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Politique

Entourloupe en direct devant 3 millions de téléspectateurs

Compte personnel d’activité. Valls tente de cacher la loi El Khomri par les miettes données au monde du travail

Jeudi soir sur le plateau de TF1, Manuel Valls a défendu mordicus sa loi Travail, passant rapidement sur ses mesures les plus importantes pour les salariés –inversion de la hiérarchie des normes, baisse de la rémunération des heures supplémentaires, référendums d’entreprise– pour présenter aux téléspectateurs quelques miettes, qu’il a présentées comme des « avancées importantes », avec en tête le Compte personnel d’activité. En réalité, ces « grandes avancées » sont au mieux des miettes, au pire des coquilles vides qui n’auront qu’une réalité très réduite. George Waters

vendredi 13 janvier 2017

C’était le moment de vérité pour Manuel Valls face à ses six concurrents jeudi soir : au moment où est abordé le sujet du « Travail » les présentateurs décident d’introduire la question avec l’ex premier ministre qui, se devant d’assumer jusqu’au bout un bilan qui est avant tout le sien, a tenté d’attaquer ses homologues : « J’entends évoquer l’idée même d’abrogation, ici parmi les candidats. Nous voulons abroger quo ? La négociation dans l’entreprise, soutenue par les syndicats réformistes ? Le compte personnel d’activité qui se met en œuvre ? Le compte pénibilité, parce qu’il y a des salariés qui travaillent dur et qui vont devoir partir plus tôt à la retraite ? La garantie jeune qui concerne d’abord les jeunes précaires ? … Cette loi est une avancée, j’en suis convaincu ». Une façon pour lui de tenter de mettre en avant tout ce qui pourrait apparaître comme des réformes en faveur des salariés, pour masquer la réalité de la loi Travail : une loi taillée pour et par le Medef pour permettre notamment de casser la hiérarchie des normes et négocier à la baisse, entreprise par entreprise, le temps de travail.

La « révolution » du quinquennat serait donc le Compte Personnel d’Activité (CPA), la grande avancée de loi El Khomri ; rappelons que c’était aussi le ticket que la CFDT a pris pour justifier le soutien à la loi Travail. Mais qu’est donc que ce nouveau droit pour tous les salariés dont Valls se vante tant ? En réalité, rien de bien nouveau, mais un regroupement de droits déjà existants. En effet, le CPA rassemble le Compte Personnel de Formation (CPF), le Compte Personnel de Prévention et de Pénibilité (C3P) et le Compte d’Engagement Citoyen (CEC), qui, par des systèmes de points divers et bien souvent incompréhensibles pour les salariés, permettent principalement de se former (et de prendre une retraite anticipée pour le C3P), et de réclamer des droits attachés désormais à chaque salarié individuellement et non à son statut. Evidemment, la mesure n’est pas un recul pour les salariés, mais est-ce cependant une avancée ? Une miette plutôt, ou comme le dit bien la CGT, une « coquille vide ». Le CPA ne donne en effet aucun réel nouveau droit, si ce n’est le CEC, adopté avec la loi Travail, le Compte pénibilité et le Compte de formation datant de 2015. Une jolie entourloupe donc, qui a permis de noyer le poisson de la loi Travail.

En réalité, le CPA représente plutôt les miettes que le gouvernement accorde pour faire passer ses contre-réformes : le compte pénibilité étant la miette laissée à la CFDT en 2014 lors de la négociation sur les retraites et le CPA une miette de la loi Travail. Le compte personnel de formation n’est lui qu’un changement de nom, le Droit Individuel à la Formation existe depuis 2003.

Finalement, Manuel Valls présente comme une grande avancée la garantie jeune, qui a été pour l’UNEF le ticket pour démobiliser ses troupes par rapport à la loi Travail. La mesure, qui n’est qu’une miette laissée sur le bord du chemin, se résume ainsi : une petite période « d’insertion » durant laquelle les quelques étudiants qui pourraient passer le rigoureux barrage des bureaucraties universitaires, pourront recevoir des « conseils » puis une petite période en entreprise payé par l’Etat.

Manuel Valls et ses soutiens, au premier rang duquel Sylvia Pinel, qui revendique tout l’héritage du gouvernement ont donc cherché à faire une belle pirouette sur le plateau de Gille Bouleau. Une pirouette qui a été bien sûr remarquée par les autres candidats qui, bien que se revendiquant « de gauche », ont laissé le cirque continuer, montrant par là leur soutien implicite et total à la politique d’enfumage de ce qui fut le gouvernement Hollande-Valls.




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