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Monde

Non à l’impérialisme français

« Conférence d’aide » au Liban : Macron veut imposer des réformes néolibérales

Mercredi s’est réunie une « conférence d’aide » au Liban qui réunissait le secrétaire général de l’ONU, des bailleurs de fond et le président libanais, sous la direction de Macron. L’objectif de la réunion était de décider de l’attribution d’une aide humanitaire à la population libanaise, mais cette aide est conditionnée à l’application de réformes néolibérales.

jeudi 3 décembre 2020

Crédit photo : AP - Ian Langsdon

Ces dernières années, les Libanais n’ont pas été épargnés. Une crise économique a conduit a une dévalorisation éclair de la monnaie nationale, plongeant de larges portions de la population dans la misère. Cette crise, liée au problème de la dette souveraine, avait poussé les Libanais dans la rue, dans un grand mouvement ancré dans les classes populaires. Ce mouvement avait obtenu la démission du Premier ministre. Par la suite, le pays a aussi été touché durement par l’épidémie de Covid-19 ainsi qu’une tragique explosion sur le port de Beyrouth cet été.

Depuis le début de la crise, Macron joue un rôle important. Le président français a en effet effectué deux visites entre août et septembre, au cours desquelles il a appelé à la formation d’un « gouvernement de mission ». Par la suite, pour « aider » le Liban, la France a pris la tête d’un consortium composé de l’ONU, du FMI et d’un ensemble de prêteurs privés et publics. En août, 280 millions d’euros avaient été versés ; mais déjà à l’époque, Jean-Yves Le Drian avait conditionné cette aide à la conduite de réformes néolibérales. Il faut dire que l’objectif n’est pas tant d’aider la population libanaise que d’obtenir une position stratégique dans une région en forte recomposition. En effet, depuis le retrait des Etats-Unis du Moyen Orient pendant le mandat de Trump, les puissances intermédiaires comme la Turquie, la Russie ou l’Iran cherchent à atteindre une hégémonie régionale.

La nouvelle conférence qui s’est ouverte se mercredi a pour objectif de faire pression sur le Liban afin d’obtenir des réformes en échange d’aides. Cette réitération de la demande de Macron est révélatrice de son échec à imposer des réformes politiques au Liban. Selon Pierre Haski, chroniqueur géopolitique sur France Inter, « l’impasse reste totale, et l’initiative dans laquelle le Président français s’est impliqué de manière très personnelle, tourne en rond » ; « Emmanuel Macron semble démuni face à l’obstruction que continue d’opposer la classe politique libanaise à toute réforme qui entamerait ses privilèges ». Ce n’est pas la première fois qu’il exige des réformes, sans résultats.

De plus, les aides futures sont soumises à une véritable cure d’austérité, qui conduirait à la privatisation de plusieurs secteurs, notamment l’énergie. L’objectif avoué de la diplomatie française et de faire profiter les grands groupes français de ces ouvertures au marché. Le géant des hydrocarbures Total pourrait aussi profiter de cette crise pour reprendre l’exploration gazière dans la région.

Cette situation n’est pas sans rappeler l’action de la Troïka en Grèce ou bien du FMI en Argentine. Comme l’explique François Chesnais dans Finance Capital Today : corporations and banks in the lasting global slump, la dette publique des pays semi-coloniaux a joué un rôle important dans la constitution du capital financier actuel. D’abord en imposant le recours à des bailleurs privés, il a permis aux grandes banques des pays impérialistes de trouver des débouchés. Ensuite, les crises de la dette que subissent ces pays permettent de porter des politiques d’ouverture du marché et de privatisations qui profitent aussi aux grands consortiums.

L’impérialisme français et son représentant Macron ne sont donc en aucun cas des appuis pour le peuple libanais. À ce titre, notre rôle, ici en France, est non seulement de manifester une solidarité internationaliste sans faille et d’exiger « Macron, hors du Liban ! »




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