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Analyse

Israël frappe l’Iran : de la guerre coloniale à la guerre régionale ?

Alors que les Etats-Unis avaient contraint à l’Iran à la désescalade, l’assassinat de trois généraux iraniens à Damas pave à la voie à un embrasement régional. Isolé internationalement, l’Etat colonial poursuit sa guerre sans fin et met ses alliés devant le fait accompli, au risque de jeter la région sur les rails de la guerre.

Enzo Tresso

4 avril

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Israël frappe l'Iran : de la guerre coloniale à la guerre régionale ?

Après que la région a connu une première dynamique escalatoire durant le mois de janvier, les contradictions régionales avaient trouvé un équilibre précaire. De crainte d’entrer dans un conflit ouvert avec les Etats-Unis, après l’attaque de la base T22, à la frontière jordano-syrienne, dimanche 28 janvier, l’Iran avait réduit l’autonomie stratégique de ses milices et avait appelé les différentes composantes de « l’axe de la Résistance » à la retenue. Depuis plusieurs semaines, les provocations israéliennes ont remis l’embrasement régional à l’ordre du jour.

L’intensification des affrontements à la frontière libano-israélienne s’est ainsi accompagnée d’une vaste campagne de frappes en Syrie, visant, selon Tsahal, des positions contrôlées par des groupes pro-iraniens. Tandis qu’Israël menace d’intensifier ses opérations au Liban, la destruction de l’annexe du consulat iranien à Damas et l’assassinat de trois généraux des forces d’élite de Téhéran menacent de porter le conflit à un nouveau niveau d’intensité. De plus en plus isolé sur la scène internationale, le gouvernement Netanyahou poursuit sa course fanatique vers l’embrasement du Moyen-Orient tout en concrétisant son projet colonial à Gaza. Menacé par une nouvelle vague de mobilisation à l’intérieur du pays, le premier ministre poursuit sa guerre sans fin pour mettre ses alliés devant le fait accompli, essouffler la société civile israélienne et se maintenir au pouvoir, au risque d’entraîner le Liban et l’Iran dans la spirale de la guerre.

La guerre à Gaza réanime également des forces contestataires, tant dans les centres impérialistes que dans le monde arabe, et produit ainsi ses propres contre-tendances. Tandis que le mouvement en soutien à la Palestine, dans les pays impérialistes, se maintient et aiguise les contradictions qui minent les soutiens d’Israël, les Etats-Unis en tête, les mobilisations dans la rue arabe, comme en Jordanie, sapent le processus de normalisation des relations diplomatiques entre Israël et les Etats voisins et exposent au grand jour l’hypocrisie des bourgeoisies arabes conciliatrices, qui abandonnent le peuple palestinien à son sort. Ces contre-tendances et leur développement, qu’il convient de suivre avec attention, pourraient contribuer à enrayer la machine de guerre israélienne, priver l’Etat colonial de ses appuis régionaux et internationaux et jouer un rôle décisif, quoi qu’encore secondaire dans la conjoncture actuelle, dans l’évolution de la situation.

L’Iran : une désescalade en sursis ?

Depuis le 7 octobre, Israël a initié une vaste campagne vengeresse, multipliant les assassinats ciblés contre des membres dirigeants du Hamas en exil et des hauts dignitaires de l’« axe de la résistance » sous hégémonie iranienne. Après avoir éliminé Razi Moussavi, général de brigade en charge de la coordination des factions pro-iraniennes, à Damas, le 27 décembre, les renseignements israéliens avaient assassiné Saleh al-Arouri, secrétaire du bureau politique du Hamas, en bombardant un immeuble dans la banlieue sud de Beyrouth, contrôlée par le Hezbollah, le 3 janvier. Visant les membres du commandement stratégique de « l’axe de la Résistance », Israël menaçait de jeter la région sur les rails de la guerre. Faisant usage de ses milices supplétives, l’Iran, frappé le 2 janvier par un attentat sanglant revendiqué par l’Etat islamique, avait en réaction durci le niveau d’intensité des engagements sur les différents fronts, ouverts au lendemain du 7 octobre, opposant les forces israéliennes et étatsuniennes au Hezbollah au Liban, aux Houthis au Yémen, et aux Kataeb Hezbollah, en Irak.

La mort de trois soldats étatsuniens lors de l’attaque de la base T-22, à la frontière jordano-syrienne, dimanche 28 janvier, suscitant la crainte d’un embrasement généralisé, avait contraint l’Iran à la désescalade alors qu’une partie des Républicains militait pour une riposte massive, visant directement le territoire iranien. Craignant d’entrer en guerre avec les Etats-Unis, après qu’ils avaient visé, en réponse à l’attaque, une centaine de cibles à travers le Moyen-Orient, début février, l’Iran avait progressivement désarmé ses différents proxies, démilitarisant temporairement ses alliés irakiens et appelant le Hezbollah à la retenue. Instrumentalisant la guerre de Gaza et le sort de la population gazaouie pour asseoir son hégémonie régionale, l’Iran n’était pas prêt à sacrifier ses intérêts stratégiques pour la cause palestinienne. Faisant le choix de la désescalade, l’Iran se retirait ainsi provisoirement du conflit.

