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Pédocriminalité et « secret de la confession » : le deux poids deux mesures de Darmanin avec l’Eglise

Darmanin s’est enfin décidé à « inviter » Mgr Eric de Moulins-Beaufort au ministère de l’Intérieur suite à ses propos polémiques sur la supériorité des « lois de l’Eglise ». Une complaisance inhabituelle pour le pourfendeur du séparatisme, mais les présidentielles approchent et il faut bien soigner son électorat …

vendredi 8 octobre

Crédits photo : THOMAS COEX / AFP

Après la publication du rapport de la Commission Sauvé qui faisait état de plus de 330 000 cas d’abus sur mineurs dans le silence de l’Eglise, Mgr Eric de Moulins-Beaufort avait défendu son bilan en déclarant mercredi 6 octobre que : « le secret de la confession était plus fort que les lois de la République ». Après plusieurs jours de silence, Darmanin s’est enfin décidé à l’« inviter » en début de semaine prochaine. Une complaisance qui contraste avec l’intransigeance de sa politique envers les organisations musulmanes.

Tout commence ici mardi 5 octobre avec la publication du rapport de la commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (CIASE). Après trois ans d’enquête, elle fait état du fait que sur 70 ans, de 1950 à 2020, près de 220 000 personnes auraient été abusées lorsqu’elles étaient mineures par des membres du clergé, ce chiffre monte jusqu’à 330 000 si l’on y inclut les violences commises par des laïcs exerçant dans des institutions religieuses.

Soit environ 4714 pas an, 392 par mois, 98 par semaine, 8 par jour ou, 1 enfant toutes les trois heures - en France. Si les affaires de pédocriminalité dans l’Église éclatent fréquemment depuis les années 2000, ce rapport est une première en cela qu’il rend intenable l’idée qu’il s’agirait de cas exceptionnels. Désormais il va falloir compter avec l’idée qu’à l’Église la pédocriminalité fait système.

Là-dessus arrive Éric de Moulins-Beaufort, président de la conférence des évêques de France et archevêque de Reims, et qui explique au micro de franceinfo que : « la confession doit rester secrète parce qu’elle ouvre un espace de parole libre devant Dieu » et précise, tranquille comme Baptiste, que : « Le secret de la confession s’impose à nous et en cela, il est plus fort que les lois de la République ».

L’homme trouve même les ressources pour distinguer la confession (divine) de la confidence (terrestre) dont il dit d’ailleurs que le Sénat a très bien compris la différence quand il l’a lui a expliqué l’année dernière. Voilà donc le régime, entièrement à la discrétion de l’église, auquel sont soumises les déclarations d’agressions ou d’atteintes sexuelles infligées à un mineur pour savoir s’il faut en informer les autorités ou non : confession ou confidence ?

Au mépris de la loi (qui condamne leur non-déclaration à trois ans d’emprisonnement et à 45 000 euros d’amende), et de toutes les victimes révélées par l’enquête, l’épiscopat français rappelle que c’est à lui de décider si ce dont il est témoin relève des lois humaines ou des lois divines.

Un gouvernement aux petits oignons avec son électorat

Au silence de l’Église vient alors s’ajouter celui du gouvernement. A commencer par Macron qui au lendemain de la remise du rapport a salué « l’esprit de responsabilité » de l’institution Catholique. Qu’est-ce à dire ? Que l’église va donc continuer à laver son linge sale en famille ? Qu’on s’en tiendra donc à cet exercice d’auto-expiation ?

Face aux nombreuses interpellations, Gerald Darmanin s’est finalement saisi de l’affaire et a invité hier Monseigneur Eric de Moulins-Beaufort « afin de s’expliquer sur ces propos ». La rencontre aura lieu mardi.

Le ministre qui disait en Février au micro de France Inter qu’on « ne peut pas discuter avec des gens qui refusent d’écrire sur un papier que la loi de la république est supérieure à la loi de Dieu » va-t-il lui faire écrire sur un papier que les lois de la République son supérieures à la loi de Dieu ?

Gageons plutôt que Darmanin sera lui aussi très sensible et attentif à la distinction entre la confession et la confidence. La rencontre aura bien évidemment lieu sous le signe de la complaisance à l’heure où le gouvernement est en chasse sur le terrain de l’extrême-droite. A quelques encablures de la présidentielle, cette affaire offre au gouvernement l’incroyable opportunité de voler à la rescousse de l’institution catholique, si chère à son électorat. Il s’agit surtout de rester très docile face à une institution qui malgré une certaine perte d’influence conserve un poids non négligeable.

« Séparatisme » : reconnaitre le bon et le mauvais

La tiédeur de la réaction du gouvernement face à cette offense faite aux « lois de la République » contraste avec l’intransigeance méthodique à laquelle ce dernier s’astreint quand il s’agit des organisations musulmanes.

Il convient donc de le rappeler. Pour le gouvernement il est possible de distinguer le bon séparatiste du mauvais séparatiste. En fait, c’est simple. Le bon séparatiste, c’est celui dont le Dieu est catholique, et le mauvais, celui dont le Dieu est musulman.

Avec l’un on discute, avec l’autre non. On salue le premier, pas le second. C’est que, comprenez, les lois de la république sont supérieures aux lois de Dieu mais surtout si Dieu est musulman. Alors elles deviennent très très (très) supérieures.

Encore une fois, l’universalisme laïcard de façade que revendique le gouvernement a du mal à cacher la vérité de son pouvoir. Un pouvoir dont la morale n’est autre que celle de la bourgeoisie française la plus rance. Une soumission des cultes à la République française qui ne semble pas sur le même point d’égalité lorsqu’il s’agit des catholiques ou des musulmans et qui met une nouvelle fois en évidence une discrimination systémique de ces derniers. Une chose est sûre. Malgré la prise de conscience de plus en plus importante de ce fléau qui persiste notamment au sein de l’église catholique, le gouvernement fait une nouvelle fois le choix de soutenir les coupables au détriment des victimes.




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