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Reportage

« Semaine noire » : les aiguilleurs de Paris Nord durcissent leur grève pour des augmentations de salaires

Depuis le 28 février, les cheminots du plus grand poste d’aiguillage de France sont en grève. Cette semaine, ils ont décidé de durcir le ton avec 4 jours de reconductible.

Arthur Nicola

4 mai 2023

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 « Semaine noire » : les aiguilleurs de Paris Nord durcissent leur grève pour des augmentations de salaires

Crédits photos : Révolution Permanente

Selon la SNCF, les CCR (Commandes Centralisés du Réseau) sont le nec plus ultra des postes d’aiguillage en France. Entièrement informatisées, ces CCR sont vouées à remplacer l’immense maillage des postes d’aiguillage actuels au sein de postes concentrés, en supprimant des postes au passage. Mais derrière le vernis « haute technologie » de ces CCR se cachent avant tout des conditions de travail toujours plus éprouvantes, avec à la clé des rémunérations très faibles.

Derrière le vernis technologique, des conditions de travail épouvantables

A la CCR de Saint Denis, qui s’occupe de toutes les lignes RER et régionales de la gare du Nord, notamment le RER B et D, ce sont les conditions de travail et de salaire qui ont poussé les salariés à entrer en grève, fin février. « La climatisation est défectueuse, la moquette part en charpie, les ordinateurs prennent la poussière, on a une technologie qui est déjà obsolète » : pour Alim, cheminot depuis 2017, c’est une accumulation de petites choses qui ont poussé les agents à se mettre en grève. Depuis le 28 février, ils sont en grève reconductible, une heure par jour, avec des « journées noires » de 8h de grève.

En outre des conditions de travail, les grévistes réclament des augmentations de salaires, face à l’inflation mais aussi en raison de la technicité de leur travail : « si tu es agent de circulation dans la Creuse avec trois trains par jour, tu touches le même salaire qu’un agent de la CCR qui traite 2000 trains par jour. A meilleure compétence et à un travail plus important, on devrait avoir de meilleures rémunérations » avance Alim. Car au-delà de la charge de travail, c’est aussi la responsabilité pénale des agents qui peut être engagée sur n’importe quel accident, alors que l’entretien des voies n’est pas faite correctement.

Face aux casseurs de grève, les grévistes décident d’une « semaine noire »

Face à la grève, la direction n’a cessé de remplacer les grévistes par des cadres peu compétents, mais aussi par les agents des ELOG, une unité chargée de remplacer les grévistes partout en France, des « mercenaires payés trois plus », comme le dénonce une gréviste. Malgré tout, impossible pour la direction de faire tourner les trains normalement. Guillaume, un autre gréviste explique ainsi que « la grève a montré à beaucoup de collègues que lorsqu’on n’est pas là, le travail dont on minimisait la difficulté, personne ne réussit à le faire, des encadrant jusqu’aux ELOG : un tiers des travaux seulement sont acceptés quand ils sont là. »

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Dans ce contexte, et face à une direction qui ne veut pas accéder aux revendications, les « journées noires » se sont transformées en une « semaine noire », avec quatre jours de grève reconductible, qui ont fortement impacté le trafic. En arrivant sur le piquet de grève, on sent tout de suite que la direction est sous pression : la sécurité a appelé la police pour surveiller un barbecue solidaire, et un responsable syndical confie que Sud-Rail a été contacté par les renseignements territoriaux. « Pour eux, s’ils cèdent et qu’ils nous donnent des augmentations de salaire parce qu’on gère plus de trains, ils ont peur de la contagion aux autres CCR » explique Guillaume.

Suivre la « méthode Bourget » : quand la grève en crée une autre

D’autant que leur propre grève est déjà le fruit de la « contagion » de la grève des agents du Bourget, à quelques kilomètres de là. « On a commencé en suivant la grève du Bourget : ils nous ont beaucoup aidé. Là on est à quasiment 100% de grévistes sur cette semaine, et on n’est pas syndiqués ou affiliés à un syndicat. En les suivant, on a permis qu’ils gagnent, et on espère que d’autres vont nous suivre » témoigne Alim. Une forme de passage de relais, et avec lui l’accumulation d’expérience des grèves que chacun a vécu.

Lire aussi : Paroles de grévistes : retour sur la grève victorieuse des aiguilleurs du Bourget après 4 mois de bataille

Finalement, ce qui fait la force de cette grève, c’est notamment sa caisse de grève. Après avoir récolté des dons lors de toutes les manifestations contre la réforme des retraites, ils aussi lancé une cagnotte en ligne récemment, à laquelle vous pouvez contribuer. Au départ, ce sont les cheminots du Bourget qui ont lancé la caisse de grève, donnant 2500€ aux cheminots de la CCR pour « qu’ils se lancent ». Cette semaine, Alim nous l’assure, les 4 à 5 jours de grève de cette semaine seront couverts par la caisse de grève, empêchant ainsi la direction de convaincre des grévistes de reprendre le travail à cause de raisons financières.

Une centaine de soutiens pour faire tenir la grève

Dans ce contexte, les grévistes ont décidé d’organiser un rassemblement de soutien, relayé par le syndicat Sud Rail Paris Nord et le Réseau pour la Grève Générale. Yassine, syndicaliste CGT à la RATP Bus est venu avec plusieurs salariés de la régie apporter son soutien, « la question des salaires on ne peut pas la mettre des côtés, et ne pas avoir parlé des salaires dans la lutte contre la réforme des retraites, pour nous, c’est une absurdité stratégique. Vous êtes la preuve que lorsqu’on se mobilise sur les salaires et les conditions de travail [en plus des retraites], les gens se mobilisent ».

D’autres soutiens ont aussi fait le déplacement, comme une vingtaine d’étudiants du collectif Le Poing Levé de l’université Paris 8, à quelques minutes du piquet. « Ca nous donne beaucoup de force votre grève, qu’on soit déjà salariés ou pas : quand on voit une grève auto-organisée, cette solidarité, cette caisse de grève, c’est un exemple pour nous. Ce sont des combats qu’on veut mener avec vous, à vos côtés, contre vos patrons qui seront nos futurs patrons » lance, en clôturant le rassemblement, un étudiant.


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Arthur Nicola

Journaliste pour Révolution Permanente.
Suivi des grèves, des luttes contre les licenciements et les plans sociaux et des occupations d’usine.
Twitter : @ArthurNicola_

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