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Jeunesse

Vous avez dit continuité pédagogique ?

Une panne informatique plante plus de 2000 étudiants en plein partiel

Une importante panne de réseau a touché l’université de Strasbourg ce mercredi. Entre 2000 et 4000 étudiants n’ont pas pu finir les partiels qu’ils avaient entamés à distance. Un évènement de plus qui illustre les limites de l’enseignement à distance, vecteur important d'inégalités sociales parmi les étudiants.

vendredi 8 janvier

Crédits photo : REUTERS/Catherine Benson

Sans protocoles sanitaires à la hauteur, les facs étant devenu l’un des principaux foyers de clusters, le gouvernement s’est vu obligé de fermer les facs et l’enseignement en distanciel s’est ainsi généralisé. Mais celui-ci a ses limites, et les étudiants Starsbourgeois en ont fait les frais. En effet, durant leur examen, une panne générale a touché le réseau de la faculté : « C’est la défaillance d’un serveur central qui est à l’origine de cette panne. Il n’est pas seulement là pour les plateformes de cours ou d’examens, mais aussi le réseau Internet et téléphone de la faculté » d’après Michel Deneken, le président de l’université de Strasbourg à France Bleu Alsace. Donc toutes les plateformes sont connectés sur un seul et même serveur ; ainsi, quand ce dernier a planté, Internet, la téléphonie, et toutes les plateformes pédagogiques ont planté également, laissant les étudiants dans une panique totale.

 «  Un contexte très anxiogène   »

L’Université a annoncé sur les réseaux sociaux que les examens qui avaient lieu l’après-midi étaient annulés et repoussés à une date ultérieure, sans précision supplémentaire. «  Cela crée un contexte très anxiogène pour les étudiants   », dénonce un père de famille. «   Mon enfant a réussi à passer l’intégralité de son examen de ce matin sauf qu’il n’y a aucune possibilité de savoir si le système a pris en compte et conservé les réponses, ou si tout a été perdu   ». «   Le temps de chargement de chacune des 43 questions était très long  », racontent les étudiants. Puis le temps ne cessait de s’allonger… «   On se faisait déconnecter de l’examen, ça nous a fait perdre un temps dingue  !   ». Trente minutes supplémentaires ont été accordées aux étudiants, mais d’après certains d’entre eux, cela ne leur a en réalité rien apporté.

L’Unistra [Université de Strasbourg] a indiqué que cet incident regrettable ne serait «  en rien préjudiciable   » aux étudiants puisqu’ils ont repoussé les examens qui avaient lieu ce jour là.

Or, bien que l’incident ne soit pas préjudiciable du point de vue de la pénalité sur la note selon la direction de l’Unistra, il le reste sur d’autres aspects : le stress, l’anxiété ou la santé mentale des étudiants plus généralement, ou encore le fait que des décalage d’épreuves au dernier moment ne sont pas ce qu’il y a de plus souhaitable en période de partiels. Comme si la jeunesse estudiantine n’avait pas déjà de quoi s’inquiéter, dans la période sanitaire avec le couvre-feu et confinement, tendant à l’isolement des jeunes, mais aussi de la crise économique, facteur aggravant la précarité dans la jeunesse, qui pour de nombreux étudiants va pousser la boussole des priorités vers le fait aussi élémentaire que de remplir son frigo.

Des incidents de même ordre avaient déjà eu lieu à l’Université de Strasbourg début décembre : «  Ils n’ont pas appris de leurs erreurs », s’exclame un étudiant. « C’est anormal que ce soit géré aussi mal. On est quand même vers la fin de la crise Covid, et cette crise aurait dû apprendre à l’Unistra à gérer ça.  »

Des limites déjà dénoncées par les étudiants

Mais bien avant les partiels, des étudiants dénonçaient déjà la généralisation des cours en ligne et d’autant plus les examens, les conséquences de possibles bugs informatiques étant démultipliées. Des tribunes et des lettres ouvertes avaient été publiées par des étudiants notamment à Lille ou à Rennes.
Les problématiques spécifiques aux partiels avaient aussi été pointées du doigt par des organisations étudiantes telles que Onzième Thèse à Bordeaux et Le Poing Levé dans plusieurs universités parisiennes, qui revendiquaient comme seule solution contre la sélection sociale la validation automatique des semestres, pour que ce ne soit pas aux étudiants de payer les frais de la crise.

