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Rentrée sous Covid : « l’école n’est pas prête » dénonce un collectif de médecin

Alors que le ministre de l'Education multiplie les déclarations visant à dédramatiser les enjeux de la crise sanitaire, un collectif de professionnels de santé dénonce, dans une tribune publiée dans le journal Le Parisien, les insuffisances du protocole sanitaire mis en place pour la rentrée. Alors que la circulation du virus reprend à un rythme exponentiel, Jean-Michel Blanquer insiste en effet sur la nécessité d'effectuer une rentrée « aussi normale que possible », pour laquelle « tout ne doit pas être écrasé par la réalité sanitaire". Une manière, pour le gouvernement, de justifier son refus d'investir dans les moyens nécessaires pour que les écoles ne deviennent pas des lieux privilégiés de la circulation du virus.

lundi 31 août

Crédits photos : Voix Du Nord

Les établissements scolaires, des clusters en puissance ?

Contrairement à l’hypothèse selon laquelle les établissements scolaires ne seraient que peu à même de devenir des foyers de contamination, au regard de la supposée faible contagiosité des enfants, plusieurs exemples ont démontrés le contraire. « Nous connaissons leur rôle potentiel [les écoles] dans la propagation de la Covid-19 : dans certains pays comme en Israël ou au Chili, elles ont constitué un moteur important de l’épidémie », pointe le collectif de médecin.

Plus encore, en Israël, pays qui a été relativement peu touché par l’épidémie, ce serait même la réouverture progressive des écoles depuis début mai qui aurait joué un rôle majeur dans le développement de l’épidémie. Tandis que 17 écoles et jardins d’enfants ont été fermés, 4500 élèves et 734 enseignants placés en quarantaine, un [lycée de Jérusalem, lui, a compté plus de 100 contaminations à lui seul. « La source serait un professeur venu donner ses cours alors qu’il ne se sentait pas bien ». Un exemple qui montre que les établissements scolaires peuvent devenir des clusters en puissance.

Une stratégie sanitaire à la hauteur dans les établissements scolaires ?

Dès lors, la question de comment éviter que les établissements scolaires deviennent des foyers épidémiques revêt une importance primordiale pour éviter une seconde vague. Et pourtant, comme le pointe le collectif de médecins : « Compte tenu du protocole en vigueur en France, rien ne semble empêcher les écoles de devenir des clusters ». Le collectif avance que « le protocole prévu pour la rentrée du 1er septembre ne protège ni les personnels ni les élèves et leurs familles, et est insuffisant pour ralentir l’augmentation actuelle du nombre de nouveaux cas de Covid-19 ». Tandis que les protocoles mis en place précédemment insistaient sur la distanciation sociale et la limitation des contacts entre élèves, la seule véritable mesure prise par le gouvernement à la rentrée 2020 est en effet le port du masque en (presque) toutes circonstances pour les personnels et les élèves... à partir de 11 ans. Toutes autres mesures sont renvoyées au local et à la responsabilité des chefs d’établissement.

Le collectif recommande ainsi les mesures qu’il s’agirait de mettre en place. Il pointe notamment le port du « masque en lieu clos pour tous les élèves de plus de 6 ans et la distribution de masques, comme le font la Suisse, la Grèce et l’Italie », l’application des « mesures d’aération préconisées » en s’aidant « notamment d’appareils de mesure de qualité de l’air », considérant « l’aération d’une pièce toutes les trois heures » comme « insuffisante ». Il insiste aussi sur la mise en place de « procédures dédiées dans les zones de forte circulation virale moyennant notamment « l’allègement des classes », la mise en place d’un protocole clair « lorsqu’un enfant ou un adulte est testé positif ou a été en contact avec un cas positif » ainsi que la mise en place d’un « système réactif et transparent de remontées des données concernant le nombre de sujets positifs, les écoles et classes fermées, le nombre d’enfants testés, les délais des tests et des résultats. »

Exigeons des masques gratuits pour tous, un allègement des classes et des nouvelles embauches !

Comme nous l’affirmions dans un précédent article, le protocole sanitaire mis en place par le gouvernement n’est en réalité que celui publié en juillet dernier (à une période rappelons-le de circulation faible du virus). A la différence près que le protocole actuel instaure l’obligation du port masque, dont le coût financier est scandaleusement à charge des familles, pour les élèves de plus de 11 ans ainsi que pour l’ensemble du personnel d’éducation. En somme, loin d’avoir ajusté sa stratégie sanitaire à la hauteur du rebond épidémique, le gouvernement préfère faire l’obligation sans gratuité comme une manière de faire peser sur le terrain strictement individuel la responsabilité d’une potentielle deuxième vague.

Ce que sous-tend, en définitive, la rhétorique de « la rentrée aussi normale que possible », c’est une fois de plus le refus d’investir les moyens nécessaires au bon fonctionnement de l’école, quitte a mettre en danger la santé, et même la vie, des élèves, des enseignant.e.s et de leurs familles. Pour Blanquer, les établissements scolaires sont autant de garderies qui permettent avant tout d’assurer le fonctionnement de l’économie : les enfants, collégiens et lycéens doivent aller étudier pour permettre à leurs parents d’aller au travail. Ainsi, peu importe la qualité de l’enseignement, de l’accompagnement, du suivi et même de l’accueil des élèves. Tout investissement dans l’école, y compris en cas de crise sanitaire, est considéré comme un coût sans bénéfices, puisque ne profitant pas immédiatement à l’économie.

Dès lors, pas allègements de classe pour observer un minimum de distanciation sociale. Pour les faire respecter, il aurait été nécessaire d’effectuer en prévision de la rentrée un investissement massif pour équiper les établissements scolaires d’outils pour l’aération de l’air ; mais aussi pour permettre la distanciation sociale dans les classes, déjà surchargées en temps normal, en embauchant des milliers de professeurs ; enfin - et surtout - en assurant la distribution régulière de masques, qui doivent être gratuits d’autant plus qu’ils sont obligatoires.

Pour éviter que les établissements scolaires ne deviennent des clusters, il est dès lors indispensable de rompre avec toute logique visant à mettre les considérations économiques en premier lieu. Contre cette logique qui vise à faire payer la crise à l’ensemble de la population, la mise en place de mesures d’urgence pour l’école est primordiale : gratuité des masques, mais aussi investissement massif dans l’éducation, afin de permettre que la reprise se fasse dans les meilleurs conditions sanitaires et pédagogiques possibles. Toute autre démarche apparait d’autant plus criminelle dans un contexte où la situation sanitaire se dégrade de jour en jour, et à la suite d’une période de confinement qui n’a fait que renforcer les inégalités scolaires et sociales entre élèves.




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