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29 janvier. Malgré un creux, la détermination est intacte : il faut un plan de bataille à la hauteur

Si le nombre de manifestants a baissé ce mardi, la détermination reste intacte. Tandis que les secteurs les plus dynamiques comme les lycées ont multiplié les actions de blocage, les étudiants commencent à venir grossir les cortèges de l’enseignement supérieur aux côtés de leurs professeurs. Pour tous les manifestants la colère est intacte, mais seul un plan de bataille à la hauteur permettra de lui donner une issue.

mercredi 29 janvier

Partout en France, des manifestations plus petites que vendredi dernier mais une détermination toujours intacte, voilà la conclusion que semblent tirer ceux qui ont pris part à la mobilisation du 29 janvier. « Selon les estimations des syndicats, des préfectures et de la presse locale, les cortèges ont subi une significative décrue par rapport à la manifestation du vendredi précédent, où les cortèges étaient fournis : 4 500 personnes à Marseille selon la police (mais 75 000 selon la CGT), qui en a décompté 3 500 à Lyon (7 000 pour les syndicats) et 3 000 à Toulouse (35 000 selon la CGT), 2 500 au Havre (7 000 selon la CGT), ou 2 100 à Rennes (contre 4 000 selon FO). » synthétise ainsi Mediapart, des chiffres qui contrastent avec un niveau de colère contre le gouvernement qui se maintient à un niveau très important. Le mouvement qui s’est ouvert le 5 décembre dernier n’est définitivement pas refermé. Et si dans certains secteurs la reprise du travail est désormais très nette, à l’image de la RATP et de la SNCF qui affichaient ce mercredi un niveau de service insolent, d’autres semblent connaître une dynamique expansive.

Au premier rang de ceux-ci, les lycées où les blocages des E3C se multiplient. Dans des dizaines et des dizaines d’établissements, lycéens et enseignants ont ainsi fait annuler leurs épreuves, s’imposant ainsi face au gouvernement en dépit de la forte répression que celui-ci a déployé pour tenter d’enrayer le phénomène, n’hésitant pas à interpeller, gazer ou enfermer dans leurs lycées les élèves. Dans les facs, la mobilisation des professeurs se poursuit et se montre dans la rue, en tête de cortège, comme à la manifestation parisienne, entraînant dans son sillage ce qui pourrait être le début d’un réveil étudiant. En parallèle, d’autres secteurs du mouvement ouvrier restent mobilisés. Au Havre et dans différents ports de France, l’opération « ports et docks morts » a ainsi été renouvelée hier. A Marseille et Paris, les éboueurs sont en grève, avec le soutien de blocages extérieurs. Dans l’énergie, la grève se poursuit. Enfin, à la RATP et la SNCF, des noyaux conséquents demeurent prêts à se mobiliser sur les temps forts.

Mais c’est là que le bât-blesse, car si la détermination reste de mise, la stratégie qui pourrait lui donner des perspectives semble manquer. A ce titre, si de nombreuses AGs ont voté la participation à des temps forts, les grévistes n’en restent pas moins convaincus que c’est par un nouveau mouvement en reconductible qui ne se limite pas à la RATP et à la SNCF qu’il sera possible de vaincre le gouvernement. Or, à l’inverse des travailleurs qui reprennent leur souffle pour mieux envisager de repartir, l’intersyndicale semble en passe d’entériner une stratégie totalement minimale de temps « forts », calés sur le calendrier parlementaire et ses différentes échéances.

C’est en tout cas ce qui semble se dégager du communiqué publié à l’issue de la journée d’hier. Les organisations y appellent notamment « l’ensemble du monde du travail et la jeunesse à poursuivre et à amplifier, dans tous les secteurs, la mobilisation dès maintenant et tout au long du débat parlementaire qui s’ouvre la semaine prochaine par des actions diversifiées : rassemblements, retraites aux flambeaux, dépôts d’outils symboliques des métiers, etc. » avant d’annoncer une nouvelle journée interprofessionnelle le 6 février et d’appeler à « interpeller les parlementaires » tout en mettant « en perspective des actions de mobilisation notamment la semaine d’ouverture des travaux à l’Assemblée Nationale et tout au long des débats parlementaires. »

Un plan de bataille très limité, dont on ne saisit pas bien s’il vise toujours le retrait total de la réforme par la le mouvement de grève le plus massif possible, ou s’il cherche seulement à peser sur le Parlement, actant de fait l’impossibilité de battre Macron. Une ambigüité coupable à un moment où la détermination des travailleurs a besoin de perspectives. Alors que le calendrier parlementaire de la réforme vient tout juste de commencer et s’annonce semé d’embûches, comme en a donné un avant-goût le récent avis du Conseil d’Etat, les brèches pour relancer un mouvement reconductible de grande ampleur existent, à la condition de s’y préparer dès maintenant.

Si le communiqué de l’intersyndicale apparaît plutôt comme un mauvais signal en ce sens, les grévistes risquent fort de ne pas se laisser emmener de « temps forts » en « temps forts », surtout si ceux-ci tendent à s’affaiblir à l’image de la journée d’hier. Pourtant, pour peser, la simple détermination à partir en reconductible ne suffira pas, il faut commencer à pousser la perspective d’une nouvelle reconductible appelée à la base pour l’imposer aux directions syndicales. Pour cela, les travailleurs disposent d’acquis tels que la Coordination RATP-SNCF, dont la tâche dans les semaines à venir pourrait être d’initier un regroupement plus large des secteurs les plus déterminés de l’énergie, des raffineries, de l’Education Nationale, de l’enseignement supérieur, pour construire un plan alternatif et imposer son propre rythme à la mobilisation.




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