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Analyse

Argentine : l’équilibre instable de Milei et le rôle du péronisme

Alors que le projet d’extrême-droite de Milei se heurte à sa faiblesse institutionnelle et à la contestation sociale, l'attentisme du péronisme permet une relative stabilité au régime argentin.

Matías Maiello

12 mars

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Argentine : l'équilibre instable de Milei et le rôle du péronisme

Dans un récent article de la revue Anfibia*, Ernesto Picco analyse les possibles développements de la situation politique en Argentine. Celle-ci se caractériserait par une triple précarisation - du pouvoir, de la vie et du débat public - qui fait que beaucoup de questions portant sur l’avenir immédiat ne trouvent pas de réponses claires d’emblée. L’auteur pose la question suivante : « Sur qui est-ce qu’un gouvernement qui demande de souffrir au nom d’une promesse de prospérité qui se réaliserait dans les trente-cinq prochaines années s’appuie-t-il pour ne pas couler ? » Tentant d’y répondre, il souligne que le gouvernement dispose d’une base de soutien solide : « Pour reprendre les termes de Pablo Semán, les anti-progressistes dogmatiques, les fondamentalistes du marché et de l’individualisme sauvage, qui reculent lorsqu’ils entendent parler d’égalité, de justice sociale ou d’élargissement des droits ». Il s’appuie ensuite sur une large base sociale qui a voté pour lui mais qui semble, néanmoins, commencer à s’émousser. Il ajoute : « On ne sait pas non plus comment le gouvernement est soutenu par le haut », car les médias ne peuvent pas cacher les mauvaises nouvelles et « il y a déjà un secteur du patronat qui émet des doutes ». D’autre part, il souligne l’inquiétude des secteurs favorables au gouvernement quant au climat social actuel.

Cela ne résout pas la question. Non pas à cause de tel ou tel aspect particulier de l’analyse, mais parce qu’il manque la moitié de la réponse. Pour répondre à la question de savoir où en est le gouvernement issu de Libertad Avanza qui, comme le dit justement l’auteur, n’est pas encore une force politique - il manque d’une structure partidaire, d’une majorité législative, de gouverneurs, de maires - il ne suffit pas de s’interroger sur les 56% qui ont voté pour lui lors du scrutin, il faut aussi s’interroger sur les 44% restants. Il n’est pas surprenant que, laissant de côté ce problème, l’auteur passe rapidement sur le rôle du péronisme, politiquement désorienté et privé de tout rôle significatif, à l’image de Kicillof qui « gère du mieux qu’il peut la province de Buenos Aires », de Cristina qui « mesure ses silences et ses prises de positions » et de Massa qui « peut se convertir en n’importe quoi ». Il n’est pas non plus surprenant que l’auteur ignore le rôle de l’extrême-gauche dans les processus d’organisation et de mobilisation qui ont eu lieu ces derniers mois, affirmant qu’elle « investit le même créneau de la critique de témoignage qu’elle occupait ces quarante dernières années ».

Majorités électorales et droit de résistance

Carl Schmitt, théoricien et adepte de la concentration du pouvoir dans la figure présidentielle - au point d’adhérer au parti nazi - a rappelé une vérité qu’il est important de garder à l’esprit dans cette affaire. Une majorité arithmétique de 51% des voix, dit-il, produit une sorte de « plus-value » politique. Celle-ci, selon l’auteur, a une triple nature :

« Elle surgit dans un premier temps de l’interprétation et de l’usage concrets et de notions indéterminées et arbitraires, telle que “ordre et sécurité publique”, “état de nécessité”, “mesures nécessaires”, etc. […] Deuxièmement, le possesseur légal du pouvoir étatique bénéfice de la présomption de légalité en cas de doute, un doute, qui ne manquera jamais de surgir dans une situation politiquement difficile et avec des notions aussi peu définies. Enfin, en troisième lieu, ses ordres doivent être exécutés sur-le-champ, même lorsque leur légalité est douteuse, et même lorsqu’existent des voies de recours et des garanties judiciaires » [1].