Un nouvel embrasement : le Liban au cœur de la tempête

Toutefois, les provocations israéliennes n’ont pas cessé et, profitant de la modération iranienne, se sont multipliées. Bombardant, sans retenue, le sud-Liban, Tsahal tente, depuis le début du conflit, de transformer la région en une vaste zone-tampon pour imposer par la force l’application de la résolution 1701, objet de litige constant depuis 2006, qui prévoit la démilitarisation des territoires au sud de la rivière Litani, quarante kilomètres au nord de la frontière. Ces dernières semaines les frappes en profondeur et au-delà de la zone frontalière se sont multipliées en même temps que Tsahal procédait, pour la première fois depuis le début du conflit, à des incursions terrestres en territoire libanais, déjouées par le Hezbollah. Tsahal a poursuivi, jour après jour et sans opposition, sa stratégie de la guerre permanente, saisissant l’opportunité historique ouverte par les attaques du 7 octobre pour étendre son territoire et désarmer ses adversaires.

Suivant ce fil stratégique, l’Etat colonial a continué, tout au long du mois de février et du mois de mars, d’élargir son champ d’intervention. Conduisant une série de frappes, à grande échelle, au Sud-Liban, le 19 février, l’aviation israélienne a bombardé jusqu’à la région de Baalbeck, le 26 février, en réponse à la destruction d’un drone Hermès-450, joyau technologique de l’industrie militaire israélienne, par le Hezbollah. Les affrontements n’ont cessé de s’intensifier depuis : ciblant les cadres du parti de Dieu, Tsahal a multiplié les assassinats ciblés et conduit de vastes opérations de guerre cybernétique et de désinformation de masse dans le pays, en parallèle des frappes d’artillerie quotidiennes qui ciblent la zone frontalière.

Répondant de manière mesurée, le Hezbollah a tenté d’utiliser les ressources de la dissuasion, conformément aux directives iraniennes. Sur des cibles mineures, le parti a utilisé à de nombreuses reprises des armements de pointe : le 27 janvier, les brigades du Hezbollah ont mené une attaque coordonnée au moyen d’un nouveau missile iranien doté d’un système de guidage indirect ; pour se protéger des assassinats, le Hezbollah a développé un système radar capable de repérer les drones furtifs israéliens, sauvant ainsi plusieurs de ses cadres d’une mort certaine. Comme l’expliquait, fin janvier, Riad Kahwagi, analyste militaire, à l’Orient-le-Jour, « l’escalade du Hezbollah laisse penser que le parti perçoit une véritable menace israélienne d’une campagne militaire majeure contre le Liban. Les avertissements et les signaux reçus soulignent le sérieux d’Israël concernant le lancement éventuel d’une telle opération. Le Hezbollah a donc procédé à une escalade à des fins de dissuasion, en présentant de nouvelles armes et des capacités de haute technologie pour dissuader l’Etat hébreux ».

Alors que le parti dispose de ressources stratégiques très importantes et qu’il prétend pouvoir mobiliser près de 200 000 soldats, les nouvelles provocations de Tsahal pourraient inciter l’état-major à opérer un tournant stratégique. Si le parti n’avait rien à gagner d’un conflit ouvert, les coûts exorbitants de la guerre larvée à la frontière sud ont fait d’une guerre ouverte, débouchant rapidement sur une résolution politique, une option désormais envisageable pour le Hezbollah. Considérant qu’une guerre larvée de longue durée n’est plus dans son intérêt, le Hezbollah se prépare à un conflit d’ampleur sans toutefois avoir l’intention de le déclencher. Comme l’écrivait l’Orient-le-Jour, le 2 mars, « les mêmes sources précisent que de plus en plus de voix s’élèvent au sein du Hezbollah pour constater que la guerre commencée le 9 octobre sur le front du Sud est extrêmement coûteuse pour le parti. Mais si, pour diverses raisons, il ne veut pas être celui qui l’élargit, il s’est vu contraint à accepter le grand nombre de “martyrs” ainsi que les destructions et l’exode de nombreux habitants des localités du sud ».

