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Politique

Garderie du MEDEF

Protocole en carton, absences massives : une rentrée chaotique qui laisse le champ libre à Omicron

Circulez, il n'y a rien à voir. Alors qu'Omicron déferle et envoie davantage d'enfants à l'hôpital, le gouvernement ne bouge pas d'un pouce concernant l'éducation et maintient son calendrier de réouverture des écoles, toujours sans moyens. Son objectif ? Maintenir quoiqu'il en coûte la garderie du MEDEF pour que les parents puissent aller travailler "normalement". Blanquer assume par là de faire circuler le virus avec des conséquences sanitaires certaines, dont on ne sait aujourd'hui mesurer les impacts. Nos vies avant leurs profits !

lundi 3 janvier

Crédits photo : FRANCOIS LO PRESTI – AFP

La réouverture des écoles intervient alors que le nombre de contaminations n’a cessé d’atteindre des records, notamment chez les enfants, pour lesquels le nombre d’hospitalisations a fortement augmenté fin décembre. Dans un contexte où les enfants, jusqu’alors peu susceptibles de contracter des formes graves, sont désormais directement menacés par le virus, on aurait pu avoir la naïveté de croire que les écoles bénéficieraient - enfin - d’un protocole sanitaire à la hauteur de la situation.

Blanquer méprise une fois de plus les enseignants et bricole un protocole à faire appliquer… par les parents

C’est finalement tout le contraire que nous a offert le ministère de l’Éducation nationale. Après les annonces, lundi dernier, du maintien de l’ouverture des écoles, il aura fallu attendre dimanche soir pour découvrir dans un article – payant ! – du Parisien le protocole à suivre pour le lendemain. Une méthode qui illustre à nouveau le mépris total du gouvernement pour les personnels et les familles, contraints de s’adapter du jour pour le lendemain.

D’autant plus que ce soi-disant « nouveau » protocole, qui intervient pendant la plus importante vague de contaminations depuis le début de l’épidémie, réussit le tour de force d’être encore en-deçà des précédents, pourtant déjà largement insuffisants. Exit, les fermetures de classe et l’isolement des cas-contacts dans les écoles, dès lors que ces derniers sont vaccinés. Désormais, seuls les élèves et personnels testés positifs devront respecter une période d’isolement. Les autres devront seulement effectuer un test le jour où ils auront découvert avoir été en contact avec un cas covid, puis réaliser deux autotests à J+2 et J+4.

Une mesure problématique alors même que l’efficacité des autotests est remise en cause face au variant Omicron, et qui fait reposer le test sur la bonne volonté des familles et des personnels de se faire tester, en dehors de leurs heures de travail ou d’études. Le ministère se dégage ainsi de toute forme de responsabilité en cas de contamination pour mieux désigner profs et élèves comme responsables de la circulation du virus !

Seule autre mesure proposée par le gouvernement, le déploiement de capteurs de CO2 dans les établissements. Une nouvelle farce, dans la mesure où ces capteurs, déjà promis pour le mois de septembre, n’ont par exemple été installés que dans 20 % des écoles… et souvent à un seul exemplaire ! Le ministre est par ailleurs très rapidement revenu sur cette promesses, précisant que l’installation de capteur pour la maternelle et le primaire reste à la responsabilité des communes, dont les budgets sont bien souvent déjà insuffisants pour assurer le fonctionnement courant des écoles. Une manière une nouvelle fois de se dédouaner pour ne pas donner un euro de plus.

Pire encore, le ministre de l’Éducation nationale, dans la lignée des déclarations d’Olivier Veran, assume entièrement le refus de distribuer des masques FFP2 aux enseignants, sous prétexte qu’il est « très difficile de faire cours » avec ceux-ci (!). Obligatoires pour les enseignants dans certains pays, comme l’Italie, ces derniers seraient donc inutiles en France, où l’on s’interroge sur une potentielle pénurie… Un discours qui rappelle étrangement les déclarations de la porte-parole du gouvernement sur l’inutilité des masques chirurgicaux, lors de la pénurie du premier confinement. Les personnels devront donc se contenter des masques en tissus fournis par l’institution, et dont l’efficacité est, là encore, largement remise en cause. Et toujours rien pour les élèves.

