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Liban

Crise économique au Liban : la France vole au secours de l’armée pour prévenir les explosions sociales

Ce jeudi, à l'initiative de Florence Parly, le gouvernement a organisé une réunion internationale pour rassembler une aide d’urgence en faveur de l’armée libanaise. Le pays, frappé de plein fouet par la crise économique, connait d’importantes contestations, que l’impérialisme français et international cherchent à mater par le renforcement de l’armée.

jeudi 17 juin

Au Liban, la situation économique et sociale s’approche de la catastrophe. Lundi, la livre libanaise atteignait le niveau le plus bas de son histoire sur le marché noir, frôlant 15 500 livres pour 1 dollar. Le taux officiel, lui, reste fixé à 1 507 livres pour 1 dollar. Officiellement ou officieusement, la monnaie nationale poursuit ainsi sa dégringolade. Depuis le début de la crise, la livre libanaise a perdu 90 % de sa valeur sur le marché noir face au dollar.

Ainsi le Liban fait face à l’hyperinflation et aux pénuries, notamment d’essence et de médicaments. Tout cela va de pair avec une explosion du chômage et une paupérisation à grande échelle, avec une baisse de fait de 90% des salaires réels.

Face à la tornade économique et sociale qui balaye le pays, le pouvoir est fortement déstabilisé et le pays est sans gouvernement depuis dix mois, faute d’entente entre les partis politiques. Dans ces conditions, la pauvreté s’accroit gravement, qui – elle touche désormais plus de la moitié de la population – et avec elle la contestation.

L’armée en colère menace le pouvoir d’une situation explosive

Au mois de mars, le général Joseph Aoun, chef de l’armée libanaise, mettait en garde la classe politique d’une situation « explosive ». En colère contre leurs conditions de vie – qui en poussent parfois à prendre un second emploi pour subvenir à leurs besoins – il a ainsi interpellé le pouvoir : « Où allons-nous ? Qu’attendez-vous ? Que comptez-vous faire ? » s’exclamait-il.

De fait, cette colère ne sent pas bon pour le pouvoir libanais déjà fragilisé, mais aussi pour l’impérialisme français : face à des conditions de travail qu’ils jugent trop dures, l’absentéisme s’accroit chez les soldats, alors que le pays est en ébullition face à la montée de la misère sociale. Ce mercredi, ce sont les travailleurs libanais qui ont organisé une journée de grève générale et manifesté pour lutter contre les conséquences de la crise économique et revendiquer un nouveau gouvernement provisoire.

La France vole au secours de l’armée

Si le pouvoir libanais n’a pas réagi à l’interpellation de la part du chef des armées, le mois dernier Aoun s’est fait néanmoins recevoir par les autorités françaises. Suite à cela, l’État français a décidé de venir en aide à l’armée, organisant une visioconférence internationale ce jeudi réunissant une vingtaine de pays, dont les Etats-Unis, la Russie, la Chine, l’Allemagne, l’Italie et les Etats du Golfe.

Cette réunion visait à établir les contours d’une aide d’urgence de dizaines de millions d’euros pour l’armée libanaise. En principe, l’aide répondrait à des besoins non pas structurels (équipements, salaires), mais conjoncturels et précis. Elle comprendrait donc majoritairement des denrées alimentaires, des médicaments, du carburant, et des pièces détachées pour les véhicules (pneus, batteries…).

Pour Florence Parly, la ministre des armées, l’armée libanaise est une « institution pilier, qui permet d’éviter que la situation sécuritaire dans le pays ne se dégrade fortement ». En effet, la misère sociale qui touche – rappelons-le – plus de la moitié de la population libanaise aujourd’hui, présente des conditions fortement propices à des explosions sociales, sachant que le pays est depuis 2019 dans une période de contestations accrues.

Ainsi, ce n’est pas un hasard si le gouvernement souhaite aider particulièrement l’armée libanaise avec des denrées d’urgence, dont la population n’a par ailleurs pas pu bénéficier. De fait, la capacité opérationnelle des troupes est menacée due à ces conditions et à la baisse drastique du budget alloué à l’achat et l’entretien de matériel militaire. Par conséquent, les chancelleries occidentales s’inquiètent quant à la capacité des forces armées libanaises à intervenir, que ça soit vis-à-vis de l’intérieur du pays, puisque les explosions sociales sont latentes, ou de l’extérieur, craignant une suspension des missions de stabilisation menées par l’armée le long de la frontière avec la Syrie et avec Israël.

Ainsi, cette volonté de pallier aux besoins de l’armée, bien que de manière urgente et conjoncturelle, témoigne bel et bien de la crispation de l’impérialisme français qui intervient régulièrement au Liban, tel qu’il y a quelques mois déjà avec l’opération « Amitié ».

Le but étant évidemment de conserver ses intérêts géopolitiques et économiques et d’en acquérir de nouveaux. La France, tout comme la Chine mais aussi les autres puissances régionales, voient en Beyrouth un viatique indispensable pour contrôler l’est méditerranéen. Le Liban dispose en effet d’une des surfaces maritimes les plus importantes dans la région et disposerait d’importantes réserves d’hydrocarbure offshore. Tant de ressources qui font que la situation au Liban dépasse son seul Etat, mais s’avère bien être au coeur d’en enjeu géostratégique, que les différentes puissances occidentales et régionales comptent bien se disputer.

Face aux manœuvres de l’impérialisme français qui n’agissent que dans leur intérêt et aux différents mécanismes économiques utilisés comme la dette pour soumettre le Liban, il est impératif de revendiquer le non-paiement et l’annulation de la dette libanaise, notamment à l’égard des banques françaises et de l’Etat français mais aussi la nationalisation du système bancaire libanais et l’expropriation des entreprises essentielles sous contrôle des travailleurs.

Pour cela, la lutte du peuple libanais notamment à travers les journées de grève générale est centrale pour parvenir à confronter le pouvoir et refuser de payer la crise. Et pour changer radicalement de régime, il n’y a rien à attendre d’un nouveau gouvernement provisoire : c’est à la classe ouvrière et aux classes populaires de décider à travers une Assemblée Constituante libre et souveraine des solutions à apporter aux problèmes économiques, sociaux et politiques profonds qui les affectent.




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