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Politique

Crise sanitaire

L’épidémie peut durer « jusqu’à l’été prochain » : il faut un plan à la hauteur pour l’hôpital public

Le virus sera probablement encore présent « l’été prochain » selon le Conseil scientifique. Mais alors que le chiffre des contaminations a atteint le niveau record de 20.000 nouveaux cas en 24h, le gouvernement refuse toujours de mettre en place un plan d’investissement conséquent dans le secteur de la santé.

vendredi 9 octobre

Crédit photo : AFP/Christophe ARCHAMBAULT

« Ça va durer ».

Présent sur le plateau de RMC hier matin, Jean-François Delfraissy, Président du Conseil scientifique, a alerté sur une possible présence du virus à l’été prochain. « Ce n’est pas uniquement septembre 2020 qui est en jeu, c’est l’hiver 2020, c’est le printemps 2021. Il faut que la population comprenne qu’on est entré sur du moyen, long terme. Il va falloir apprendre à vivre avec le virus, jusqu’à l’été prochain ». Alors que de nouvelles métropoles sont entrées en zones d’alerte renforcée jeudi 8 octobre, le virus continue de se propager à grande vitesse. En 24h, la France a en effet connu un nombre de contaminations record de 20 000 cas supplémentaires. Mais alors que ces prédictions devraient alerter, le gouvernement refuse toujours de mettre en place un plan d’investissement conséquent dans le domaine de la santé, alors même que plusieurs milliards d’aides ont été allouées au patronat, sans pour autant empêcher la vague de licenciements.

Les hôpitaux pas du tout préparés

Alors que le taux d’occupation des services de réanimation est en augmentation depuis plusieurs semaines, laissant entrevoir un risque de saturation, la capacité d’accueil fixe de 5.000 lits n’a pas été renforcée depuis le début de la pandémie, et ce malgré les alertes lancées côté soignants. En Ile-de-France, le taux d’occupation dépasse à l’heure actuelle les 40%.

A la mi-mai déjà, les services du Ministère de la Santé affirmaient qu’il n’était pas prévu d’augmenter de façon pérenne les capacités hospitalières en réanimation, mais simplement de prévenir d’éventuelles situations d’urgence. Le but étant selon le Ministère de la santé « de revenir à une capacité habituelle d’environ 5.000 lits pour permettre aux personnels de santé de retrouver un peu de répit » et de pouvoir ouvrir en urgence 10 000 à 14 000 places en réanimation, déprogrammant d’autres opérations. Une solution qui ne permet en aucun cas de « laisser du répit aux soignants » puisqu’aucune embauche de personnel ou de moyens supplémentaires sont alloués.

Il s’agit au contraire d’une solution de fortune qui impliquerait, en l’absence d’ouverture de nouveaux lits, des déprogrammations d’activités médicales permises par le plan blanc (déclenché notamment en Ile-de-France) et un tri des malades, avec toutes les conséquences sanitaires que cela engendre. Un même plan qui permet la réquisition des travailleurs au repos, alors même que les soignants sont déjà épuisés.

Matignon s’est défendu en affirmant « on ne forme pas un soignant en 6 mois ». Mais le problème des sous-effectifs hospitaliers vient de loin : entre 2013 et 2019 seulement, l’hôpital a perdu 13 600 lits d’hôpitaux, 78% de suppressions concernant simplement le public. En 2017, le gouvernement Philippe avait également opéré une coupe budgétaire d’1,7 milliards. Sans parler de la difficulté à recruter du personnel au vu des conditions de travail connues pour leur pénibilité. Une responsabilité partagée par le gouvernement Hollande (avec rappelons-le, Macron à l’Economie), mais également par Sarkozy, dont la ligne politique inspire actuellement le quinquennat de Macron. Par ailleurs, la stratégie de « tester, tracer, isoler », sur toutes les lèvres du gouvernement en septembre, a révélé ses limites en raison même de la surcharge de travail et du manque d’effectifs en laboratoire.

Les secteurs populaires les plus exposées aux conséquences sanitaires et économiques

Parallèlement, le gouvernement continue de mener une politique sécuritaire, comme en témoigne la visite de Jean Castex vendredi 9 septembre à Toulouse, pour annoncer le renforcement des effectifs de police. Une offensive répressive qui cible en priorité les habitants des quartiers populaires, également les plus touchés par les conséquences de la crise sanitaire et économique. En effet, selon les résultats de l’enquête EpiCov, qui dresse le portrait des personnes touchées par le virus, il existe une prévalence de la maladie chez les femmes, notamment les travailleuses du soin (une prévalence de 11,4%), vivant dans une commune très dense, un quartier prioritaire, et surtout dans un logement « surpeuplé ».

L’enquête objective également un fait déjà connu, la prévalence des personnes immigrées d’origine non européenne parmi les malades (9,4%). Ainsi, « les groupes sociaux les plus concernés par le risque d’exposition, qui adoptent tout autant les gestes barrières, sont aussi ceux qui ont été les plus contaminés par le virus », insiste l’enquête dans sa conclusion. Ce sont eux qui enregistrent, par ailleurs, le plus de pathologies associées, « au risque de développer des formes graves de la maladie ». Un effet cumulatif des inégalités, puisque ce sont ces mêmes couches précaires qui sont les plus impactées par la crise économique.

Parallèlement, le gouvernement annonce de nouveaux cadeaux au patronat. Bruno Le Maire a en effet déclaré le 8 octobre l’exonérations des cotisations patronales, ainsi que la prise en charge du chômage partiel à 100% par l’Etat dans les secteurs du tourisme, de l’événementiel, de la culture et du sport, alors même que nombre d’entreprises qui bénéficient de subventions publiques n’hésitent pas à licencier pour autant.

Imposer un plan de bataille à la hauteur des enjeux

Face à l’irresponsabilité du gouvernement, il est plus que jamais nécessaire d’imposer un plan sanitaire à la hauteur de la situation, en revendiquant l’embauche et la formation massive de personnels soignants, mais aussi la nationalisation et la centralisation de l’ensemble du système de santé, dégradé par des années d’austérité, et l’expropriation des grandes entreprises pharmaceutiques afin de stopper la spéculation faite sur la santé des travailleurs et de la population. Un investissement qui devrait être financé par un impôt progressif sur les grandes fortunes qui s’enrichissent sur la santé des plus pauvres. Mais également, une réelle campagne de dépistage massif, accompagnée des moyens nécessaires, afin d’endiguer la pandémie.

Face à cette situation dramatique, les organisations de soignants appellent à se mobiliser. Un appel commun à la journée du 15 octobre a été signé par la CGT-Santé, Sud-Santé, les urgentistes de l’Amuf, les infirmiers du SNPI, et les collectifs Inter-urgences et Inter-blocs.

Ils revendiquent la formation et l’embauche massive de personnel, l’ouverture de nouveaux services dans tout le domaine médico-social, l’ouverture de lits, des augmentations de salaires, ainsi que l’arrêt de la dérégulation du travail permise par le « Ségur de la santé ». Il est plus que jamais temps d’exiger aux directions syndicales un plan de bataille à la hauteur, en rompant avec la logique d’union nationale générée avec le confinement, et de laquelle les directions syndicales participent à travers le dialogue social.




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