Mais, et c’est là l’essentiel, cette « plus-value politique » ne garantit pas que la minorité défaite renonce à son droit de résistance. C’est pourquoi Schmitt se méfie de la solidité des majorités électorales en temps de crise et préfère des figures telles que le « dictateur commissaire » (sorte de magistrat extraordinaire mandaté pour la durée d’une crise politique dont la tâche est d’établir l’ordre en suspendant les procédures légales normales). Dans un article précédent, nous avons dit que Milei semblait avoir l’intention d’imposer un tel régime par le biais du méga DNU et de la délégation de pouvoirs de la « loi omnibus ». Ce projet est resté de l’ordre de l’intention. Aujourd’hui, il cherche à conclure un accord avec les gouverneurs pour relancer la déclaration d’urgence économique et la délégation de pouvoirs. La clé pour comprendre l’échec du gouvernement, malgré le soutien de presque tous les grands employeurs locaux et multinationaux, tient aux deux bornes (étroites) entre lesquelles se sont déroulées les débats parlementaires autour de la loi Omnibus, à savoir : l’accord avec le FMI et la croissance du mécontentement populaire.

À ce jour, Milei a été contraint de se reposer sur la seule plus-value politique qu’il a obtenue lors de son élection. Sans parti, sans force au Congrès, sans gouverneur, sans maire, sans capacité de mobilisation, le soutien électoral qu’il a obtenu - et dont l’érosion au cours des derniers mois fait l’objet d’un débat parmi les sondeurs – est, dans son cas, le seul capital politique qu’il peut faire valoir auprès des classes dirigeantes. Le fameux « fusionnisme » avec le PRO [2], gravement compromis par le conflit qui oppose Milei à Ignacio Torres (membre du PRO, gouverneur de Chubut) et qui a unifié les gouverneurs macristes, souffre des mêmes difficultés que celles qui ont fait échouer la loi Omnibus. Comme le disait Schmitt, en temps de crise, on ne peut pas vivre uniquement de sa plus-value politique. C’est là qu’intervient le premier facteur que l’article de Picco néglige : le rôle du péronisme. Bien que le péronisme soit confronté à ses propres crises et connaisse des problèmes de leadership, comme le souligne l’auteur, il a cependant joué un rôle fondamental dans la survie politique de Milei. Pour l’analyser le plus précisément possible, il est utile de recourir à la catégorie de bonapartisme, et ce même si Milei n’est pas parvenu à se consolider complètement comme un pouvoir de ce type.

La place du péronisme/kirchnerisme dans l’équilibre des forces

Si, dans ses écrits sur l’Amérique latine, Trotsky décrit l’impérialisme et les masses ouvrières locales comme les deux bornes extrêmes entre lesquelles les phénomènes bonapartistes évoluent dans les pays dépendants et semi-coloniaux, il donne dans son travail sur l’Allemagne toute une série d’indications au sujet de la mécanique politique du bonapartisme qui méritent également d’être réexaminées.

Au cœur de son analyse, Trotsky décrit le bonapartisme comme une série d’équilibres politiques complexes. Comme il l’expliquait, si deux fourchettes sont plantées symétriquement dans un bouchon, celui-ci peut garder son équilibre même sur la tête d’une épingle. C’est précisément le schéma du bonapartisme. Dans l’exemple allemand, particulièrement mouvementé, il y avait, d’une part, une partie des classes moyennes mobilisées à droite (les nazis) et une partie, forte mais minoritaire, de la classe ouvrière mobilisée à gauche (les communistes) qui s’équilibraient l’une l’autre tandis que, d’autre part, la majorité de la classe ouvrière, y compris les sociaux-démocrates et la grande partie des syndicats, est restée passive, en marge de la lutte. Ainsi, les gouvernements bonapartistes - expression de la partie la plus concentrée de la bourgeoisie allemande de l’époque - malgré leur faiblesse et le fait qu’ils n’avaient pas de majorité parlementaire et n’étaient pas composés des partis les plus organisés, apparaissaient comme des gouvernements forts.