Une attaque directe contre l’Iran

Dans ce contexte, en frappant l’annexe du consulat iranien en Syrie, l’Etat colonial s’engage dans une voie qui pourrait être sans retour. Si l’Iran avait accordé au Hezbollah, à la mi-mars, le droit de rehausser à nouveau le degré d’intensité de ses opérations de riposte, contre les provocations de Tsahal, la République Islamique est désormais contrainte de répondre à une attaque directe contre une enclave diplomatique qui appartient, en conséquence, à son propre territoire national. Deux F-35 ont ainsi tiré six missiles sur l’annexe du bâtiment diplomatique, ce lundi 1er Avril, tuant sept officiers des services extérieurs iraniens, dont trois généraux : Mohamed Reza, général de la force al-Qods en charge des opérations extérieures en Syrie et au Liban, Mohammed Hadi Haj Rahimi, second du général Reza en Syrie, et Hossein Aman Allahi, général en charge des questions militaires. Cette attaque sans précédent contre l’Iran inquiète. Comme le souligne Ralph Goff, ancien cadre de la CIA, auprès du New York Times, cette frappe est « incroyablement téméraire » : « Il ne pourra en résulter qu’une escalade avec l’Iran et ses proxies, ce qui est très dangereux ». Elle place ainsi l’Iran devant un « choix cornélien », comme le titrait, ce mercredi, l’Orient-le-Jour.

Souhaitant à tout prix éviter un affrontement direct avec Israël et les Etats-Unis, l’Iran a adopté, depuis le début du conflit, une position attentiste : « Jusqu’ici, l’Iran s’est astreint à ce qu’il appelle “la patience stratégique” », explique Alex Vantaka, directeur du programme Iran au Middle East Institute, « pour éviter de s’engager directement dans un conflit avec Israël. Il espérait qu’entre-temps, la guerre à Gaza saperait la position régionale israélienne et le statut international de l’Etat hébreux. Mais cette “patience stratégique” est désormais sous pression du fait des centaines d’attaques qui ont ciblé Téhéran au cours des cinq derniers mois. Les Iraniens n’ont cessé de prétendre qu’elles étaient insignifiantes et qu’ils ne tomberaient pas dans le piège qui leur est tendu. Téhéran a un problème d’image. Si vous dites que vous êtes fort mais que vous êtes constamment frappés et que nous ne réagissez pas, alors votre force n’est plus crédible ».

Michael Young, rédacteur en chef de Dilan, le blog M. H. K. Carnegie Middle East Center, abonde : « Cette frappe qui équivaut presque à une attaque sur le sol iranien, le place face à un dilemme beaucoup plus complexe. Il est difficile de voir comment l’Iran peut ne pas se sentir obligé de réagir ». Comme l’explique au New York Times, Peyman Syed Taheri, un analyste conservateur proche du gouvernement, « le bombardement à Damas effraye les Iraniens qui jugent que la stratégie de modération du gouvernement avec Israël a échoué. Notre sécurité nationale a été violée. Soit l’Iran répond de telle sorte qu’Israël ne nous attaque pas à Téhéran, soit il ne répond pas et modère ses politiques régionales et sa présence militaire ».

Vers une riposte iranienne d’envergure inédite ?

Depuis le début de la guerre de Gaza, l’Iran a en effet été la cible de nombreuses attaques qui ont remis en question la capacité du gouvernement à assurer la stabilité du pays et garantir l’intégrité de son territoire. Quelques jours après l’assassinat de Razi Moussavi à Damas, les commémorations en l’honneur du Général Soleimani, assassiné par les Etats-Unis en 2020, avaient été perturbées par l’attentat le plus meurtrier de l’histoire de la République Islamique. Deux bombes avaient explosé à Kerman, le 3 janvier, à proximité de la mosquée Saheb Al-Zaman, faisant près de 90 morts et des centaines de blessés. Extrêmement prudentes, les forces iraniennes n’ont répondu que deux semaines plus tard en conduisant des frappes en Irak et en Syrie. Opération calamiteuse, la riposte iranienne avait visé la villa d’un homme d’affaires à Ebril, en Irak, en annonçant, dans un communiqué, qu’elle servait de base aux renseignements israéliens, ainsi qu’une base syrienne de l’Etat islamique.

Symptôme des contradictions du pouvoir iranien, cette riposte brouillonne illustrait les craintes de Téhéran. Alors que le pouvoir demeure fragile, un an et demi après les révoltes qui ont suivi la mort de Mahsa Amini, en septembre 2022, et que les institutions sont largement décrédibilisées, comme en témoigne le taux de participation historiquement bas aux dernières élections législatives, les attaques israéliennes renforcent le sentiment d’impuissance des Iraniens. Tandis que le régime augmente la fréquence des exécutions, durcit la répression de la liberté d’expression, vote des lois de plus en plus conservatrices et s’enfonce dans un bonapartisme radicalisé, que la population sombre dans la pauvreté du fait d’une grave récession économique et du durcissement des sanctions après le retrait des Etats-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien, le régime craint que la situation à ses frontières ne fragilise son pouvoir et semble plus prompt à réprimer sa propre population qu’à la protéger des attaques extérieures, comme le confiait un opposant iranien au New York Times, début janvier : « La République islamique ment toujours. Tout ce qu’elle connait c’est écraser son propre peuple. Ils ne sont pas capables de garantir la sécurité du pays ».

