » électorale, la « honte », l’« insulte » et l’« écœurement » que provoque cette candidature fantoche étaient entonnés en même temps que ceux dénonçant le « pouvoir assassin » et les profiteurs du régime qui ont « bouffé le pays ». C’est donc bien d’un système global que la jeunesse algérienne veut se défaire et pas simplement d’un président qui ne répond plus de rien depuis 2013.

Si le sentiment de « dégoûtage », comme le disent les jeunes algériens, est prégnant, notamment parce que le cri de colère lancé ces dernières semaines n’a pas fait reculer le pouvoir dans sa volonté de re-présenter Abdelaziz Bouteflika pour un cinquième mandat, il faut aussi souligner la détermination dont la jeunesse fait preuve. Face à un dispositif policier et répressif impressionnant, avec plus d’une dizaine de rangées de CRS pour protéger le palais présidentiel à Alger et des forces policières omniprésentes en manifestation, les jeunes ont répondu : « même si vous envoyez les forces spéciales, non au cinquième mandat ». Les étudiants ont également montré leur détermination et se sont mobilisés sur leurs campus malgré la répression dans plusieurs universités algériennes. Ceux d’entre eux qui ont réussi à se diriger vers le Conseil constitutionnel où le directeur de campagne de Bouteflika, Abdelghani Zaalane, déposait dimanche la candidature du président, ont été repoussé par un canon à eau et les forces de répression.

Conscient que le rapport de forces dans la rue doit se donner des débouchés politiques, les jeunes ont appelé à la grève générale afin de faire plier le gouvernement. En effet, la mobilisation de la jeunesse, si elle est un marqueur de radicalité et de ras-le-bol généralisé, ne peut trouver à se concrétiser que si les organisations ouvrières les rejoignent pour imposer un autre programme que celui antisocial que le pouvoir veut mettre en place.




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