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Mobilisation étudiante

De la détresse à la colère : des milliers de jeunes mobilisés ce mercredi dans plusieurs villes

Depuis le début du mois de janvier, la question de la détresse dans la jeunesse est sur le devant de la scène. Ce mercredi, une journée de mobilisation était organisée par plusieurs organisations de jeunesses telles que le NPA Jeunes, l’UNEF ou l’UNL pour dénoncer le mépris du gouvernement, mais également le manque de moyens criants dans les universités.

mercredi 20 janvier

Ce mercredi, les organisations syndicales et politiques de jeunesse (NPA Jeunes, UNEF, UNL, Solidaires étudiants, UEC, Générations, les Jeunes Insoumis, les Jeunes Ecologistes) appelaient les étudiants à la mobilisation. À Paris, le rendez-vous était donné à 14h à Port-Royal. Plus de 1500 personnes ont répondu à l’appel et sont parties manifester devant le ministère de l’Enseignement Supérieur, aux cris de « y’en a assez de cette société, qui n’offre que le chômage et la précarité ! ». Des manifestations ont également eu lieu dans de nombreuses autres villes étudiantes, notamment à Bordeaux, Caen, Lille et Strasbourg.

Comme nous l’écrivions dans un précédent article, le nombres de personnes dans un état dépressif a augmenté de plus de 16 points chez les 18-24 ans et de plus de 15 points chez les 25-34 ans selon une étude de Santé Publique France. Le pourrissement de cette situation a tristement poussé, rien que pour la semaine dernière, à quatre tentatives et deux suicides chez les étudiants. Pour rendre hommage à ces étudiants, les manifestants parisiens ont réalisé une minute de silence :

Damien De Blic, enseignant-chercheur en sciences politiques à l’Université Paris 8, revenait sur la situation que traversent les étudiants, qu’il qualifie de "catastrophique" : "Je reçois tous les jours des messages d’étudiants qui m’expliquent qu’ils sont en grande précarité matérielle, en grande difficulté psychologique et psychiatrique pour une partie d’entre eux, et face à ça on rien, ni du gouvernement, ni de notre ministre, la seule chose qu’on a eu c’est le passage en force de la LPR"

Axele et Simon, étudiants à l’Université de Nanterre, reviennent quant à eux sur le manque de perspectives d’avenir à la sortie de l’université : "On s’est lancés dans la fac, on est dans des milieux qui nous passionnent, et on se rend compte qu’on a aucune voie de sortie ou de possibilité de réussir quelque chose là-dedans. C’est démotivant et on doit trouver des plans B, des plans C, des plans D pour notre avenir, qui rajoutent une pression supplémentaires"

Les militant-es du Poing Levé et du NPA Jeunes étaient présents à la manifestation pour dénoncer l’hypocrisie du gouvernement face aux conditions dans lesquelles les jeunes sont plongés. « Depuis 6 mois, le gouvernement n’a pas lâché un seul mot sur les étudiants, alors qu’on était soumis à la précarité, l’isolement, à la dépression, et c’est que quand il y a commencé à avoir des suicides qu’il a commencé à parler, et pour donner des mesurettes ! (…) C’est impératif de mettre des moyens massifs dans l’université, pour embaucher massivement, réquisitionner des infrastructures, et c’est vital de mettre dès à présent en place la validation automatique des examens ! » a ainsi expliqué Matéo, étudiant à Paris 8 et militant au Poing Levé et au NPA Jeunes.

À Bordeaux, une manifestation s’est également tenue aujourd’hui, appelée par l’inter-orga et réunissant 200 personnes pour dénoncer la précarité étudiante et le manque de moyens criants dans les universités.

Plusieurs prises de paroles se sont tenues, dénonçant notamment la tenue des examens en présentiel à l’université de Bordeaux alors que les universités sont fermées depuis près d’un an ! Des militant-es du collectif Onzième Thèse sont notamment intervenus pour montrer que la détresse qui s’exprime actuellement est liée au manque de perspectives d’avenir, notamment à la sortie de l’université : « Aujourd’hui on mange des pâtes, mais ça continuera demain, le diplôme ne protège plus du chômage tellement celui-ci augmente ! »

Car si la question de la précarité dans la jeunesse est loin d’être nouvelle, la gestion catastrophique de la crise sanitaire est venue largement aggraver cette situation. Alors que les étudiants, en première ligne des jobs précaires, étaient nombreux à perdre leur emploi pendant le premier confinement, les difficultés financières des jeunes continuent de s’approfondir, avec désormais plus de 20 % des jeunes se situant sous le seuil de pauvreté. Et la fermeture des universités est venue plonger les étudiants dans un quotidien mêlant isolement et pseudo « continuité pédagogique » pour maintenir une sélection à tout prix, qui a coûté la vie à plusieurs étudiants. Et tout ça, en faisant face au mépris du gouvernement, à l’image de Macron répondant à une étudiante en détresse « qu’il va falloir encore tenir » ou encore à Vidal qui justifiait la fermeture des universités en évoquant le « bonbon qui traîne sur la table » !

Ainsi, cette première mobilisation à l’appel de l’intersyndicale, réunissant un arc de force important d’organisations politiques et syndicales, est un premier pas pour construire un mouvement de la jeunesse qui propose une alternative à l’avenir de misère que le gouvernement nous propose. Cette première journée doit donc être une étape pour réussir à transformer la détresse de la jeunesse en une colère qui s’exprime dans la rue. Pour réussir à imposer la réouverture des universités, il va falloir se battre pour que des moyens massifs soient alloués au secteur de l’enseignement supérieur, pour pouvoir mettre en place un plan d’embauches massives, la réquisition d’infrastructures, et l’installation d’un centre de dépistage sur les universités. Seulement, face à un gouvernement qui joue la sourde d’oreille, c’est en construisant un rapport de force qu’il sera possible d’obtenir ses revendications, en commençant dès à présent à s’organiser en Assemblée Générale réunissant étudiants, enseignants et personnels pour établir nous-mêmes un plan viable de réouvertures des universités. Nous n’avons rien à attendre du gouvernement, organisons-nous dès maintenant !




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