Confronté à cette nouvelle attaque israélienne contre son appareil militaire et à une pression populaire croissante, l’Iran pourrait conduire une riposte d’envergure inédite. Ne pouvant déléguer sa propre défense à ses alliés les plus proches, sauf à témoigner de sa faiblesse, le gouvernement iranien pourrait engager ses propres ressources militaires pour répondre à l’agression israélienne. Ce lundi, le Conseil suprême de sécurité nationale s’est ainsi réuni en urgence, pour discuter des modalités de la riposte iranienne. D’après l’Orient-le-Jour, deux factions se sont opposées durant la rencontre : tandis que le ministère des Affaires étrangères appelle à la désescalade et juge que l’Iran ne doit pas répondre à une provocation manifestement destinée à entraîner le pays dans la spirale de la guerre, les Gardiens de la Révolution ont estimé « qu’à défaut d’une réponse forte, l’image de l’Iran dans la région serait extrêmement affaiblie. Ils ont également évoqué une certaine frustration – qu’ils ont dit partager – ressentie par les branches militaires de “l’axe de la Résistance”, notamment le Hezbollah libanais et les factions irakiennes, sur le fait de ne pas riposter fortement aux frappes israéliennes continues ».

D’après ces mêmes sources, le leader suprême Khamenei aurait trouvé une solution de compromis entre les deux positions, reconnaissant aux Gardiens de Révolution leur droit à la riposte tout en évitant de déclencher une guerre directe avec Israël : « Le guide suprême Ali Kahmenei a tranché : il y aura une riposte explicite et forte menée par les Iraniens eux-mêmes, mais qui ne serait pas synonyme d’une déclaration de guerre. Il aurait également, selon les mêmes sources, demandé des évaluations politiques et sécuritaires sur la possibilité de riposter en ciblant des ambassades ou des consulats israéliens, ainsi que les répercussions que cela pourrait avoir sur Téhéran et les dommages potentiels que cela pourrait causer. Il y a également demandé une étude sur la possibilité de mener des opérations d’assassinat à l’intérieur d’Israël pour ébranler l’autorité israélienne et venger les responsables tués ».

Si le leader suprême Khamenei a, dans une lettre adressée au Conseil de Sécurité de l’ONU, déclaré qu’il apporterait une « réponse décisive » à l’attaque israélienne en conformité avec le droit international, selon le Wall Street Journal, une attaque directe contre Israël semble toutefois peu probable. Menant une guerre de l’ombre, l’Iran a toujours évité d’attaquer directement ses adversaires régionaux, donnant à ses milices une autonomie stratégique suffisante pour pouvoir démentir toute responsabilité. S’il devait conduire lui-même la riposte, il est probable que les forces iraniennes se verront confier un objectif tactique d’importance limitée. Il est toutefois à craindre que la réponse iranienne, en dépit de son impact restreint, ne constitue, dans tous les cas, un casus belli suffisant pour l’Etat colonial, qui est passé maître dans l’art de la « riposte disproportionnée » [1]. Enfin, la pression énorme qu’Israël fait peser sur l’Iran pourrait réveiller la contestation brutalement réprimée et radicalisée d’une partie de l’opinion publique iranienne, dont les conditions de vie n’ont cessé de se dégrader. Si la menace de la guerre pourrait permettre à l’état-major iranien de reconstruire un compromis précaire et de stimuler l’unité nationale, les énergies contestataires réprimées depuis 2022 pourraient également se réveiller à nouveau alors que le gouvernement apparait de plus en plus fragile, tout autant incapable de protéger l’Iran des conséquences sanglantes de ses prétentions régionales que de s’opposer effectivement au génocide à Gaza.

Les contradictions de l’Etat colonial s’aiguisent

Caractérisée par son opportunisme stratégique, la politique coloniale israélienne semble avoir ainsi saisi l’opportunité que lui offrait les attaques du 7 octobre pour renforcer violemment ses positions régionales. Massacrant la population de Gaza et annihilant la culture gazaouie, l’Etat colonial semble avoir fait le choix du maximalisme. Alors que le gouvernement est, en partie, aux mains des franges les plus extrémistes du sionisme politique, qui considèrent que l’expansion du territoire de l’Etat juif est une condition nécessaire au retour du messie [2] et que le projet du « Grand Israël », qui irait du Nil à l’Euphrate, a gagné en audience à l’intérieur des fractions les plus radicales de la population israélienne à mesure que la politique coloniale modérée de la gauche sioniste perdait son influence [3], les attaques contre le Liban, que le gouvernement menace d’envahir, et l’Iran témoignent de la radicalisation extrême des classes dirigeantes israéliennes, mais aussi du consensus colonial qui unit la population.

