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Débats

Y aller ou pas ?

Révolution Permanente et la marche du 23 septembre

Une chose est sûre, depuis les élections législatives : Jean-Luc Mélenchon et ses députés ne chôment pas pour tenter de se profiler comme la seule opposition à Macron et à son « coup d’Etat social ». Après avoir mené la bataille sur le terrain parlementaire, le député des Bouches-du-Rhône compte appuyer son combat en appelant sa première manifestation, ce samedi 23 septembre. Faut-il y aller, quand on est contre la Loi Travail XXL, contre Macron et ses amis, mais qu’on n'est pas mélenchoniste ?

La rentrée sociale n’est pas aussi calme que ne le présageait Macron et son gouvernement. La mobilisation particulièrement réussie ce 12 septembre à l’appel de la CGT et de Solidaires est venue perturber ses plans anti-ouvriers et anti-populaires. Non seulement, la mobilisation a permis au monde du travail et à la jeunesse d’affirmer une première opposition franche à Macron et son monde, mais plus encore, indépendamment de la baisse de régime enregistrée pour la seconde journée du 21 septembre, elle a signifié le premier acte d’un mouvement social naissant, sur les braises encore incandescentes de la bataille contre la loi El Khomri.

Réactivation des débats sur la stratégie à mener pour défaire Macron

L’un des autres enseignements que l’on peut retirer de cette rentrée sociale, c’est la réactivation dans le monde du travail de débats sur la stratégie pour battre en brèche la loi Travail XXL, Macron et son monde. Sur la base de l’expérience de la défaite du printemps dernier, nombreux sont les militants qui tendent à discuter de l’inefficacité des journées en saute-mouton, critiquant par là-même la division des dates à venir, ou encore nombreux sont conscients de la nécessité de bloquer l’économie pour imposer un véritable rapport de force. Partant de ces acquis, ces débats ne peuvent être qu’une bonne nouvelle, d’autant plus, qu’à l’heure actuelle, c’est bien d’une stratégie et d’un programme à la hauteur de la lutte que mène Macron et consorts, dont nous avons besoin. Un plan de bataille qui, pour l’heure, n’est pas discuté en commun par les organisations politiques et syndicales opposées à la loi Travail.

Laisser place à un plan de bataille commun ou imposer son plan com’ ?

Pour Mélenchon, il semble qu’aussi bien le plan de bataille pour gagner contre Macron et ses politiques, que les calendriers et modalités des manifestations, ne font pas partie des débats. La caricature, poussée à l’extrême, s’est illustrée notamment lors du discours de clôture de l’université d’été de LFI, fin août, où Mélenchon n’avait à aucun moment appelé un appel à la grève du 12 septembre, préférant construire sa manifestation du 23, un samedi. La pression unitaire à la base a bousculé cette logique avec le recul de Mélenchon, finalement présent le 12 septembre, à Marseille en l’occurrence, pour ne pas faire d’ombre à Martinez. Face à l’absence d’un plan de bataille commun, Olivier Besancenot, pour le NPA, n’avait-il pas d’ailleurs lancé un appel « large et unitaire » à « toutes les organisations politiques et syndicales opposées à la loi travail », interpellant Mélenchon : « on ne peut pas jouer solo » ?

Pour Mélenchon, le critiquer sur la gauche c’est comme lui « tirer dans le dos »

Après avoir été questionné par un journaliste quant aux interpellations du porte-parole du NPA lors de la manifestation du 12 septembre, Mélenchon répond à ceux qui, à gauche, le critiquent sur la méthode dans sa dernière vidéo de la semaine. Contre ceux qui oseraient l’interpeller sur la question du choix de la date de la manifestation, Mélenchon rétorque que ce sont « des tireurs dans le dos. » Dans sa vidéo, il explique : « Quand on va se rapprocher du 23, ils vont mettre à fond les ballons, oui la compétition entre la France Insoumise et les syndicats, pour bien démoraliser. Après vous avez les tireurs dans le dos. Ah oui, le 23 c’est qui qui a décidé. Ça se pose comme question Mélenchon ? ». Ainsi, non seulement, Mélenchon préfère décider hors de tout cadre unitaire, se refusant à discuter d’un plan de bataille en commun. Pour Mélenchon, tous ceux qui l’interpellent ne sont que bon à lui planter un couteau dans le dos. Des traîtres à la cause, en somme.

