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Politique

La garderie du Medef

Réouverture des écoles : une décision prise contre l’avis du Conseil Scientifique

La polémique enfle autour de la réouverture des crèches et des établissements scolaires « à partir du 11 mai ». Sollicité par le président de la République avant son allocution du 13 avril, le Conseil Scientifique dédié au COVID-19 avait en effet rendu un avis défavorable à la réouverture des crèches et des écoles avant septembre. Un avis qu’Emmanuel Macron a choisi non seulement d’ignorer mais a décalé sa diffusion publique.

lundi 27 avril

Le Conseil Scientifique, dans un avis daté du 20 avril, recommandait de] «  maintenir les crèches, les écoles, les collèges, les lycées et les universités fermés jusqu’au mois de septembre  », soulignant que « le risque de transmission est important dans les lieux de regroupement massif que sont les écoles et les universités, avec des mesures barrières particulièrement difficiles à mettre en œuvre chez les plus jeunes ». Un avis que le gouvernement a préféré ignorer, choisissant de mettre en place, dès le début du déconfinement, un retour en classe – et en crèche – à marche forcée. Il faut souligner que si cette note a été publié après l’allocution du 13 avril, le gouvernement avait consulté le conseil auparavant, et était donc au courant le l’avis défavorable concernant la réouverture des établissements scolaires. Le choix à donc été fait de maintenir la position, et de repousser la sortie de la note précisant les désaccords.

C’est une passe difficile pour le gouvernement, alors qu’il va annoncer dans la journée les axes du déconfinement au parlement, le conseil scientifique, garant de la légitimité vient s’opposer à l’orientation prise par Macron.
 

Une « décision politique »

 
Après la décision du gouvernement, le Conseil Scientifique publie quelques jours plus tard une note complémentaire. Dans celle-ci, il déclare avoir « pris acte » de l’annonce de «  réouverture prudente et progressive des établissements scolaires à partir du 11 mai  », explicitement désignée comme une « décision politique ». Le Conseil Scientifique propose ensuite une liste de prérequis et de recommandations pour que la réouverture des établissements scolaires ne rime pas avec une explosion de l’épidémie.
 

La distanciation sociale à l’école, un casse-tête impossible à résoudre

 
Les recommandations du Conseil Scientifique, qui restent minimales, ont d’ores et déjà fait bondir beaucoup d’usagers des établissements scolaires, conscients des énormes difficultés – voire des impossibilités – matérielles à mettre en place bon nombre des mesures proposées. Il est par exemple conseillé :

-  Que «  les élèves d’un même niveau ne croisent pas les élèves d’un autre niveau », ou que « les élèves d’une classe ne croisent pas les élèves d’une autre classe », ce que ne permet pas, dans beaucoup d’écoles, collèges et lycées, l’agencement des couloirs et des salles, à moins de recevoir un nombre très restreint d’élèves ;

-  De respecter une distanciation sociale d’au moins 1 mètre, notamment à la récréation et à la cantine, ce qui est extrêmement difficile, notamment avec les petites classes. De même, le Conseil Scientifique préconise « 1 mètre au moins de chaque côté notamment pour les tables  », ce que ne permet pas la taille des salles dans certains établissements, à moins d’accueillir un nombre d’élèves par classe inférieur aux 15 prévus ;

-  De « procéder à un lavage des mains (eau, savon liquide, papier à usage unique) au minimum à l’arrivée à l’école avant le début de la classe et à la fin des cours, avant et à la fin de chaque repas et chaque fois que les mains auront pu être souillées par des liquides biologiques ». Or, dans de nombreux établissements, les élèves ne bénéficient que d’un nombre de points d’eau limités, souvent concentrés dans les toilettes : comment faire en sorte que tout le monde se lave les mains plusieurs fois par jours, en évitant que les élèves ne se croisent et en évitant de créer des attroupements ?
 
La note du Conseil Scientifique déclare par ailleurs que « des masques alternatifs de production industrielle ou artisanale antiprojection devront être portés par les personnels des établissements scolaires et par tous les enfants à partir du collège  », et reconnaît l’impossibilité de faire porter des masques aux plus petits. Or, pour l’instant, dans une situation où la pénurie de matériel se fait encore sentir, le gouvernement n’a donné aucune garantie sur sa capacité à fournir des masques aux collégiens, lycéens et personnels d’ici la reprise des classes.

Une réouverture prématurée qui rencontre de fortes oppositions sur le terrain

 
Prenant acte de la décision du gouvernement, le Conseil Scientifique semble avoir parallèlement pris acte de l’impossibilité de mettre en place les mesures qu’il a été contraint de proposer. Les auteurs du rapport précisent ainsi qu’ils sont favorables au principe du volontariat et de la non-obligation, tout en soulignant que «  l’ouverture des établissements scolaires le 11 mai doit progressive, nationale tout en tenant compte des situations locales, doit s’intégrer dans une démarche expérimentale et continuer de s’adapter en fonction de l’évolution de la situation sanitaire ».
 
Sur le terrain, des acteurs locaux ont déjà annoncé qu’ils ne rouvriraient pas les écoles en mai. C’est le cas en Martinique et dans plusieurs communes métropolitaines, où les maires ont déclaré qu’ils ne rouvriraient pas les maternelles et primaires jusqu’à nouvel ordre. Cette décision a notamment été prise à Hautmont, dans le Nord ou encore à Stains, en Seine-Saint-Denis et à Colmar, dans le Haut-Rhin, deux départements particulièrement touchés par l’épidémie de Coronavirus.
 
Plusieurs syndicats enseignants et associations de parents d’élèves ont par ailleurs fait part de leur opposition à une réouverture des écoles sans garanties sanitaires. C’est le cas de la FSU, syndicat majoritaire chez les enseignant.e.s, qui déclare que « sans garanties sanitaires applicables partout, les établissements scolaires et les CIO ne peuvent être ouverts, le 11 mai ou après, pour reprendre leurs activités quotidiennes et habituelles  ». De même, on peut rappeler que le 23 avril, un sondage réalisé par l’Institut Odoxa pour le Figaro estimait 63 % des Français.e.s hostiles à la réouverture des écoles dès le 11 mai, pointant que cette décision s’expliquait uniquement par des raisons économiques.

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