Jusqu’à présent, Milei est avant tout un funambule, ce qui justifie certaines comparaisons. Pour le mileisme, les mobilisations de rue sont un concept étranger. Jusqu’à présent, le meeting appelé le jour de sa prise de pouvoir face au Congrès constitue la seule véritable mobilisation [des partisans de Milei]. Sa seule « armée » militante est constituée par les trolls de X/Twitter. Il doit donc s’appuyer exclusivement sur le protocole anti-manifestation de Bullrich et sur les déploiements policiers. Or, comme on l’avait déjà constaté le 24 janvier, une mobilisation de quelques dizaines de milliers de personnes a déjà réussi à faire du protocole une lettre morte. Ce 8 mars, le mouvement féministe, massivement présent dans la rue, l’a encore démontré. Dans le même temps, le protocole a été de nombreuses fois rendu inapplicable et n’a pas passé l’épreuve de certaines mobilisations comme celles menées par les assemblées de quartier et l’extrême-gauche contre la Loi Omnibus. Milei s’appuie sur l’impérialisme, le capital financier et la bourgeoisie locale la plus concentrée, mais pour mener à bien son plan de guerre contre les majorités, ni les forces de la bourgeoisie ni le soutien passif (dans le meilleur des cas) des 56% d’électeurs qui ont voté pour lui ne suffisent pour s’imposer face aux 44% restants. Si seulement 10% des quelques 11,5 millions d’électeurs qui ont voté contre Milei se mobilisaient, le plan tronçonneuse serait de l’histoire ancienne.

Toutefois, le facteur le plus décisif dans le maintien équilibre actuel dont Milei bénéficie, en dépit de sa faiblesse (institutionnelle, partidaire et populaire), est le péronisme. Les péronistes ont, d’une part, des rapports politiques avec Milei. Scioli est secrétaire au tourisme dans le gouvernement, le gouverneur Jaldo de Tucumán se présente comme le meilleur ami de Milei, d’autres comme le gouverneur de Salta, Gustavo Sáenz, sont en train de faire leurs valises, tandis que son patron politique, Sergio Massa, a obtenu un poste chez Greylock Capital. La lettre de Cristina Kirchner, d’autre part, témoigne de la volonté de construire des ponts avec des secteurs proches du mileisme et propose, dans le cadre d’une négociation parlementaire, de discuter des privatisations partielles, de la réforme du travail, de l’attaque du droit de grève des enseignants, etc. Le discours qu’a prononcé Kicillof, lors de l’ouverture de la session parlementaire de Buenos Aires, qui s’oppose à Milei sur différents points, est le dernier maillon d’une stratégie visant à maintenir le péronisme le plus uni possible dans la perspective des élections [de mi-mandat] de 2025. L’objectif : une hypothétique reconstruction politique [du péronisme]sur la terre brûlée que laisseront deux années de tronçonneuse et de mixeur [3].

Mais la principale contribution à l’équilibre du mileisme vient de la CGT, de la CTA et des mouvements sociaux péronistes qui ont pratiquement disparu de la scène après le 24 janvier dernier. Lorsque les dirigeants de la CGT défendent l’idée de lutter par secteur, ils jugent que le mouvement ouvrier doit affronter chaque grève séparément. Si, d’une part, ces grèves montrent les possibilités dont disposent la classe ouvrière pour paralyser, par exemple, les chemins de fer, le transport aéronautique, etc., le caractère isolé de chaque conflit, d’autre part, ainsi que la stratégie corporatiste de la bureaucratie diluent cette force.

Pendant ce temps, le gouvernement avance dans son offensive en procédant à des baisses de salaires, à des licenciements et à des attaques contre le droit de grève. Les mouvements sociaux péronistes, absents des rues depuis l’arrivée au pouvoir de Milei, méritent d’être analysés en propre. Juan Grabois en fait la démonstration : sa caractérisation de la politique de Milei comme un « appel ouvert à la guerre de classe » va de pair avec son intention d’éviter de lancer le moindre appel sérieux à se joindre aux actions qui ont eu lieu contre le gouvernement.

On peut désormais revenir à la question initiale de Picco dans son article : « Sur qui est-ce qu’un gouvernement qui demande de souffrir au nom d’une promesse de prospérité qui se réaliserait dans les trente-cinq prochaines années s’appuie-t-il pour ne pas couler ? » Un aspect fondamental de l’explication tient au rôle central du péronisme dans le maintien de l’équilibre complexe des forces politiques et sociales.

