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Annulation de la dette africaine. Qu’y a-t-il derrière l’annonce de Macron ?

Macron n’est pas le président d’une ONG mais celui de l’une des principales puissances impérialistes. Son annonce ne trompe personne : derrière des discours « humanistes » se cachent des intérêts stratégiques de la France.

mardi 14 avril

Illustration : Jean-Michel Basquiat, 1982

Lors de son allocution du lundi 13 avril, Macron a plaidé pour une annulation de la dette africaine. Si les prétentions « humanistes » affichées par le président lors de son discours relèvent du pharisaïsme le plus éhonté, qu’en est-il des intentions réelles dernière cette annonce ? Il est clair que les économies africaines pourraient ne pas se relever après le passage du virus, une annulation de la dette permettrait donc de leur accorder un sursis. Toutefois, rien ne se ferait sans contreparties et les leviers du capitalisme occidental sont légions pour approfondir par la suite sa domination.

Rien de concret

La première chose à dire à propos de cette annonce c’est qu’en l’état, elle n’est pour l’instant qu’une annonce. Rien ne garantit pour l’heure qu’une annulation effective de la dette africaine sera la voie choisie. Et même si une annulation était envisagée, aucun détail sur son application concrète n’a été révélé. La suspension et le rééchelonnement des dettes sont les options plus souvent envisagées par le FMI et le Club de Paris (institution informelle regroupant les pays créanciers et présidée par la France).

En effet, selon l’économiste Sénégalais Ndongo Samba Sylla, dont les propos sont rapportés par Le Monde, « les créanciers privés [n’auraient] aucun intérêt » à procéder à une telle annulation, plus favorables selon lui « au principe d’un moratoire pour retarder son paiement ». De plus, le contexte actuel est celui d’un déclin relatif de l’importance du Club de Paris (limité à ses membres officiels) au profit de la Chine qui détient une partie grandissante de la dette africaine. L’appel de Macron a donc de fortes chances de ne demeurer qu’un appel.

Une annulation sans contreparties ?

Quoiqu’il en soit des calculs politiques de l’heure, une annulation au moins partielle des dettes africaines reste une option possible. La faillite économique totale des pays africains face à une pandémie dont le dénouement reste très incertain encore serait une perspective qui compliquerait la situation davantage encore auprès des créanciers qui perçoivent les nuages noirs qui s’accumulent à l’horizon de la situation économique internationale.

Des aménagements de dettes, désignés sous l’appellation « d’initiative vers les pays pauvres très endettés (PPTE) » ont été, sous la gouverne du FMI et de la Banque Mondiale, déjà menés à la fin des années 1990 et durant les années 2000. Pour autant, la dépendance structurelle des économies africaines à l’égard du capital occidental offre à ce dernier des leviers colossaux pour amorcer à nouveau un cycle de dettes insoutenables. De 2010 à 2018 la dette continentale est passée de 35% du PIB à 60%.

Concernant spécifiquement la France, elle possède de puissants instruments d’assujettissement des économies de ses anciennes colonies notamment à travers le contrôle de leurs monnaies via le Franc CFA. A cela on peut ajouter tout un ensemble de multinationales qui agissent dans ces anciennes colonies et qui y règnent toujours en maître, soutenant ou faisant tomber des gouvernements.

Derrière le discours faussement solidaire du président se cache donc la voracité du capital occidental qui fait de ses investissements des moyens pour contrôler des régions stratégiques et de pillage des matières premières des pays concernés. A titre d’exemple, le Nigéria, premier PIB d’Afrique et 20e au niveau mondial se situe pourtant au 157e rang selon l’indice de développement humain, concentrant une partie importante de la pauvreté qui ravage le continent, étant aussi le plus peuplé d’Afrique.

Le danger de révoltes en Afrique

Pour le capital occidental et notamment la France, des faillites et banqueroutes nationales pourraient avoir des conséquences graves. Mais face à un virus qui pourrait tuer des milliers de personnes dans des États complètement impréparés pour y faire face, de multiples explosions sociales pourraient menacer les intérêts français en balayant les régimes qui lui sont inféodés et qui défendent ses intérêts.

L’annulation de la dette pourrait dans un tel contexte s’avérer un choix judicieux pour éviter dans l’immédiat de telles contestations et permettre de subjuguer, à plus long terme, encore davantage des économies fortement dépendantes. L’annulation totale et sans conditions de la dette des pays africains est une mesure urgente et élémentaire non seulement pour faire face au Covid-19 mais pour permettre aux pays de ce continent de sortir du sous-développement qui conduit à la mort des milliers de personnes chaque année. Cependant, cette mesure n’est nullement suffisante dans un contexte d’un monde dominé par une poignée de puissances impérialistes qui asservissent le continent par des milliers de moyens économiques, militaires et politiques. Les peuples africains doivent en ce sens lutter pour se débarrasser des politiciens corrompus, de vraies marionnettes des puissances occidentales, mais aussi pour se libérer de la domination des impérialistes prenant le contrôle de leurs ressources naturelles et de leurs richesses nationales. Les travailleurs et travailleuses dans les pays impérialistes ont en ce sens un rôle central à jouer en exprimant toute leur solidarité, mais aussi en luttant contre leurs gouvernants,comme Macron, dans leurs propres pays.




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