Elles expriment également les contradictions grandissantes de la stratégie de Benjamin Netanyahou alors qu’Israël s’isole progressivement de ses alliés impérialistes et que le pays est agité par une importante vague de mobilisations qui visent explicitement à le « destituer ». Mettant ses alliés, et les Etats-Unis tout particulièrement, devant le fait accompli, ces attaques contraignent l’impérialisme étatsunien à renforcer ses positions régionales et à serrer les rangs avec Israël, alors qu’il n’a eu de cesse de multiplier les déclarations critiques à l’égard de la politique maximaliste de Netanyahou. D’autre part, participant pleinement de la stratégie de la guerre permanente qu’a choisi Netanyahou pour essouffler la société civile, elles participent également de la course fanatique qu’il a adopté à la seule fin d’assurer sa survie politique, quitte à sacrifier la région pour conserver son immunité.

Premièrement, les opérations génocidaires de Tsahal, enlisée à Gaza, et les buts de guerre maximalistes du Cabinet de guerre isolent progressivement Israël du reste de la communauté internationale. Confrontés à la désertion massive d’une partie de leur électorat, Biden et les démocrates tentent de freiner l’érosion de leur base électorale à l’orée des présidentielles en durcissant le ton à l’égard du cabinet de guerre israélien. Alors qu’une partie importante de la jeunesse et des minorités racisées soutient la cause palestinienne, les démocrates ont multiplié les déclarations critiques à l’encontre de Netanyahou tout en s’inquiétant de la continuation des opérations de Tsahal à Gaza et tout particulièrement à Rafah. Après que Chuck Summer, président des démocrates au Sénat a appelé, jeudi 14 mars, la coalition gouvernementale d’extrême-droite à procéder à de nouvelles élections, les Etats-Unis ont tenté, sans succès, de faire adopter une résolution cosmétique reconnaissant « l’impératif d’un cessez-le-feu conditionné à la libération des otages » au Conseil de Sécurité. Face au double véto russe et chinois, l’impérialisme étatsunien a été contraint de s’abstenir lors du vote, lundi 25 mars, d’une contre-résolution plus offensive, quoique dénuée de toute effectivité. Considérablement délégitimée, la diplomatie étatsunienne s’inquiète, surtout, de la situation régionale qui ne cesse de s’empirer et craint qu’Israël ne mette à exécution son plan d’invasion du Liban dont les renseignements états-uniens estiment qu’il pourrait être appliqué entre la mi-avril et la mi-mai. Instrument indispensable de la politique impérialiste au Moyen-Orient, Israël devient un outil de plus en plus incontrôlable.

Engagé dans une « guerre multifront », comme le déclarait Yoav Gallant, le 26 décembre, à la Knesset, l’Etat colonial a profondément déstabilisé les équilibres régionaux, frappant la Syrie, l’Egypte, le Liban, le Yémen, l’Irak et l’Iran, et a contraint les Etats-Unis à réinvestir le Moyen-Orient alors que l’impérialisme étatsunien avait reconfiguré en partie sa stratégie de projection, mettant l’Indopacifique et la Chine au cœur de ses préoccupations. Si l’industrie étatsunienne continue d’alimenter la machine de guerre israélienne, les craintes électorales du président sortant et la contradiction stratégique ouverte par la guerre de Gaza ont poussé la diplomatie étatsunienne à prendre quelques distances avec le gouvernement d’extrême-droite mené par Benjamin Netanyahou : multipliant les largages humanitaires et construisant un port provisoire à Gaza, en réponse à la famine déclenchée par Tsahal, les Etats-Unis livrent désormais un peu de pain aux victimes et beaucoup de bombes aux bourreaux. Mardi 2 avril encore, l’administration Biden a ainsi fait pression sur la chambre pour qu’elle ratifie la livraison, échelonnée sur cinq ans, d’une cinquantaine de F-15 à l’armée de l’air israélienne. En frappant l’Iran, Israël menace ainsi d’entraîner son allié dans un conflit régional dans lequel il ne souhaite pas s’investir, après la débâcle afghane et les massacres irakiens, dont les démocrates essayent désespérément de tourner la page.

