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Politique

Retraites et LPPR

Facs bloquées à Paris, Lyon, Montpellier… Vers un réveil du mouvement étudiant ?

Ce 6 février a vu grossir les rangs des cortèges de fac et se multiplier les actions des étudiants et des enseignants du supérieur. Impactés par la réforme des retraites, ciblés par la LPPR, va-t-on vers un réveil du mouvement étudiant ?

jeudi 6 février

Crédit photo : O Phil des Contrastes

Depuis le 5 décembre, les étudiants s’étaient fait remarquer par leur absence dans le premier round contre la réforme des retraites et le gouvernement Macron. Des cortèges clairsemés et des facs peu mobilisées qui s’expliquaient en partie par la stratégie de lock-out mise en place par de nombreuses présidences d’université – campus fermés administrativement en prévention des mobilisations – ainsi que par la longue période de vacances scolaires et d’examens qui vient de s’achever.

Mais le projet de Loi de Programmation Pluriannuelle de la Recherche (LPPR) est venue mettre le feu aux poudres. Le mois de janvier a vu fleurir les initiatives de lutte, de grève et d’actions dans de nombreuses universités, organisées le plus souvent par laboratoires de recherche, par départements, par revue scientifique, et systématiquement à l’initiative des enseignants-chercheurs, titulaires comme précaires. Ce projet de réforme de l’enseignement supérieur et de la recherche a fait éclater une colère sourde au sein d’un secteur qui ne s’était pas mobilisé aussi massivement depuis plus de 10 ans, contre la LRU.

A l’occasion, un collectif des « Facs et labos en lutte » a été lancé, regroupant d’après le site universitéouverte.org « 57 facs, 171 labos, 6 ESPE, 6 IUT, 8 collectifs de précaires, 110 revues, 16 sociétés savantes, 46 séminaires, 19 sections CNU, 44 évaluateur•trices de l’HCERES… mobilisé•es contre la précarité, contre la LPPR et contre la casse des retraites ! ». Ce collectif est à l’initiative de la coordination des facs et labos en lutte qui s’est tenue à Saint-Denis les 1er et 2 février, et a réuni plus de 750 « étudiant•es, enseignant•es et/ou chercheur•es appartenant à 82 disciplines, ingénieur•es, membres des personnels administratifs, techniques, sociaux, de santé et des bibliothèques (BIAT.O.SS, IT.A), précaires ou titulaires, venu•es de nombreux établissements d’Île-de-France et de 33 autres agglomérations, ainsi que de 5 pays étrangers ».

Cette effervescence dans le milieu universitaire commence à entraîner les étudiants dans la bataille, un effet rendu visible ce jeudi 6 février. Plusieurs universités étaient bloquées, parfois malgré une forte volonté de répression policière comme à Tolbiac : Paris 1, Paris 8, Lyon 2, Montpellier… Autant de facs où les étudiants, souvent soutenus par des grévistes, par les travailleurs de l’université, se sont mobilisés pour aller grossir les rangs de la 9ème journée de grève et de mobilisation interprofessionnelle contre la réforme des retraites.

Une colère qui va bien au-delà de la LPPR

Si le projet de réforme, qui vise à renforcer considérablement la concurrence et la précarité dans le milieu universitaire, a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, les revendications des travailleurs et des étudiants mobilisés vont bien au-delà du retrait de la LPPR. Cette mobilisation s’inscrit évidemment dans la séquence de lutte des classes qui a vu des travailleurs déterminés s’affronter à la réforme des retraites depuis le 5 décembre, et le lien a été fait entre les grévistes de la RATP et de la SNCF et le monde universitaire.

Ce jeudi matin, Yassine, machiniste RATP à Malakoff, était présent dans la fac bloquée de Tolbiac, aux côtés des étudiants : « La fac même, c’est un endroit important pour pouvoir échanger, c’est pour ça que c’était important d’y accéder [malgré la répression]. Ça montre qu’on n’est pas isolé, que le problème des étudiants c’est aussi le problème des salariés. »

Car ce qui fait sortir les étudiants dans la rue, ce ne sont pas uniquement des réformes isolées, mais bien le projet de société que le gouvernement et le patronat cherchent à nous imposer. Car chaque réforme récente de l’université a son corollaire dans la société. A la sélection imposée par Parcoursup et la loi ORE correspond le chômage de masse qui atteint 20 % chez les jeunes ; l’augmentation des frais d’inscription pour les étudiants étrangers fait écho à la loi Asile et immigration et l’ensemble des mesures racistes et répressives prises par les gouvernements successifs ; la réforme des APL survient alors que plus d’un étudiant sur deux travaille pour financer ses études. Et la réforme des retraites, la LPPR, ce sont des projets de loi qui visent dans leur ensemble à renforcer les situations de précarité que nous rencontrons déjà au sein de l’université et au-delà de ses murs.

Il est d’ailleurs significatif que des collectifs de travailleurs précaires se constituent et se mobilisent, simultanément à l’émergence de la mobilisation contre la LPPR, comme c’est par exemple le cas à l’université du Mirail à Toulouse. Car l’université, c’est aussi des dizaines de milliers d’enseignants et de personnels administratifs précaires rémunérés en dessous du SMIC, surchargés de travail, et qui enchaînent les contrats courts, parfois pendant 10 ans, sans être assurés de trouver un poste stable à la clé.

Dans ce contexte de colère explosive et de combativité qui s’exprime dans tous les secteurs de la société, un mouvement étudiant massif pourrait être un ingrédient décisif dans le cocktail d’un second round contre Macron et son monde. Un « tous ensemble » nécessaire pour en finir avec ces conditions d’étude, de travail, de vie, rendues toujours plus précaires par les contre-réformes qui pleuvent et qui sont imposées à coups de matraque.