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"C’est ça la laïcité" : la campagne d’affiches islamophobe de Blanquer pour la rentrée scolaire

La campagne d’affiches sur la laïcité que Blanquer vient de sortir s’inscrit dans la droite ligne de l’offensive islamophobe du gouvernement. Il poursuit ainsi l’offensive sur le terrain de l’extrême-droite et tente de faire oublier la gestion désastreuse de la crise sanitaire dans les établissements scolaires.

lundi 30 août

« N’allons pas chercher de nouvelle polémique, cette campagne est faite pour unir et pour rappeler que la laïcité est au cœur du pacte social français et que nous devons tous la respecter », déclare Blanquer au micro de RTL suite aux réactions provoquées par la campagne d’affiches sur la laïcité à quelques jours de la rentrée scolaire. En effet, la campagne « faite pour unir », selon les mots du ministre de l’Éducation nationale, a provoqué une opposition frontale sur les réseaux sociaux et de la part des syndicats enseignants qui dénoncent un « dévoiement raciste » de la laïcité. Une fois de plus, la laïcité à géométrie variable se fait contre les populations musulmanes ou assimilées comme telles.

« Donner le même enseignement à Romane, Elyjah et Alex quelles que soient leurs croyances, c’est ça la laïcité », « Permettre à Eva et Kellijah d’être inséparable tout en étant différents, c’est ça la laïcité » ou encore « Tout faire pour que Imrane, Axelle et Ismail pensent par eux-mêmes, c’est ça la laïcité », les slogans déclinés dans la campagne gouvernementale brillent tous par la mise en avant de prénoms musulmans et de jeunes enfants racisés. Le message est clair quelques mois après la mise en place de la Loi séparatisme et de la mort de Samuel Paty, la laïcité à l’école est un des fers de lance de l’islamophobie d’État. La mise en scène de jeunes enfants racisés en compagnie de jeunes enfants blancs, outre qu’elle ne colle pas du tout à la réalité vécue dans de nombreux établissements, met également en scène la laïcité comme dernier rempart avant la guerre des civilisations. Ainsi, loin d’unir comme le prétend Blanquer, la campagne essentialise les différences et participe de la construction de « l’ennemi intérieur » musulman.

Accusé de mener une campagne teintée de racisme, Blanquer affirme au micro de RTL qu’il ne « fait même pas attention » à tout cette « variété de couleurs de peau », tributaire qu’il est d’un universalisme aveugle à la racialisation. Continuant dans sa veine contre les termes issus des études décoloniales qu’il a particulièrement critiqué et stigmatisé dernièrement avec ses sorties sur « l’islamo-gauchisme », le ministre de l’Éducation nationale se défend de soutenir une « campagne racisée » : « je suis très opposé à ce mot de ’racisé’ », affirme-t-il pour se donner bonne conscience et masquer autant que faire se peut l’objectif de sa campagne. Blanquer était beaucoup plus prompt en 2019 à repérer une mère voilée sur une affiche de la FCPE qu’il accusait de vouloir « flatter le communautarisme pour avoir des voix ». Le ministre de l’Éducation nationale ne chercherait-il pas à flatter un certain électorat réactionnaire en faisant campagne sur la laïcité sans même mentionner la séparation des églises et de l’État ou la neutralité de l’État envers les religions ?

Le syndicat Sud Éducation dénonce quant à lui des affiches qui « sous couvert de laïcité », parlent en réalité « d’« intégration », de « multiculturalisme » et de « vivre ensemble » » et critique « un dévoiement raciste et xénophobe de la laïcité, appuyé sur un imaginaire colonial ». La CGT-Educ’action dénonce les « poncifs » et l’« instrumentalisation d’un concept apparemment mal digéré ». Plus timoré, le groupe Histoire-Géo du SNES FSU, organisation majoritaire chez les enseignants, a interpellé Blanquer en lui demandant de « cesser de nous faire croire que vous vous intéressez à la lutte contre les inégalités et à la cohésion de notre société en instrumentalisant la laïcité ». Cette position reste en-deçà de la charge que contient cette campagne d’affiches et le plan laïcité que Blanquer veut mettre en place cette année. Ce plan, placé sous l’égide de Jean-Pierre Obin, auteur de Comment on a laissé l’islamisme pénétrer dans l’école, entend défendre une vision de la laïcité clairement dirigée contre les musulmans et présumés comme tels, qui s’inscrit dans l’offensive réactionnaire et islamophobe du gouvernement depuis plus d’un an.

Face à cette campagne réactionnaire, ne nous laissons avoir par la rhétorique de Blanquer et du gouvernement. Non l’école n’est pas un « sanctuaire de neutralité » comme l’affirme le ministre de l’Éducation nationale. La loi sur le voile de 2004 et les affirmations de Blanquer en 2019 pour qui « le voile n’est pas souhaitable dans notre société » montrent déjà suffisamment comment la politique islamophobe du gouvernement s’en prend aux musulmans et en particulier aux femmes. L’union sacrée autour de la mort tragique de Samuel Paty, orchestrée par Blanquer au nom de la laïcité, ne sert qu’à masquer les véritables problèmes de l’école. Ce n’est pas le manque de République et de laïcité qui mine le système éducatif, c’est plutôt le manque de moyens, les contre réformes qui précarisent l’école et la politique criminelle du gouvernement dans sa gestion de la crise sanitaire. Aussi bien sur le terrain idéologique que sur le terrain des moyens, il faut battre en brèche Blanquer et sa politique réactionnaire.




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