Le mouvement de solidarité avec la Palestine aux Etats-Unis constitue ainsi un paramètre crucial dans l’évolution des contradictions de la situation. Alors qu’une partie significative de l’électorat de Joe Biden s’apprête à le sanctionner dans les urnes, la mobilisation qui se maintient est empreinte d’un potentiel politique énorme et pourrait contraindre, un gouvernement déjà fragilisé, à infléchir sa politique pro-coloniale en faveur d’Israël. Les déclarations des démocrates, aussi symboliques soient-elles, attestent ainsi de la réalité de la pression du mouvement qu’il importe d’élargir. Le développement du mouvement en solidarité avec la Palestine, dans un centre impérialiste aussi important, doit ainsi être suivi de près.

Une diversion utile pour un gouvernement délégitimé dans l’opinion publique israélienne

L’attaque israélienne sur le consulat iranien est, en second lieu, tout aussi déterminée par des objectifs politiques intérieurs que par des considérations stratégiques régionales. Le gouvernement d’extrême-droite israélien doit, en effet, affronter la colère populaire grandissante qui s’exprime, désormais presque tous les jours, dans les rues du pays. Accusé dans plusieurs affaires de corruption, Benjamin Netanyahou doit faire face à une opposition populaire grandissante.

Samedi soir, une manifestation rassemblant plusieurs milliers de personnes a défilé dans les rues de Tel-Aviv, à l’initiative des familles des prisonniers détenus par le Hamas et par certains clans mafieux dans l’enclave gazaouie. Politiquement hétérogène, la manifestation, d’une ampleur inédite, faisait de la libération des otages son mot d’ordre principal. Les pancartes des manifestants appelaient ainsi à un « accord immédiat pour les otages » ou « remplacez-le, sauvez-les », en référence au mandat de plus en plus décrié de Benjamin Netanyahou. Le lendemain, des dizaines de milliers de personne investissaient le quartier de la Knesset à Jérusalem. Les manifestants qui ont prévu de rester jusqu’à mercredi ont ainsi installé des tentes et se préparent à occuper le parvis du parlement. Organisée par les opposants du premier ministre, la manifestation appelait à « la destitution immédiate » du premier ministre : « Ceux qui détruisent ne peuvent être ceux qui réparent », pouvait-on lire sur plusieurs autocollants portés par des manifestants.

Rassemblant des fractions différentes du spectre politique israélien, ces manifestations n’ont cependant rien d’homogène. Si certains manifestants avaient déjà battu le pavé lors de la campagne contre la réforme judiciaire, beaucoup, parmi eux, ont hésité avant de rejoindre les cortèges à un moment qu’ils estiment critique pour la sécurité d’Israël : « Nous nous sommes retenus pendant six mois », confie Michal Begin, médecin, au Times. « Au début, il y avait l’idée que nous avions à rester unis au nom de l’effort de guerre. Maintenant, beaucoup de réservistes sont revenus à la maison, beaucoup de soldats ont quitté Gaza. Notre besoin de manifester est revenu car l’effort de guerre intensif a diminué. Maintenant nous pouvons dire que ce gouvernement ne peut pas continuer de servir ». Un discours que beaucoup tienne, comme Elad Dreifuss, étudiant dans sa vingtaine, qui confie qu’il s’agissait d’une « décision difficile ». Mais, ajoute-t-il, « si le gouvernement n’est pas à la hauteur de ses responsabilités, quelque chose doit changer ».

C’est précisément la nature de ces « responsabilités » qui demeure confuse. Si les manifestants blâment la ligne jusqu’au-boutiste adoptée par le cabinet de guerre et le sacrifie des otages, ils sont bien moins nombreux à remettre en question les opérations génocidaires de Tsahal à Gaza. Pour l’heure les manifestations se focalisent ainsi uniquement sur la question de la libération des otages israéliens. Comme l’explique Anshel Pfeffer, pour Haaretz, « en dépit de l’annonce, faite samedi soir, sur la Place des otages, qui jouxte le Ministère de la défense à Tel-Aviv, qu’elles mettaient fin à la mobilisation sur la place pour mêler leur marche pour la libération des otages au mouvement pour la destitution de Netanyahou, toutes les familles ne sont pas d’accord. Ce qui est compréhensible étant donné que les familles représentent l’ensemble des fractions de l’opinion publique israélienne. Une telle situation fait également signe vers l’absence de consensus, en Israël, sur le “prix” que le pays doit payer pour obtenir un accord avec le Hamas. Il est difficile de construire la mobilisation pour une cause quand les détails même d’un tel accord sont inconnus. L’absence d’une direction claire est manifeste sur les pancartes, les slogans et même dans les lieux de mobilisation choisis par les manifestants. Si certains appellent à la “libération immédiate de tous les otages”, pour d’autres, l’objectif principal demeure le départ de Netanyahou ».

