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Politique

un pas en avant, deux pas en arrière

Recul sur l’assurance-chômage : Borne lâche du lest pour mieux attaquer nos retraites

Ce mardi, le gouvernement a annoncé le retrait temporaire de la mesure annoncée le 23 décembre dernier, prévoyant la réduction de l’indemnisation chômage de 40% dans le cas où le chômage passerait sous les 6%. Une manœuvre prudente à la veille de lancer l’offensive contre nos retraites.

mercredi 4 janvier

Crédit photo : AFP

Le 23 décembre dernier, à la veille de Noël, le gouvernement jouait les pères fouettards en annonçant un arbitrage surprise sur la réforme de l’assurance-chômage. Au menu, la possibilité de réduire de 40% la durée d’indemnisation des chômeurs dans le cas où le chômage passerait en dessous des 6%. Une annonce qui avait provoqué une levée de bouclier unanime des centrales syndicales.

Aussi, alors que s’ouvraient hier des concertations sur la réforme des retraites, la Première ministre a annoncé mardi matin faire machine arrière sur la mesure. Au micro de France Info, Élisabeth Borne a expliqué le retrait de la mesure en pointant que « ce point n’a pas fait suffisamment l’objet de discussions ».

A la veille de la clôture de l’ultime cycle de concertations sur les retraites avec les organisations syndicale, et à une semaine de la présentation de ladite réforme, l’annonce témoigne de la volonté d’éviter de froisser les syndicats réformistes. En cédant sur ce point, le gouvernement, isolé et affaibli, espérait rendre une discussion sur la réforme des retraites possible, notamment avec la direction de la CFDT, pour tenter d’affaiblir le front syndical contre la réforme à venir. La manœuvre semble avoir fait pschitt, comme en témoignent les déclarations de Laurent Berger et de la CFDT ce mardi, qui restent vent debout contre la réforme.

Cependant, celle-ci ne saurait pour autant être confondue avec une victoire. A rebours de certains déclarations comme celle des députés LFI Mathilde Panot et Manon Aubry qui n’ont pas hésité à affirmer que « la mobilisation paie » sur leurs réseaux, le recul du gouvernement est d’abord une manœuvre limitée et temporaire. Comme l’a souligné elle-même Elisabeth Borne, le scénario d’une baisse de 40% de l’indemnité dans la configuration d’un chômage à moins de 6% (aujourd’hui dans les alentours de 7,4%) n’est pas mis aux oubliettes. Au contraire, l’intention du gouvernement « est transparente : si le chômage est à moins de 6%, alors on pense que c’est la bonne règle » prévient Élisabeth Borne dans le même interview.

En outre, difficile de célébrer quoi que ce soit alors que la majeure partie de la réforme de l’assurance-chômage adoptée en novembre dernier, qui consiste à moduler la durée d’indemnisation en fonction de la situation économique pour contraindre à accepter n’importe quel emploi, verra ses premiers effets se concrétiser dès le 1er février prochain. A cette date, la durée d’indemnisation des chômeurs sera réduite de 25% : une amputation d’ampleur. Dans le même temps, le gouvernement lance en cette rentrée l’expérimentation du RSA conditionné, une mesure anti-pauvre particulièrement violente.

En d’autres termes, si Borne manœuvre, l’offensive contre les chômeurs suit son cours. A quelques encablures du lancement du combat contre la réforme des retraites, les directions syndicales feraient bien de s’en rappeler : seule la préparation d’un plan de bataille à la hauteur et la crainte de la rue peuvent faire reculer le gouvernement. Une logique contraire à la politique de dialogue social et de participation aux concertations menée par les directions syndicales à propos de la réforme de l’assurance-chômage et jusqu’à aujourd’hui pour les retraites.

C’est dans la rue et par la grève qu’il est possible d’obtenir une « victoire » sur la réforme de l’assurance-chômage comme pour les retraites.



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