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Edito

Reconfinements locaux, couvre-feux, restrictions. Partout en Europe, une gestion répressive du Covid

Ces derniers jours, différents États européen ont accéléré la cadence en terme de restrictions en tout genre face à l'épidémie de Covid-19. Une politique répressive donc, qui masque mal une gestion catastrophique de la pandémie, par delà les frontières.

mardi 13 octobre

Crédits photo : © AFP / IRANZU LARRASOANA ONECA / NURPHOTO / NURPHOTO VIA AFP

Alors que l’État Espagnol avait reconfiné partiellement il y a quelques semaines, la tendance au recours à de nouvelles restrictions face à l’épidémie de Covid-19 s’accélère ces derniers jours partout en Europe. Alors que Macron doit s’exprimer demain, et que la rumeur d’un couvre-feu en Île-de-France, mais aussi dans l’ensemble des métropoles en « alerte maximale », prend de l’ampleur tandis que le premier ministre Jean Castex a ouvert la porte, ce 13 octobre, à des reconfinements locaux, une série de pays du vieux continent ont d’ores et déjà pris un ensemble de mesures de ce type contre la pandémie.

Ainsi, au Royaume-Uni, un nouveau système d’alerte a été annoncé par Boris Johnson, en plus de la fermeture des pubs, bars, salles de gym et casinos dans la région de Liverpool. Une décision qui pourrait s’élargir à l’ensemble du Nord de l’Angleterre. En Belgique, des couvre-feux, courant de 1h à 6h du matin, ont été annoncés dans les provinces de Brabant wallon et de Luxembourg. Une politique similaire à celle mise en place en Allemagne, où, là aussi, des couvre-feux localisés aux villes de Berlin, Cologne et Francfort ont été décrétés il y a maintenant quatre jours. En Europe centrale, la République Tchèque a également annoncé une série de mesures restrictives, avec la fermetures des bars et restaurants et l’interdiction de la consommation d’alcool dans les lieux publics à partir de ce mercredi. Un dispositif qui s’accompagne de l’interdiction de rassemblement à plus de 6 personnes, la mise en place d’un enseignement à distance des écoles maternelles (les établissements du secondaire et les universités sont déjà en enseignement distance depuis lundi) et ce jusqu’au 3 novembre.

Si les chiffres attestent d’une recrudescence de l’épidémie, notamment au vue de l’augmentation des cas d’hospitalisations en réanimation et de décès, il n’en demeure pas moins que cette gestion sanitaire, par delà les frontières, n’en reste pas moins désastreuse. En France comme ailleurs en Europe et plus largement dans le monde, ce sont les populations elles-mêmes, et notamment les plus précaires et les jeunes, qui sont pointées du doigt comme les responsables de la recrudescence épidémique. Un argument qui permet de justifier la multiplication des restrictions répressives, mais qui cache mal la gestion catastrophique, à échelle globale, de la crise sanitaire.

Certes, les situations peuvent être variables d’un pays à l’autre, mais il est clair que des points de similitude sont frappants. Même dans les pays cités en exemple au niveau des moyens médicaux, comme l’Allemagne, la destruction massive des services de santé causée par des décennies de politiques libérales entraînent des situations dramatiques dans les hôpitaux, que ce soit en termes de capacité d’accueil comme de manque de personnels pour faire face à l’épidémie. En ce sens, l’appel à manifestation des hospitaliers en France contre le saccage du service public de santé du 15 octobre est hautement significatif des désastres engendrés par ces politiques libérales, qui s’exposent au grand jour depuis maintenant plusieurs mois.

Autre point significatif, partout en Europe, et partout dans le monde, il est notable de voir que les populations précaires et les travailleurs sont les premiers touchés par l’épidémie. Ces mêmes populations contraintes à s’entasser dans les transports en commun, lieux de clusters immenses, pour rejoindre d’autres clusters importants, les lieux de travail. Ici par contre, la question de l’urgence sanitaire passe au second plan face aux intérêts économiques, et les discours visant à expliquer qu’on ne peut pas « se permettre » d’arrêter la machine à profits des grands groupes capitalistes sont légions. Une différence de traitement notable entre les grands patrons et les petits-propriétaires par les différents gouvernements, qui eux se retrouvent réellement étranglés par les multiples restrictions, sans plus de cérémonie.

L’accélération des mesures restrictives et répressives en Europe nous montre déjà, au vue de la première vague, ce qui nous attend. Des milliers de vies sacrifiées, une paupérisation de masse, des lendemains de misère et de chômage. C’est ici aussi que l’on voit l’importance de l’émergence d’une alternative politique à cette gestion meurtrière de l’épidémie, portée par les travailleurs et qui s’adresse à l’ensemble de la population, exigeant la gratuité des masques, l’interdiction des licenciements, ainsi que des plans d’aides massifs pour les artisans, gérants de restaurants et bars par le biais de prêts à bas coûts dans de grands établissements bancaires étatisés et sous contrôle des travailleurs, et, bien sûr, de grands plans d’embauche et de moyens dans les hôpitaux publics. Il s’agit là de la seule voie crédible pour une sortie réelle de la crise sanitaire, et qui nécessite un vaste plan de lutte à la hauteur des enjeux actuels.




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