La gauche et la résistance par le bas

Dans ce contexte, selon Picco la gauche « investit le même créneau de la critique de témoignage qu’elle occupait ces quarante dernières années ». Cette affirmation, bien qu’elle contredise les faits, n’est que le corollaire de la complaisance de l’auteur à l’égard du péronisme/kirchnérisme qu’il exonère de toute critique. Pour une raison simple : si nous devons parler de la gauche, nous devons également parler des formes de résistance par le bas qui se sont développées depuis l’arrivée de Milei au gouvernement. Les journées successives de lutte contre la loi Omnibus en sont l’un des exemples les plus clairs. Le Front de Gauche-Unité était en première ligne, tant dans l’hémicycle avec les députés du Parti des Travailleurs Socialistes, Myriam Bregman, Nicolás del Caño, Christian Castillo et Alejandro Vilca, et des autres composantes du FITU, comme Romina del Plá du PO, que dans la rue. Ces journées ont été animées par les assemblées de quartier et la gauche qui a affronté la répression de Bullrich. En réponse, les « postes de santé » se sont développés, rassemblant des travailleurs de la santé et des étudiants en médecine, issus de différents lieux de travail et d’étude, pour fournir les premiers soins [face aux violences policières]. Un autre acteur a été Unidxs por la Cultura, dans lequel la gauche s’est également largement impliquée. Lorsqu’il a fallu faire face aux attaques contre l’INCAA, le CONICET [4], GPS (sous-traitante pour Aerolíneas Argentinas), les enseignants et l’agence publique de presse TELAM, pour n’en citer que quelques-unes, le FITU et ses militants ont été présents dans chacune de ces luttes. Ce n’est pas un hasard si Milei, dans son discours d’ouverture de la session parlementaire, a attaqué la gauche à trois reprises, en l’associant à la lutte dans la rue.

Au cours de ces derniers mois, les assemblées de quartier sont devenues la forme principale et la plus innovante d’auto-organisation (reprenant l’expérience de 2001) qui est en train de se développer dans les différents quartiers de Buenos Aires et dans les municipalités de l’ouest, du sud et du nord de la banlieue de la ville. Les différentes assemblées ont dans de nombreux cas construit des espaces de coordination, entre elles et avec d’autres secteurs. Nous avons déjà évoqué l’idée des « comités d’action » et le besoin d’institutions pour unifier les luttes afin de briser la résistance de l’appareil bureaucratique. Les assemblées ont le pouvoir d’encourager la création de nouvelles instances d’organisation et de coordination des secteurs en lutte dans lesquelles les travailleurs, les habitants d’un même quartier, les étudiants se réunissent. Si les différents processus mentionnés ont un caractère « d’avant-garde », ils jouissent d’une forte sympathie dans des secteurs beaucoup plus larges. Ils expriment les tendances les plus actives d’une large base sociale qui s’oppose au gouvernement. Ils constituent un rouage central de l’articulation d’une véritable résistance par le bas et une force capable de rompre l’ « équilibre » des forces dont se soutient aujourd’hui Milei avec sa tronçonneuse.

Si le péronisme/Kirchnerisme utilise une rhétorique oppositionnelle et peut parfois s’attaquer à Milei politiquement et même idéologiquement, il n’en reste pas moins le pilier de l’équilibre dont bénéficie le gouvernement, pas nécessairement par conviction mais, en premier lieu, parce qu’il n’a pas d’alternative à proposer face à la crise actuelle. Peu importe les discours généraux sur la crise de la dette : s’ils ne sont pas accompagnés d’un rejet souverain de la dette frauduleuse et illégale et de l’expulsion du FMI et de ses plans d’ajustement structurels du pays, une alternative réelle à Milei est impossible. Le régime du FMI impose des bornes étroites à tout le champ politique et le péronisme les a acceptées dès le départ, d’où la débâcle du gouvernement d’Alberto Fernández et de Cristina Kirchner. Ce n’est donc pas un hasard si son ancien candidat à la présidence travaille aujourd’hui directement pour un fond-vautour. Le péronisme ne regarde la scène politique qu’au prisme des élections de 2025 ou 2027. Ou, ce qui revient au même, il détourne le regard face aux attaques contre la très grande majorité de la population, sachant que, si Milei va de l’avant, en 2027, le gouvernement qui entrera en fonction le fera sur des ruines.