En effet, des examens en présentiel n’étaient pas viables à cause de la crise sanitaire, bien que certaines Universités l’aient tout de même imposé, comme à la Sorbonne, contre lesquels les étudiants se sont mobilisés. Or ils ne l’étaient pas non plus en distanciel : outre les possibles plantages de connexion ou de serveurs tels que ceux survenus à l’Unistra, qui concernent tout le monde, les étudiants précaires restent les premiers touchés par les cours et examens à distance, de par les inégalités d’accès à internet, à un matériel informatique correct, ou même un logement qui permette de travailler dans le calme. Or un plantage ou bug durant un examen peut être irréversible quand il arrive individuellement et mener tout droit aux rattrapages. Cependant depuis des mois, rien n’a été fait pour garantir à tous les étudiants un accès à Internet viable, que ce soit de la part de l’État, du Crous, ou des directions des universités.
Le suivi des cours ne s’est donc pas fait dans des conditions optimales depuis le premier confinement, loin de là : manque de matériel, mauvaise connexion, précarité grandissante, détresse psychologique liée au confinement/à la crise sanitaire, maladie… 9 étudiants sur 10 déclaraient ne pas réussir à suivre les cours en ligne.. Maintenir des partiels dans ces conditions – pour les étudiants n’ayant pas encore décroché – s’avérait insensé.

Sélection et inégalités sociales

Mais dans ces conditions pourtant si particulières, la priorité pour l’Université reste de sélectionner les étudiants et répondre aux quotas de validation. Evaluations plus sévères, sujets bien plus longs… Même à distance, l’objectif reste que la pression scolaire et la sélection sortent indemnes de cette crise, au prix de la santé mentale des étudiants, et d’une sélection qui est sociale : ceux qui auront leur année ne seront pas les dits « méritants », mais ceux ayant les meilleures conditions d’apprentissage, de confinement et de connexion. Les autres en sont de fait écartés.

Les cours et examen en distance mettent donc en lumière les inégalités entre les étudiants, qui ne perturbent en rien le processus de sélection, mais viennent au contraire le renforcer… En ce sens, la crise sanitaire est une aubaine pour opérer une sélection « naturelle » à l’université : bien qu’on ait pas encore les chiffres d’abandons scolaires en cours de cursus, on imagine déjà, du fait des restrictions sanitaires qui ont imposé la fermeture des universités quelques semaines après la rentrée de septembre, les chiffres exorbitants d’abandons.

Le maintien des partiels n’est donc pas si insensé qu’il y paraît, bien au contraire, d’autant plus sens que l’Université française une nécessité absolue à sélectionner. D’une part car elle se retrouve avec bien plus d’étudiants dans ses promos qu’elle n’a d’habitude suite aux allègements des partiels de l’an dernier. D’autre part avec la crise économique, et les conséquences directes à venir notamment sur le chômage et l’augmentation de la précarité, on attend déjà de nouvelles politiques austéritaires, à la suite des coupes budgétaires dans les services publics dans les dernières décennies par les gouvernements successifs, dans la logique de faire payer à la jeunesse, aux travailleurs et aux franges populaires, le coût de la crise.

Pour cela nous devons revendiquer, pour des études dans des conditions dignes et avec des conditions sanitaires adaptées, il faut se battre pour exiger un plan d’embauche massif dans l’éducation et les hôpitaux. Le tout accompagné d’une véritable stratégie massive de tests et de suivi des cas, et cela avant même les symptômes, pour réellement maîtriser l’épidémie et ne plus avoir recours à cette méthode moyenâgeuse qu’est le confinement. Dans les universités nous devons exiger des moyens à la hauteur de la gravité de la crise qui touche particulièrement les jeunes : il faut des embauches de personnel enseignant et administratif, ainsi que des structures et du matériel adéquat pour que tous les étudiants puissent suivre les cours correctement.




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