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Stratégie du choc

USMB, Chambéry. La présidence s’assoit sur sa propre enquête montrant les difficultés des étudiants

Après avoir tourné en dérision l'enquête menée par Solidaires Etudiant-es pendant le confinement, qui avait montré l'impact désastreux de l'enseignement à distance sur les étudiants, l'équipe de direction de l'université Savoie Mont Blanc a mis en place son propre questionnaire... qui aboutit aux mêmes conclusions. La présidence s'acharne cependant à miser sur la généralisation de l'enseignement à distance à la rentrée.

lundi 6 juillet

Fin mars, dès le début du confinement, face aux difficultés rencontrées par les étudiants et au manque de réaction de la présidence, le syndicat Solidaires Etudiant-es Savoie avait lancé un questionnaire à destination des étudiants. L’objectif consistait à faire une synthèse des conditions d’études et à recenser les difficultés des étudiants dans ce contexte si particulier, mais aussi à anticiper la question des examens, brûlante en fin de semestre. Les résultats avaient été sans appel, montrant à quel point le confinement et l’enseignement à distance aboutissaient à une rupture pédagogique profonde – à l’opposé de la désormais célèbre formule de « continuité pédagogique » invoquée par Blanquer, Vidal et les directions des universités.
La présidence a choisi d’ignorer les résultats du questionnaire, en refusant la validation automatique du semestre et en organisant les examens à distance. Mais elle a aussi, par la voix du président et du VP étudiant, vivement critiqué le questionnaire, au prétexte que les questions étaient biaisées et les résultats non représentatifs.

Forte de la possibilité d’envoyer des mails à tous les étudiants, la direction a alors riposté en mettant en place son propre questionnaire entre le 20 avril et le 3 mai. Comptabilisant 3654 réponses, les résultats en ont été communiqué aux étudiants le 3 juillet – une fois que l’enjeu des examens était écarté.

Des résultats qui convergent

Les résultats reflètent pourtant ce qu’avait pu constater Solidaires Etudiant-es. Tout d’abord, 72,8 % des répondants ont rencontré au minimum une difficulté, qu’elle soit financière, liée à leur santé ou au matériel nécessaire. 44 % de ces difficultés sont d’ordre psychologique, tandis que 46,7 % sont liées à l’apprentissage. Ces chiffres s’expliquent par les difficultés de connexion, le manque d’accès au matériel, le manque de rythme et de concentration.

L’accès aux outils informatiques n’est pas généralisé : si 86,5 % des sondés déclarent avoir leur propre matériel informatique, cela laisse 15 % des répondants de côté. L’accès à une connexion internet fixe et stable est loin d’être une constante, puisque 33 % des répondants n’en avaient pas, et que 42 % ont déclaré qu’ils auraient eu besoin d’une meilleure qualité de connexion pour suivre correctement les cours. Si l’université affirme avoir proposé des clés 4G et des ordinateurs, cela semble donc loin d’avoir été suffisant.

Pour ce qui est des activités pédagogiques proposés, 35 % des étudiants s’en déclarent insatisfaits, tandis que 42 % ont répondu que les activités étaient mal réparties. En effet, les étudiants ont connu des grandes périodes sans activités ni évaluations, alors que tout s’est précipité dans les quinze derniers jours du confinement. De même, l’évaluation par des oraux, préconisée comme solution idéale par l’équipe de direction de l’USMB car permettant de vérifier l’identité de l’étudiant évalué, n’apparait pas judicieux aux yeux des étudiants puisque seulement 24,3 % de ceux qui ont été évalués de cette façon ont trouvé cela approprié. Le distanciel est donc un frein pour la qualité de l’enseignement mais aussi une nuisance pour les choix minimes qu’il permet pour les évaluations.

Enfin, le manque de lien social a durement impacté les étudiants, tant moralement que sur le point de vue de l’apprentissage. Une majorité d’étudiants a fait le choix de rentrer dans leur famille et pourtant, le questionnaire révèle que 68,8 % de ceux qui ont fait ce choix ont déclaré se sentir isolé. Le fait d’être entouré n’empêche donc pas le sentiment de solitude : il est en effet plus simple de travailler en groupe, mais le confinement a réduit drastiquement cette entraide, entraînant de fortes conséquences sur la motivation et le moral.

Le projet pour la rentrée : l’hybridation à toute force

Pourtant, face à ces deux enquêtes qui montrent très clairement les dangers de l’enseignement à distance en termes de décrochage scolaire et de rupture des liens sociaux entre étudiants, la présidence de l’USMB maintient fermement le cap de l’hybridation des formations à la rentrée - à savoir une alternance de cours à distance et sur les campus. Profitant du prétexte de la pandémie, et alors même que les écoles primaires, les collèges, les bars et les transports en commun ont repris avec des mesures d’hygiènes allégées, le projet consiste, selon les documents de cadrage de l’université, à faire le plus d’enseignement à distance possible. Les étudiant.e.s ne seraient admis dans les locaux que quelques heures par semaine, pas forcément toutes les semaines. Les enseignant.e.s déposeraient leurs vidéos de cours (généreusement offertes à Google via Youtube, en l’absence actuelle de solution d’hébergement sécurisée ?) pour une diffusion asynchrone. Les étudiant.e.s effectueraient des « mobilités virtuelles », suivant les cours d’une université étrangère depuis leur chambre en France.

Imposée par l’université Savoie Mont-Blanc pour le prochain semestre, ces modalités sont plus généralement préconisées par le ministère de l’enseignement supérieur. Elles génèrent cependant de nombreuses inégalités : isolement, connexion instable, manque d’outils informatiques, logement peu propice pour étudier ne sont pas des conditions favorables pour la réussite. Cette volonté de l’hybridation apparaît donc en réalité comme un nouveau moyen de sélection, puisque décourageante pour beaucoup d’étudiants. Du pain béni pour un gouvernement qui, à la suite des précédents, ne cache pas sa volonté de réduire les budgets. Le format vidéo permettra, à terme, de mutualiser nationalement les formations, et donc de supprimer des centaines de postes d’enseignant.e.s. En outre, la possibilité pour les étudiant.e.s de la majorité des cours à distance servira d’argument pour mettre un terme aux APL et à la construction de logements étudiants. En bref, une politique toujours plus élitiste et inégalitaire.

La pandémie est ainsi mise au service de la casse de l’université, en cours depuis des années et aggravée par la Loi Pluriannuelle de Programmation de la Recherche (LPPR), contre laquelle les universités étaient largement mobilisées avant le confinement. A l’USMB, beaucoup d’enseignants sont opposés à ces modalités et l’ont fait savoir par une pétition. Les étudiants sont eux aussi en train de s’organiser, via une pétition à signer
A nous de préparer les mobilisations pour la rentrée !




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