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Variole du singe : où sont les moyens, où sont les vaccins ?

La Haute Autorité de Santé a donné son accord pour ouvrir la vaccination anti-variolique aux personnes à risque de contracter la variole du singe dès le lundi 11 juillet. Un simple effet de communication puisque rien n'était prêt : les créneaux de vaccination ont été immédiatement débordés, certaines régions ne disposent même pas de vaccin et n'ont pas été mises au courant de futures livraisons. Un nouvel exemple de l'état de délabrement du système de santé, incapable de faire face à une nouvelle épidémie, contre laquelle on dispose pourtant déjà d'un vaccin efficace.

mardi 12 juillet

Crédits photo : DADO RUVIC / REUTERS

La variole du singe est une maladie cousine de la variole, connue en Afrique de l’Ouest comme une maladie qui se transmet par contact avec des rongeurs ou par l’environnement. Celle-ci se répand depuis deux mois dans des pays occidentaux comme la France, avec la particularité épidémiologique de se comporter comme une infection sexuellement transmissible, se transmettant d’homme à homme et touchant très majoritairement des hommes gays. La maladie est relativement bénigne mais virulente et nécessite de s’isoler jusqu’à disparition de toutes les pustules, ce qui peut prendre un mois.

Après deux mois de circulation en France, le nombre de cas devient préoccupant et les services hospitaliers commencent à être débordés par les cas symptomatiques et les cas contacts à vacciner d’urgence en post-exposition pour éviter le développement de la maladie. La propagation est par ailleurs difficile à contenir puisque le virus se transmet par contact physique et que le port d’un préservatif n’empêche pas la contamination. La Haute Autorité de Santé a finalement recommandé samedi dernier l’ouverture de la vaccination préventive aux publics à risques : hommes gays, personnes trans multi-partenaires et personnes vendant des services sexuels. Toutefois, la vaccination préventive qui devait être ouverte lundi n’est toujours pas effectivement possible : retour sur un scandale de santé publique.

Aucune transparence sur les stocks de vaccin

Le vaccin utilisé pour prévenir la variole du singe n’est autre que le vaccin contre la variole humaine. Cette dernière, extrêmement contagieuse et sans traitement connu, tuait 25% des personnes infectées et a été éradiquée grâce à la vaccination massive. Le dernier cas rapporté remonte à 1977 en Somalie. Cependant le virus continue d’être conservé dans différents laboratoires à travers le monde et est considéré comme susceptible d’être utilisé à des fins de terrorisme biologique - cela fait d’ailleurs écho à son utilisation par des colons européens pour décimer des populations amérindiennes.

Les stocks de vaccins anti-varioliques, en tant que moyen de défense à une hypothétique attaque biologique, sont donc classés secret-défense, ce que n’a pas manqué de rappeler François Braun, le nouveau ministre de la santé. Un moyen pour l’exécutif de gérer la nouvelle crise dans la plus grande opacité, empêchant de vérifier que le nombre de vaccins disponibles est suffisant pour faire face à l’épidémie.

Quelques signes assez inquiétants témoignent de la légèreté avec laquelle est traitée l’épidémie. Des témoignages de difficultés d’accès au vaccin se multiplient : un homme gay vivant à Rennes témoigne par exemple ne pas avoir pu prendre de rendez-vous de vaccination au CHU, dont le personnel affirmait ne pas avoir de doses et ne pas savoir quand elles arriveraient, ni comment ni en quelle quantité. L’Agence Régionale de Santé d’Auvergne-Rhône-Alpes annonce qu’elle ne sera pas en mesure d’assurer la vaccination pour des "raisons logistiques" avant le 18 juillet. Il semble probable, compte tenu des divers témoignages, qu’aucune dose n’ait encore été livrée hors Île-de-France.

Une surcharge prévisible des centres de vaccination

D’autres témoignages font état de centres de vaccination surchargés, notamment en Île-de-France.

Une surcharge qui n’a pourtant rien de surprenant au regard des témoignages dans la presse concernant la tension qui pèse sur les services de diagnostic et de vaccination, ainsi que sur le traçage des cas de variole du singe, ce avant même l’ouverture de la vaccination préventive. Cette nouvelle épidémie met en lumière à quel point le système de santé est affaibli par des décennies de politiques de casse sociale : débordé et incapable de répondre à une épidémie qui touche déjà un millier de personnes, d’une maladie connue avec un traitement préventif connu.

Une épidémie qui touche un public stigmatisé exposé aux violences médicales

Cette épidémie touche un public stigmatisé : la grande majorité des cas (97% des cas avérés) sont des hommes gays multi-partenaires, et les personnes trans multi-partenaires et les personnes vendant des services sexuels sont considérés comme des publics à risque de contracter la variole du singe. Ces publics sont déjà exposés aux risques de mauvais traitement et de stigmatisation de la part du personnel médical. Le risque de mauvais traitement s’accentue dans le contexte actuel de surcharge du système de soins et de consignes peu claires pour les soignants concernant la prise en charge de la maladie.

Nicolas Aragona, militant gay et séropositif de l’association Supersero raconte sur tiktok avoir été sollicité par un jeune homme gay cas contact suite à une agression sexuelle qui a été retenu par une équipe soignante qui voulait le placer en quarantaine pour trois jours à l’hôpital sans lui donner accès à ses traitements anxiolytiques et menaçait d’appeler la police en cas de fuite.

Un témoignage glaçant qui témoigne de la violence d’un système médical qui prend souvent mal en charge les personnes LGBTI, faute de formation, et dont la violence est encore renforcée lors d’une crise sanitaire lorsque les services paniquent.

Face aux épidémies et contre les LGBTIphobies, imposons un plan de bataille contre la casse du système de santé

Après deux ans de crise sanitaire, le système de santé est dans un état désastreux, incapable de faire face au moindre choc, même prévisible : l’hiver dernier c’était ainsi l’épidémie pourtant saisonnière de bronchiolite du nourrisson qui mettait en tension les services de pédiatrie. À cela s’ajoutent des problèmes structurels d’oppression des personnes LGBTI+, exposées aux violences médicales et stigmatisées, mais aussi l’ignorance pure et simple de leurs besoins et de leurs problématiques en matière de santé de la part du personnel soignant. Il est urgent d’investir massivement dans le secteur de la santé pour permettre une prise en charge digne de chacun des usagers, la formation des soignants en systématisant les enseignements liés aux problématiques de toutes les minorités, ainsi que la recherche médicale publique pour mieux répondre à ces problématiques.

Alors que les soignants protestent, se mettent en grève contre la casse de l’hôpital public et de leurs conditions de travail, il est urgent que l’ensemble du mouvement ouvrier s’empare aussi de ces revendications pour construire un véritable rapport de force avec le gouvernement, prêt à laisser des gens mourir du Covid et à laisser de nouvelles épidémies circuler pour ne pas toucher aux profits de la bourgeoisie.



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