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Aux chantiers navals, les ouvriers ne veulent pas « risquer leur peau pour produire des paquebots »

Face aux mesures insuffisantes de la direction, près de 700 travailleurs des Chantiers de l’Atlantique ont débrayé hier matin, obtenant l’arrêt de la production aux ateliers. Interview de Arnaud Fontaine, délégué CGT.

mardi 17 mars

Crédit photo : L’Écho de la Presqu’île

Révolution Permanente : Pourriez-vous vous présenter et revenir sur la situation aux Chantiers de l’Atlantique ?

Arnaud Fontaine : Je suis Arnaud Fontaine, délégué CGT aux Chantiers de l’Atlantique. Samedi soir, après l’annonce par le gouvernement du passage en phase 3 nous attendions une réponse forte de la direction. Lundi nous sommes donc allés travailler et face à l’inertie de la direction, nous avons convoqué à 16h une Assemblée Générale à laquelle ont participé une soixantaine de personnes de l’équipe d’après-midi d’un des principaux ateliers du site Nous avons interpellé la direction pour lui demander comment elle comptait assurer notre sécurité. On n’allait pas continuer à risquer notre peau pour produire des paquebots que les croisiéristes ne veulent même pas en ce moment. Aucune réponse ne nous a été donnée de la part de la direction de l’atelier.

Le soir même, nous avons écouté tous ensemble le deuxième discours de Macron, et nous avons pris la décision de refuser de travailler le lendemain. La CGT avait organisé une réunion à 9h mardi. Nous avions, la veille, diffusé un tract pour dénoncer la réponse ridicule de la direction à l’épidémie et les mesures soi-disant urgentissimes prises en conséquence. Elles étaient risibles, pour nous protéger quelques consignes étaient énoncées : pas plus de trois à la machine à café, passage des bureaux en horaire 2-8, manger en quinconce au self... L’irresponsabilité du patron était engagée.

Ce matin, donc un débrayage spontané dans le site a eu lieu, sept cents personnes se sont rassemblées devant la porte principale du chantier pour exiger la fermeture du site (qui n’est toujours pas effective) et le versement de l’intégralité du salaire. Une nouvelle réunion s’est déroulée à 9h30 avec la direction qui a maintenu ses positions de la veille, acceptant néanmoins la fermeture des ateliers et donc l’arrêt du travail de 900 ouvriers mais sans accepter de fermer les bureaux. Neuf cents travailleurs sur neuf mille sur le site ont donc pu bénéficier d’une réponse claire. Rien n’est en revanche prévu pour les employés du ménage, ni pour les 6000 sous-traitants, ni pour les employés de bureau. Le patron du site dit ne pas être responsable, il envoie les gens faire le ménage sans protection et refuse de fermer le site. Encore des milliers de travailleurs sont dans l’inconnue

Révolution Permanente : Pourriez-vous préciser la situation des sous-traitants, des intérimaires ? Combien sont-ils ?

Il y a 6000 salariés de la sous-traitance qui s’occupent de la cuisine, du ménage, de l’aménagement des bateaux, de l’armement (menuiserie, placo, gaines de ventilation, tuyautage). La direction refuse de prendre ses responsabilités affirmant que c’est l’affaire des sous-traitants, elle refuse de fermer le site. L’immense majorité des travailleurs, qui sont souvent les plus précaires, des travailleurs détachés qui parfois ne parlent pas français, des intérimaires, les métiers du ménage. Ceux-là on ne leur dit rien, l’inconséquence est totale de la part de la direction. A force de précariser, de saucissonner, de diviser en différentes boîtes, maintenant ils sont incapables de prendre une décision collective.

Révolution Permanente : Du côté de la CGT vous revendiquez un chômage partiel à 100% du salaire, ce qui veut dire que l’entreprise devrait mettre la main à la poche pour financer plus que ce que prévoit le dispositif de chômage partiel …

C’est déjà quelque chose qu’on a exigé en 2008 et 2011. C’est la moindre des choses : les travailleurs n’ont pas à payer les dégâts de l’incurie des capitalistes. En 2008 et 2011 on avait obtenu ce qu’on voulait. Là on ne sait pas. Pour l’instant ils prennent la semaine sur nos congés. C’est des jours de RTT imposés, entre deux et trois jours selon les secteurs, ils ne nous ont pas mis au chômage partiel. La direction dit qu’ils ont fait une demande de chômage partiel auprès de l’Etat et qu’ils ne l’ont pas, ce qui est extraordinaire parce qu’on appartient à 100% à l’Etat. Ils ne disent pas comment on va être payés. Lors de la réunion il a été dit de façon abstraite que les absences seraient autorisées avec maintien du salaire mais sans dire comment.

Révolution Permanente : Dans votre tract vous revendiquiez les mêmes conditions pour les intérimaires et les sous-traitants, qu’attendez-vous de la direction ?

Dans beaucoup de boites le chômage partiel est pour les salariés et les intérimaires sont laissés sur le carreau. Sur le Chantier de l’Atlantique, normalement les intérimaires devraient avoir les mêmes conditions que nous. Mais pour certains ils perdent leur déplacement. Quand Lemaire nous dit qu’on ne va pas perdre un centime ce sont des bobards. Tous les précaires, les auto-entrepreneurs, les boites de prestation, chacun se retrouve dans son coin face à cette direction, sans aucune consigne générale, dans un bordel absolu.

Révolution Permanente : Comment préparez-vous la suite ?

On a déjà des contacts avec les travailleurs de certaines entreprises de sous-traitance et le débrayage de ce matin nous a permis d’en prendre d’autres, il nous faudra agir tous ensemble pour se faire respecter. On a écrit à l’inspection du travail et aux directions et on continue de se mobiliser même si on est un peu atomisés, surtout avec les restrictions de circulation qui vont rendre les contacts plus difficiles.

Mais après la crise sanitaire, viendra le temps de la crise sociale et les liens que nous créons aujourd’hui nous servirons demain. Ne doutons pas que l’Etat présentera aux travailleurs la facture des milliards qu’ils s’empressent de dilapider pour sauver les capitalistes. Et cela pour une simple raison, seuls les travailleurs produisent des richesses.




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