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Politique

Vers une crise d'ampleur

Avec la crise sanitaire, le spectre d’une dépression de l’économie mondiale

Une pluie de milliards en packages, mesures fiscales et garanties émane des gouvernements de pays dominant l’économie mondiale, afin de tenter d’éviter une crise économique pire que celle de 2009. Malgré cette activité toujours plus frénétique, il semblerait qu’après la pandémie de covid-19, l’économie ne repartira pas « comme avant ».

vendredi 27 mars

Crédits photo : Alan Santos/PR

Au cours des dernières semaines, l’épidémie de covid-19 a causé une panique boursière sans précédent depuis la crise de 2008 et même avant. Les mesures de confinement ont mis pratiquement à l’arrêt les principaux centres de production et de consommation, ce qui a entraîné une véritable panique boursière et commence à avoir des conséquences dramatiques, alors que les États-Unis sont maintenant touchées de plein fouet par l’épidémie mondiale. À ce titre, la crise sanitaire ouverte par le coronavirus apparaît comme une forme de « détonateur » menant à une crise économique, exacerbant les tendances de crise latentes déjà à l’oeuvre depuis 2008.

Cette semaine, les demandes d’allocations chômage ont explosé aux États-Unis, alors que le pays rentre en confinement. Plus de 3,3 millions de nouveaux chômeurs ont été dénombrés cette semaine, soit plus qu’au pire de la crise liée au second choc pétrolier au début des années 80. En Irlande, la situation est similaire : les employés sont jetés par les patrons alors que l’économie ralentit.

Il ne fait plus beaucoup de doute, comme l’indique le FMI, qu’en 2020 survienne un épisode de récession au moins comparable à celui qui a suivi la crise des subprimes. À l’échelle mondiale, le PIB pourrait baisser de 1,5 % et jusqu’à 3,3 % dans les pays riches. Ce coup pourrait être particulièrement dur à encaisser, compte tenu du niveau de dette élevé des entreprises, et le chômage massif pourrait encore empirer la situation pour beaucoup d’entreprises. En d’autres termes, c’est le risque d’une dépression de l’économie mondiale qui est aujourd’hui à l’ordre du jour.

Il faut aussi noter que malgré toutes les annonces d’aides aux entreprises, les cours boursiers ne se sont que difficilement stabilisés. Ce problème boursier reflète la peur généralisée chez les actionnaires vis-à-vis de l’avenir et notamment concernant un retour à la normale. En effet, depuis la crise de 2009, les mesures d’injections massives d’argent de la part des banques centrales ont poussé à une forme de déconnexion entre les valorisations boursières et les bases réelles de l’économie. Cette forme d’arythmie, en favorisant une reprise timide de l’économie mondiale, a préparé le terrain pour une prochaine crise, bien pire que celle de 2009. L’accessibilité à des financements faciles a fait exploser la quantité de dette mondiale, et l’a surtout répartie dans l’ensemble des entreprises, les rendant fragiles.

Jusqu’à maintenant, les différents gouvernements ont promis plus de milliards que lors de la crise de 2008-2009. L’objectif principal des différentes stratégies d’aides est de chercher à garantir les capitaux des patrons. Ce jeudi, les pays membres du G20 ont promis un total de 5 trillions de dollars. C’est une véritable pluie de milliards qui est jetée dans ce qui semble être un gouffre sans fond.

Face à cette débauche de moyens financiers, il faut se demander « qui va payer ? » En effet, les milliards d’argents publiques disponibles pour sauver le patronat font suite à des années d’austérité, où, comme le disait Macron, « il n’y a pas d’argent magique », à l’opposé du « l’Etat paiera ». Les politiques d’austérité qui se sont généralisées ces dernières années étaient elles-mêmes des conséquences des sauvetages des banques qui avait nécessité beaucoup d’argent public.

Les milliards qui sont déployés pour assurer les capitalistes seront amortis, eux-aussi, sur l’ensemble des travailleurs, par un approfondissement des politiques néo-libérales. De la même façon, la volonté d’affaiblir le code du travail pour faciliter la relance de l’économie correspond à une volonté similaire : celle de faire payer le prix de la crise aux travailleurs.




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