La division des dates n’est pas un problème pour Mélenchon

La longue bataille contre la loi El Khomri a démontré une nouvelle fois que la division des dates, les grèves sectorielles, même dans des secteurs clés, ne peuvent l’emporter à coup sûr que si elles sont coordonnées sous la pression de la base pour frapper « tous ensemble ». Des leçons que Jean-Luc Mélenchon ne semble pas vouloir tirer, sur BFM, pariant sur une dynamique quasi spontanée et « un effet boule-de-neige avec la mobilisation le 25 septembre de FO et CGT-transport ». On se rappelle pourtant, qu’en l’absence de stratégie et de plan de bataille commun, le mouvement des routiers avait pris fin prématurément au printemps dernier. Mélenchon remarque ensuite l’appel unitaire à la grève dans la fonction publique le 10 octobre, sans mettre en perspective la fragmentation des dates de mobilisation. En soi ce n’est pas si étonnant, tant Mélenchon la joue « solo ».

Construire la mobilisation, ou l’enjamber pour canaliser la colère sur le terrain électoral ?

L’ensemble de ces éléments interroge quant à la tournure que Mélenchon compte donner à la mobilisation. Ainsi, le refus de tout cadre unitaire rend difficile la « coagulation » des colères tant redoutée par Macron et son gouvernement. Par quelles méthodes Mélenchon compte-t-il construire le rapport de force sans même ne jamais appeler à la grève ? Il semble pourtant parier dessus en tablant sur un effet boule-de-neige avec la mobilisation des routiers. « Quand vous avez les routes bloquées, il n’y a plus rien qui passe. », affirmait-il au micro de BFM-TV. Dès lors, plus que d’emmener la mobilisation aussi loin que possible, en imposant non seulement le retrait de la loi Travail XXL, et plus encore, Mélenchon compte sur une colère contrôlée afin d’enjamber le mouvement pour le canaliser, pourquoi pas sur le terrain électoral en provoquant des « élections anticipées », comme Juppé en 1997. Après tout, Mélenchon a bien été ministre de Jospin, sous la Gauche Plurielle, le grand bénéficiaire de la dissolution de l’Assemblée par Chirac, après les grèves de novembre-décembre 1995. Jean-Luc se verrait bien dans les pas de Lionel…

Pour frapper ensemble, il faut frapper : faire grève et se mobiliser

Il est certain que, dans le contexte actuel, celui d’une mobilisation naissante et d’une colère croissante contre Macron et son monde, un certain nombre de militants, de salariés et de jeunes se rendront à la manifestation, ce samedi 23 septembre, y voyant une continuité logique avec les journées de grèves nationales appelées notamment par la CGT, Solidaires et d’autres organisations syndicales (fédé ou UD), les 12 et 21 septembre.

Mais, étant donné le caractère de la manifestation du 23 septembre, appelée par La France Insoumise et se plaçant dans la continuité du 12 juillet à République, posé comme l’un des « actes politiques » avant « l’étape ultime » avant « la prise du pouvoir » par la voie électorale, comme l’affirmait un député LFI, il semble clair qu’y participer, consisterait, en définitive, non seulement à mélanger nos drapeaux (rouges, de la classe ouvrière et de la jeunesse d’ici et d’ailleurs) avec ceux (bleu-blanc-rouge) de la France Insoumise, mais plus encore, à les noyer et à se ranger derrière.

Et quand bien même ce ne serait pas l’intention des milliers de camarades qui s’y rendront, entendant se saisir de la marche comme d’une étape successive après la grève du 21, participer à la marche mélenchoniste du 23, c’est avant tout renforcer Mélenchon, et nous réduire à une caution de gauche de son mouvement. C’est aussi donner du grain à moudre au projet de Mélenchon et à sa stratégie de réforme du capitalisme, qui plus est, teintée de populisme de gauche et qui place le « peuple » comme sujet d’une « révolution » par les urnes. Une stratégie d’autant plus contre-productive pour notre camp social qu’elle a, pour corollaire, l’invisibilisation du mouvement ouvrier en tant que sujet central lui préférant le « citoyen ». Un populisme qui va de pair avec les manifestations le samedi, en tant que simple « citoyen », plaçant les méthodes de lutte du mouvement ouvrier, à savoir la grève, comme un simple appui à son combat électoral, visant à devenir président ou premier ministre, avec un Benoit Hamon premier ministre (ou sous-ministre…).

L’enjeu, plus encore après la journée du 21, c’est de construire dans la plus large unité possible, un mouvement, sur la durée, qui, par les débrayages, les grèves et la paralysie de l’économie, des entreprises, des administrations, des transports, des lycées et des facs, force le gouvernement à retirer ses ordonnances. Ce n’est pas impossible. Juppé a reculé en 1995. Villepin a fait de même en 2006. A chaque fois, on nous disait qu’une loi qui est votée est inamovible. La lutte des classes a su les déboulonner. Pas une manif du samedi.




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