Ainsi, ces manifestations demeurent dans les coordonnées du consensus colonial et ne constituent en aucun cas pour l’heure un antidote à la dynamique de droitisation générale vis-à-vis de la question palestinienne qui travaille la société israélienne depuis les accords d’Oslo et à son accélération, nourrie par le traumatisme de l’attaque du 7 octobre. D’une certaine manière, elles expriment d’une autre manière le consensus à l’oeuvre dans la société israélienne et défendent la nécessité de mener cette guerre, sans rompre avec la déshumanisation des Palestiniens et sans remettre en cause la légitimité du colonialisme, dans une société où il existe très peu d’espace pour les voix critiques qui prennent en compte les souffrances des Palestiniens et qui envisagent, même timidement, de satisfaire certaines de leurs revendications.

De ce point de vue, si ces mobilisations pourraient se radicaliser et mettre fin au règne politique de Netanyahou, elles se désintéressent pour l’heure de la question coloniale et courent le risque de servir de rampe de lancement à l’ancien leader de la coalition Bleu et Blanc, Benny Gantz dont la côte de popularité monte auprès des autorités étatsuniennes. Ancien général de Tsahal, il avait été à l’initiative d’une loi interdisant aux familles palestiniennes de récupérer les corps de leurs morts, en septembre 2020. Adoptant des positions légèrement plus modérées que celles du Likoud, Benny Gantz représente le camp des colonialistes modérés et pragmatiques, par opposition aux revendications maximalistes des sionistes révisionnistes et des sionistes religieux. Membre du cabinet de guerre, Gantz se montre ouvertement critique de la stratégie de la guerre sans fin adoptée par Netanyahou et tente de saper sa base électorale et de détruire sa coalition en soutenant l’abrogation de l’exemption du service militaire dont bénéficient les Juifs orthodoxes, soutiens de la coalition gouvernementale.

Face à la pression populaire montante et aux manœuvres de l’opposition, Netanyahou n’a d’autre choix que de satisfaire, autant qu’il le peut, les revendications de ses alliés issus des partis d’extrême-droite à droite du Likoud et de leurs composantes les plus extrêmes, en poursuivant sans interruption la guerre de Gaza et en accélérant la réalisation du projet colonial israélien. Contraint pour survivre politiquement d’essouffler la société civile israélienne en la maintenant dans un état de guerre permanent, la frappe sur l’Iran, pavant la voie d’une guerre régionale, ne peut que satisfaire provisoirement cet objectif. C’est l’hypothèse que défend Mairav Zonszein, chercheuse étatsunienne à l’International Crisis Group, « cela détourne l’attention de la pression que subit Netanyahou au niveau national pour parvenir à un delà sur les otages et des évènements horribles qui se déroulent à Gaza avec les images qui parviennent de l’hôpital Al-Shifa ».

Si Netanyahou est déstabilisé par les manifestations populaires qui secouent le pays, d’autres politiciens sont ainsi prêts à poursuivre sa politique, tout en infléchissant peut-être sa course actuelle. L’arrivée d’un Gantz au pouvoir n’aurait donc aucune signification politique durable pour le peuple palestinien. Elle signerait seulement la continuation de son oppression et de son malheur. Si elle est hostile à Netanyahou, les différents courants qui travaillent l’opinion publique israélienne partagent, en effet, un même consensus colonial [4], nourri par le rôle compensatoire de la colonisation dans la gestion de la pauvreté de masse entrainée par la néolibéralisation de l’économie israélienne [5], entreprise par Menahem Benin à la fin des années 1970. Tant que le prolétariat israélien ne rompra pas avec l’idéologie sioniste et ne se donnera pas une direction aux résolutions progressistes, il ne pourra dépasser l’impasse dans laquelle la situation coloniale et le régime d’apartheid l’ont placé.

La voie jordanienne et le rôle des masses populaires arabes

De façon sans doute plus importante qu’à l’occasion du précédent cycle d’escalade qu’avait connu la région pendant le mois de janvier, l’inhumanité inouïe des opérations génocidaires de Tsahal à Gaza et les provocations incessantes de l’Etat colonial en Syrie, au Liban et, désormais, en Iran, ont radicalisé les sentiments pro-palestiniens des peuples arabes. Au-delà du mouvement de solidarité avec la Palestine dans les pays impérialistes et de la situation sur le front, la guerre de Gaza a aiguisé les contradictions entre les bourgeoisies arabes collaborationnistes et les masses populaires du Proche et du Moyen-Orient. Tandis que l’Egypte, la Jordanie, les Émirats-Arabes Unis et l’Arabie Saoudite sont engagés dans l’établissement d’un pont terrestre pour acheminer des marchandises en Israël et contourner le blocus que les Houthis imposent à la voie maritime de la Mer Rouge, la mobilisation des masses arabes pourrait porter un coup significatif à l’effort de guerre israélien.