Ce n’est pas non plus une coïncidence si le FIT-U est à l’avant-garde des processus de mobilisation et d’organisation. Il s’agit de la seule force politique significative qui se situe actuellement en dehors du régime du FMI et qui lutte contre lui. Dans les marches et les casserolades, le chant « la patria no se vende » (« la patrie n’est pas à vendre ») est scandé avec force, notamment par de nombreux camarades sympathisants du kirchnerisme. Mais ni Cristina, ni Kicillof, ni les dirigeants syndicaux et sociaux péronistes, ni le péronisme en général ne sont capables de satisfaire les exigences d’une bonne partie des 44% qui ont voté contre Milei. Pour que « la patrie ne soit pas vendue », il faut rompre avec le régime du FMI, renier la dette, s’attaquer aux intérêts du capital financier, des grandes multinationales et de leurs partenaires locaux et des banquiers, mettre fin à la privatisation des services publics et au monopole privé du commerce extérieur dont jouissent une poignée d’entreprises. Le rapport de forces dont se soutient Milei repose sur la négation de cette perspective. D’où la pertinence des mouvements actuels d’avant-garde qui suscitent une large sympathie et l’importance d’entraîner dans la lutte de nouveaux secteurs de travailleurs syndiqués, de travailleurs précaires, de chômeurs, du mouvement des femmes, du mouvement étudiant, etc. pour les renforcer.

C’est ce vers quoi le deuxième chant scandé pendant les marches et les casserolades fait signe : « unité des travailleurs et que ceux qui n’aiment pas ça aillent se faire foutre ». Il pose une question fondamentale qui implique nécessairement de combattre la stratégie d’usure des dirigeants syndicaux et sociaux péronistes/kirchneristes qui misent, dans le meilleur des cas, sur des luttes sectorielles et circonscrites et isolent les revendications. Une stratégie qui joue un rôle fonctionnel et clef dans l’équilibre gouvernemental. Lutter pour « l’unité des travailleurs » exige une alliance large qui inclut les assemblées de quartier, les syndicats militants, le mouvement des femmes qui a encore démontré sa force ce vendredi, les mouvements des piquets de grève, le mouvement étudiant, le mouvement socio-environnemental, etc. D’où aussi l’importance des instances d’auto-organisation et de coordination comme celles que les assemblées de quartier ont commencé à construire, et de l’articulation avec d’autres secteurs pour donner au malaise croissant d’une bonne partie des 44% qui ont voté contre Milei une expression unitaire. De cette manière, il est possible d’articuler des volumes de force à même de développer la mobilisation dans les rues et d’imposer une grève générale qui seules peuvent mettre en échec le plan de guerre du gouvernement et ouvrir une contre-offensive pour mettre fin à la pauvreté, au pillage et à l’exploitation.

Tels sont les contours du véritable pacte dont les travailleurs ont besoin face au « Pacte de Mai » [5]. Le rythme de l’érosion de la base de soutien gagnée par Milei lors des élections demeure une inconnu bien qu’il soit probable qu’il s’accélère en raison des plans d’austérité (tronçonneuse et mixeuse). Mais la situation du gouvernement de Milei ne répond qu’à la moitié de la question. La question à laquelle nous devons répondre est de savoir où les forces capables de le vaincre sont implantées et comment les développer. C’est pourquoi, loin d’occuper que le « créneau de la critique de témoignage » dans laquelle Picco tente d’enfermer la gauche, le PTS-Frente de Izquierda joue un rôle de premier plan dans la lutte politique et dans les processus de mobilisation et d’organisation qui se développent. Un rapport de forces n’est pas un fait naturel, c’est une construction politique qu’il faut démanteler.

*Alors que nous écrivions cet article, nous avons appris l’accident qui a déclenché un incendie dans la rédaction de la revue. Toute notre solidarité avec Revista Anfibia qui fait actuellement campagne pour récupérer ses installations.

[Traduction et édition de El equilibrio que sostiene a Milei : cómo contribuye el peronismo a mantenerlo y la izquierda a romperlo par Julien Anchaing et Enzo Tresso.]


[1Carl Schmitt, Légalité et légitimité, Montréal, les Presses de l’Université de Montréal, 2015, p. 71.

[2Propuesta Republicana. Littéralement « Proposition Républicaine ». Il s’agit d’une coalition politique de partis argentins de centre droit et de droite, fondée en 2005 à Buenos Aires. NdT.

[3La tronçonneuse et le mixeur sont les deux métaphores utilisées par Milei pour parler de sa politique d’attaque aux services publics et aux salaires. NdT.

[4Equivalent du CNRS en France. NdT.

[5Accord proposé par Milei aux gouverneurs afin de stabiliser le régime. NdT.



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Matías Maiello

Sociologue et professeur à l’université de Buenos Aires (UBA). Membre de la rédaction internationale du Réseau International de quotidien auquel appartient Révolution Permanente.

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