Une rentrée chaotique pour les personnels et les élèves, et qui ouvre la voie à une aggravation de la crise sanitaire

Dès ce lundi, la réouverture des établissements scolaires a pu donner à voir les impacts de la crise sanitaire sur l’école. Une AED témoigne ainsi, dans l’un de nos articles, de ce qu’elle a vécu lors de cette première journée : 120 élèves absents dès le matin sur les 900 que compte le lycée, les coups de téléphone de parents inquiets qui s’enchaînent, l’angoisse des personnels envoyés face à l’absence de masques FFP2… Dans certaines classes, d’autres lycéens témoignent de l’absence d’1/3 de leurs camarades, tandis que, sur Twitter, des enseignants comptent déjà leurs collègues absents.

Une autre enseignante témoigne de l’absence des personnels de cantine, qui ont conduit à sa fermeture pour les prochains jours, contraignant les élèves à venir avec des paniers repas !

En réalité, la stratégie "Blanquer" appuyée par Macron et son gouvernement est de maintenir à tout prix la garderie du MEDEF en état de marche pour éviter la paralysie de l’économie alors que le Conseil scientifique lui-même prévoit que le covid va provoquer l’absence d’1/3 des enseignants d’ici la fin du mois de janvier. Mais dans son pari, Blanquer se retrouve face à une contradiction majeure : le gouvernement cherche à la fois à maintenir à tout prix les écoles ouvertes pour permettre aux parents de continuer à travailler, et ce sans investir un centime pour permettre leur fonctionnement. Comme un nouvel "en même temps". Blanquer veut à la fois maintenir la garderie du MEDEF mais dans le cadre d’une précarisation toujours plus importante. En ce sens, Blanquer promet de faire monter le nombre de remplaçants à 12-15 % au lieu de 9% dans le primaire, en recrutant des vacataires et des contractuels dont les établissements n’ont toujours pas vu la couleur.

Le corrélat de cette politique made in MEDEF aura des conséquences majeures sur la plan sanitaire. Et le gouvernement nous mène droit dans le mur en mettant en danger la santé, voire la vie, des personnels, des élèves et de leurs familles, mais aussi du reste de la population.

Sans un protocole adapté et efficace, il est impossible de limiter la propagation du virus alors que les écoles sont un important lieu de brassage. Ne rien faire pour limiter la propagation du virus dans les écoles dans un contexte où les hôpitaux commencent à être saturés et se retrouvent contraints de sélectionner les patients en réanimation est criminel. D’autant plus qu’avec l’accélération de la circulation du virus et la multiplication des contaminations liée à l’apparition du variant Omicron, qui touche davantage les enfants, ce sont aussi les services pédiatriques qui risquent de se retrouver saturés. Une situation dont a conscience le gouvernement, et qu’il justifie même en minimisant le risque pour les enfants.

Il n’est pas trop tard pour refuser de rentrer dans ces conditions : contre l’atonie des directions syndicales, mobilisons-nous pour imposer un véritable protocole sanitaire !

Face à une stratégie sanitaire assumant de faire circuler le virus, ce qui met en danger notre santé et nos vies, il n’est pas trop tard pour réagir. Dans ce cadre, la réaction des principales directions syndicales est timide. Des préavis de grève, certes, mais aucun plan de bataille à l’horizon qui permette de voir de regrouper les établissements mobilisés. Pour cela, il s’agirait de s’appuyer sur les enseignants qui sont entrés en grève dès ce matin en région parisienne. Face à l’atonie, et à la gravité de la crise, il est indispensable de construire les liens entre les personnels des différents établissements mobilisés, en lien avec les élèves, et les familles.

Plus généralement, il est nécessaire de lier la question sanitaire à la question des moyens et des embauches. Face à la crise, il s’agit d’exiger que soit embauché dès aujourd’hui et de façon pérenne du personnel enseignant et non enseignant (vie scolaire, AESH, agents,…) avec un véritable statut, mais que soient aussi mis en place les moyens matériels pour réduire le nombre d’élèves dans les classes et pour effectuer des tests dans l’école, réalisés par des professionnels. Il est nécessaire que les personnels soient équipés de masques FFP2, mais que ceux-ci soient aussi distribués gratuitement aux élèves. Les capteurs de CO2 promis doivent être installés, et des systèmes d’aération mis en place pour éviter les contaminations aérosol. De même, les programmes et l’organisation des examens doit être repensée pour être adaptée à une situation de crise sanitaire.

Les personnels et lycéens ont déjà montré, en novembre dernier, leur capacité à se mobiliser et à s’organiser, dans leurs établissements, pour mettre en place des protocoles sanitaires acceptables, qui proposent une véritable limitation des brassages. Dans chaque établissement, les personnels et familles doivent pouvoir décider des moyens à mettre en œuvre pour maintenir les écoles ouvertes dans de bonnes conditions, en se basant avant tout sur des travaux scientifiques et non pas sur des prétendues nécessités économiques.




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