En Egypte, la mobilisation a été rapidement canalisée par le pouvoir qui demeure toutefois inquiet. Craignant que la mobilisation pour la Palestine ne donne à la société civile l’occasion de se structurer, comme lors de la seconde Intifada [6], al-Sissi a a adopté un ton pro-palestinien tandis que les médias d’Etat ont suivi avec attention la situation à Gaza, insistant sur la situation catastrophique dans l’enclave, pour s’aligner avec l’état d’esprit des masses populaires égyptiennes. Après la manifestation place Tahrir, le 20 octobre dernier, les tensions entre Israël et le Caire au sujet du corridor de Philadelphie ont permis à la présidence de restaurer sa légitimité. Mais les rumeurs, désormais avérées, faisant état de la construction d’un sas fortifié dans le Sinaï pour accueillir les réfugiés que l’invasion annoncée de Rafah ne manquera pas de rejeter en Egypte, ont rendu peu crédible les discours vibrant d’al-Sissi au sujet de la cause palestinienne. Si la mobilisation est encore limitée, le gouvernement se montre d’une extrême-prudence et craint que l’invasion de Rafah ne déstabilise son pouvoir. Al-Sissi s’inquiète en effet de devoir accueillir d’éventuels réfugiés et craint que la résistance palestinienne n’établisse des liens avec l’opposition locale et fasse de l’Egypte une base arrière pour ses opérations.

En Jordanie, la restriction de l’accès à la mosquée d’Al-Aqsa imposées par Israël et le second siège de l’hôpital al-Shifa ont rendu les positions collaborationnistes du gouvernement intolérables aux yeux de la population. Manifestant tous les soirs depuis plus d’une semaine devant l’ambassade israélienne à Amman, les manifestants demandent la suspension du traité de paix signé en 1994 entre la Jordanie et Israël ainsi que la suspension du pont terrestre. Ces revendications touchent au cœur de la normalisation diplomatique des relations entre la monarchie et Israël.

Alors que deux millions de Jordaniens sont palestiniens et que 60% de la population est d’origine palestinienne, les aînés des manifestants ayant été chassés de leurs terres par la Nakba en 1947 et la Naksa en 1967, la solidarité avec la Palestine y est puissante et menace sérieusement le gouvernement comme le relevait Saud al-Sharafat, ancien général des services de renseignements jordaniens : « La Jordanie est dans une position peu enviable. L’inquiétude est palpable chez les dirigeants du gouvernement. Le déploiement fréquent de la police anti-émeute draine les faibles ressources de l’économie fragile de la Jordanie. Et il y a le fardeau émotionnel qui pèse sur la police elle-même, dont beaucoup sont Palestiniens. Après avoir jeûné de l’aube au couchant, ils passent désormais leurs nuits à affronter les manifestants. La position de la Jordanie est actuellement en crise…et les interrogations persistent quant à la manière de gérer les prochaines étapes, de gérer les manifestations. L’espace dont dispose le gouvernement pour manœuvrer est très étroit ».

Alors que la région est menacée d’embrasement, les mobilisations en soutien à la Palestine au cœur des métropoles impérialistes et le soulèvement des masses populaires arabes constituent des contre-tendances potentielles qui pourraient enrayer la machine de guerre israélienne et contraindre l’Etat colonial à la désescalade, ouvrant la voie à la libération de la Palestine. Alors que Gaza sombre, dans la nuit et le sang, et que le spectre d’une nouvelle Nakba plane sur la Palestine, alors que les colons étendent leur emprise sur la Cisjordanie et menacent de s’emparer de la bande de Gaza, les mobilisations en soutien à la cause palestinienne constituent le dernier recours du peuple palestinien, abandonné par les bourgeoisies arabes, qui considèrent la question palestinienne comme une simple note de bas de page en marge des traités, et plus que jamais menacé d’anéantissement par la violence impérialiste.


[1Samy Cohen, Tsahal à l’épreuve du terrorisme, Paris, Éditions du Seuil, 2009, 304 p.

[2Nur Masalha, Imperial Israel and the Palestinians : the politics of expansion, Sterling, VA, Pluto Press, 2000, 279 p.

[3Thomas Vescovi, L’échec d’une utopie  : une histoire des gauches en Israël, Paris, la Découverte, 2020, 366 p.

[4Sylvain Cypel, L’État d’Israël contre les Juifs, Paris, La Découverte, 2020, 326 p.

[5Danny Gutwein, « Some Comments on the Class Foundations of the Occupation », Monthly Review, Juin 2006, originellement publié dans Teoria ve-Bikoret, n°24, 2004, p. 203-211.

[6Hesham Sallam, « The Egyptian Public and the War on Gaza », Middle East Report, Winter 2023, n°309, lire ici.



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