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Politique

Crise sanitaire

Résurgence épidémique : la piste du couvre-feu national à 18h privilégiée par l’exécutif

La mutation du virus à l’origine d’une plus grande contagiosité et son expansion rapide, notamment au Royaume-Uni, concrétisent chaque jour un peu plus l’hypothèse d’une troisième vague. Une nouvelle fois l’inquiétude grandit, et pose de manière imminente la stratégie pour mettre un frein au virus. Plusieurs scénarii étudiés par le gouvernement, du couvre-feu national à 18h au confinement le week-end, jusqu’à un confinement total qui n’est pas écarté même si vraisemblablement pas privilégié. S’il y a bien urgence sanitaire, la dimension autoritaire des mesures à venir ne peut pas être éludée.

mercredi 13 janvier

Crédits Photo : Philippe Lopez / AFP

Mutation du virus et situation catastrophique au Royaume-Uni. Un avant-goût de ce qui attend la France ?

Le variant du Covid-19, que l’on estime plus contagieux, pourrait provoquer plus de de décès là où il se propage. Identifié pour la première fois en Angleterre, le variant VoC 202012/01 (Variant of Concern, year 2020, month 12, variant 01) est à l’origine d’une explosion du nombre de contaminations au Royaume-Uni. Les recherches conduites par une équipe de la London School of Hygiène and Tropical Medecine ont conclu que cette variation du virus était entre 50 et 74% plus contagieuse que la version initiale du Covid-19. La contagiosité accrue est un nouveau facteur clé de la lutte sanitaire menée contre la pandémie. Si le nouveau variant ne semble pas plus létal, une contagiosité plus élevée est tout autant dangereuse, voire davantage. L’épidémiologiste anglais Adam Kucharskia ainsi démontré que sur une situation initiale de Covid-19 de 10000 cas, le coronavirus habituel causerait après 30 jours 129 morts. Dés lors qu’on augmente la contagiosité de 50 %, ce que provoque le « nouveau » Covid le nombre de morts passe à 978.

A Londres, la situation est d’ores et déjà catastrophique, l’épidémie est hors de contrôle. Un londonien sur 20 a déjà été contaminé et 800 personnes sont chaque jour admises à l’hôpital. Ce samedi près de 7000 malades étaient hospitalisés (32 000 à l’échelle de l’Angleterre), soit 40% de plus qu’en avril, lors du pic du premier confinement. Ashley, hospitalière au University College Hospital explique que déjà il faut :« prioriser les patients ».

Depuis le 25 décembre, la France est elle aussi touchée par cette nouvelle variante du coronavirus. Et la menace d’un scénario à l’anglaise est réelle. Yazdan Yazanpanah, directeur du nouvel institut sur les maladies infectieuses émergentes, estime ainsi que « Nous n’avons, pour l’instant, qu’une photographie partielle du variant anglais en France. On ne connaît pas exactement le nombre total de personnes infectées ».

En Angleterre comme en France des systèmes de santé à bout de souffle

Face à « la situation la plus dangereuse jamais connue » selon Chris Whitty, le conseiller médical en chef du gouvernement Johson, l’Angleterre paie au prix fort les faiblesses structurelles de son système de soin. Depuis 2015 le financement des hôpitaux est continuellement en baisse. Côté équipements, le Royaume-Uni a comme la France considérablement réduit le nombre de lits de réanimation, jusqu’à atteindre un des niveaux les plus inquiétants d’Europe, 253 lits pour 100 000 habitants. Le Royaume-Uni souffre également d’une pénurie de personnel infirmier, après avoir là encore diminué les effectifs. La situation au Royaume-Uni met sous le feu des projecteurs quelles sont les conséquences dramatiques d’une gestion austéritaire du système de santé. La réponse du gouvernement Johnson, dans cette droite lignée, aura toujours été guidée par les profits, celui-ci allant jusqu’à privilégier, pendant un certain temps, une stratégie d’immunité collective afin de préserver au maximum la vie économique.

La situation de l’hôpital public en France n’est guère plus glorieuse. En 20 ans plusieurs dizaines de milliers de lits ont été supprimés, près de 8000 rien que sur les deux dernières années. Si le gouvernement annonçait en grandes pompes un « accord historique » avec le Ségur de la santé en juillet dernier, ce dernier n’était en réalité nullement une réponse visant à répondre aux problèmes structurels de notre système de santé actuel, dénoncés par les soignants depuis de nombreuses années. Plus grave encore, en septembre dernier la parution du budget de la santé pour 2021 cachait comme le révélait alors Marianne une économie d’au moins 900 millions d’euros dans les finances hospitalières.

Face à l’urgence, quel scénario à venir ?

Alors que les chiffres de contaminations sont en hausse quand 25 000 personnes sont actuellement hospitalisées alors que Santé publique France a comptabilisé 96.743 cas positifs la semaine du 28 décembre et que 28.830 personnes testées le 4 janvier, jour de la rentrée, se sont avérées positives, soient les chiffres les plus hauts depuis la mi-novembre, selon la plateforme Geodes, le gouvernement semble envisager une nouvelle intensification de ses mesures de semi-confinement et couvre-feu. Mercredi, à la veille d’une nouvelle conférence de presse gouvernementale, est prévu un conseil de défense sanitaire. Pour l’heure le gouvernement privilégierait la piste d’une généralisation du couvre-feu dès 18h (23 départements sont déjà soumis à un couvre-feu avancé), une piste considérée « moins violent(e) et plus acceptable qu’un confinement » selon un député macroniste.
Face à la hausse des contaminations et à la menace du nouveau variant, il est probable que la France se retrouve à devoir envisager de nouvelles mesures telles que la fermeture des écoles, puisque ce nouveau virus plus contagieux se transmet notamment par les jeunes. Mais le gouvernement est très réticent car les écoles, garderies du MEDEF, sont la condition pour pouvoir pousser les parents à continuer de travailler. D’après les informations de BFM plusieurs pistes seraient évoquées : de la possible fermeture des cantines, à la suppression des activités sportives et des sorties scolaires.

Près d’un an après les premières contaminations et l’apparition du Covid-19, l’exécutif macronien semble toujours naviguer à vue. A défaut d’endiguer l’épidémie, le gouvernement aura, loin de chercher à briser les chaines de contamination, multiplié dans une stratégie de « stop and go » les confinements et couvre-feux qui se répètent inexorablement, quand la première phase épidémique a accouché de la deuxième, quand la question n’est aujourd’hui plus de savoir s’il y aura ou non une troisième vague mais si les hôpitaux seront en capacité d’y faire face.

En France comme ailleurs, la faillite de la haute administration de l’Etat aura été totale, incapable de fournir des masques, après avoir sacrifié ses stocks sur l’autel de logiques austéritaires, de mettre en place un dépistage massif et enfin dernièrement de réaliser une politique de vaccination conséquente. Incapable en réalité de faire autrement que ce qui est le logiciel même du capitalisme, et donc de privilégier autre chose que la vie économique et les profits, même lorsqu’il s’agit de la santé. Faute de plan conséquent, il s’est agi de présenter pour répondre à l’urgence un éventail de mesures et donc de concrétiser la régulation des loisirs par des confinements et des couvre-feux, en faisant peser en arrière-plan l’expansion du virus sur la responsabilité individuelle.
Si pour l’heure, le gouvernement privilégie la piste d’un couvre-feu national étendu à 18h, cela reste en suspens des prochaines données épidémiques. Reste à en connaître les modalités.




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