^

Politique

Pompier pyromane

Scandale. Macron diminue le budget de la recherche en pleine crise du coronavirus

Alors qu’en janvier, le ministère de l’enseignement supérieur annonçait vouloir investir 10 milliards d’euros sur sept ans dans la recherche, Emmanuel Macron a annoncé, en marge d'une visite à l'Institut Pasteur, sa décision de n'augmenter ce budget que de 5 milliards d'euros sur dix ans. Des chiffres revus à la baisse, alors même que le Covid-19 révèle le manque criant de moyens dans ce domaine.

samedi 21 mars

C’est par un simple tweet qu’Emmanuel Macron a dévoilé sa nouvelle mesure en réaction aux déficiances dans la recherche mises en lumière par la crise du Covid-19.

5 milliards d’euros pour la recherche sur dix ans, alors qu’en janvier, le ministère de l’enseignement supérieur annonçait vouloir investir 10 milliards d’euros sur sept ans. Cela signifie que le budget de la recherche augmentera d’environ 500 millions d’euros par an. Sur dix ans, cette hausse de budget sera étalée de cette façon : 

  • 1,3 milliard pour la recherche en santé : trouver de l’innovation en santé c’est bien, mais la rendre accessible à toutes et à tous c’est mieux ! Par exemple sur le prix des médicaments ;
  • une revalorisation salariale de 6000 euros par an d’ici 2027 : mais cela ne signifie pas rompre avec la logique des contrats précaires et des CDD,
  • 1 milliard pour la recherche en s’appuyant sur le mécanisme des appels à projets : selon la sociologue Isabelle Clair au CNRS, cela « contraint les chercheurs à orienter leurs projets en fonction des priorités définies par les organismes de financement. Au final, la recherche s’uniformise et s’appauvrit. Ce qu’on demande, ce sont des financements publics, inconditionnels et récurrents. »

Une « hausse du budget de la recherche à hauteur de cinq milliards d’euros sur dix ans » ramené au budget du Ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (MESRI), représente 2% d’augmentation par an. 

Les 400 millions promis par Frédérique Vidal dès 2021, sont en dessous des 700 millions d’augmentation en 2018 et des 850 millions en 2019. Ces 5 milliards nous rappellent le peu d’investissement des dix dernières années, avec pour conséquence, l’absence de traitement suffisamment efficace et rapide pour traiter les cas graves de patients atteints du Covid-19. 

Auparavant, lors des 80 ans du CNRS, E. Macron, fidèle à lui-même, proposait des évaluations pour différencier les « mauvais » chercheurs des bons, pour les mettre en conccurrence, à l’intar d’un des axes de la réforme LPRR (loi pluriannuelle de la programmation de la recherche : combattue par universitaire. A ce sujet, et actant de cette nouvelle promesse de 5 milliards, le collectif Facs et Labos en Lutte a d’ailleurs dénoncé l’hypocrisie du gouvernement en ces termes : « la France est la seule nation qui ait besoin du COVID-19 pour "connaître le caractère vital de la recherche scientifique" et savoir qu’il fallait donner aux équipes de recherches des emplois permanents et des moyens pour travailler. »

La recherche au ralenti en France

Le budget de la recherche est en partie financée depuis 1983 par le crédit d’impôt recherche (CIR), ce crédit permet aux entreprises de faire de l’optimisation fiscale tout en finançant la recherche, qui pourrait à son tour, leur servir. Ce crédit représente aujourd’hui 1/4 du budget de l’enseignement supérieur et de la recherche et deux fois le budget du CNRS. Le collectif Facs et Labos en lutte en demande sa suppression car ils estiment que cela « permettra de dépenser utilement et immédiatement ce budget pour les acteurs en première ligne sur le front de la lutte contre l’épidémie et qui en ont cruellement besoin : les patient∙es, les soignant∙es et les personnels de la recherche. » En effet, l’optimisation fiscale empêche d’utiliser les cotisations patronales pour financer directement la recherche avec des fonds publics et aussi d’augmenter le budget des hôpitaux. 

Un coup d’accélérateur pour les chercheurs

Bruno Canard, directeur de recherche CNRS à Aix-Marseille, spécialisé dans la génétique et ayant travaillé sur le coronavirus, explique que concernant la « recherche virale en Europe comme en France, la tendance est plutôt à mettre le paquet en cas d’épidémie et, ensuite, on oublie. » . Avant l’épidémie, il a dû travailler sur les coronavirus avec des « financements maigres et dans conditions de travail qu‘[il] a vu peu à peu se dégrader. » C’est ce qu’il dénonce dans une tribune accessible sur le site du collectif Facs et Labos en lutte, où il exprime tout le ras-le-bol des corps de métier où il est demandé de faire toujours plus avec moins de moyens. Une situation d’ailleurs similaire à celle du secteur de la santé où les personnels soignants sont obligés de vider les hôpitaux de patients "non-urgents" pour faire de la place aux patients gravement atteints du Covid-19. 

On notera cette phrase de Bruno Canard « Je me suis souvent demandé si j’allais changer pour un boulot inintéressant, nuisible pour la société et pour lequel on me paierait cher ? Non, en fait. » Cela met en lumière le fait que les métiers les plus utiles à la majorité, sont souvent les plus précaires, les moins valorisés.

Crédits photos : Elysée