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Politique

Le gouvernement annonce un million de dépistages dans l’Éducation mais toujours pas de moyens pour les mettre en place

Alors que l’épidémie de coronavirus ne cesse de s’aggraver et que le variant britannique commence à se répandre en France, les écoles, utilisées comme garderie du MEDEF, continuent de rester ouvertes. Or, si le gouvernement a annoncé la mise en place de dépistages pour un million d'enfants et d'enseignants par mois, l'absence de moyens laisse planer la menace d'une situation incontrôlable dans l'éducation.

jeudi 14 janvier

Crédits photo : SAMEER AL-DOUMY / AFP

En déplacement à Metz ce jeudi 14 janvier aux côtés de Jean Castex, le ministre de la Santé, Olivier Véran, a annoncé la mise en place d’un protocole visant à tester jusqu’à un million d’enfants et d’enseignants par mois pour dépister le Covid-19 et le nouveau variant britannique. Ce dépistage concernera les enfants dès l’âge de six ans, chez qui ce variant paraît plus contagieux, comme on peut le voir actuellement en Angleterre. Dans le cadre de ce dispositif, des tests antigéniques seront réalisés par des médecins et infirmières scolaires volontaires qui pourraient recevoir le soutien des sapeurs-pompiers, pharmaciens, personnels de la santé ou encore des sauveteurs.

Le ministre de la santé a également affirmé que le gouvernement surveillait « étroitement » le variant anglais, et que la question d’une éventuelle fermeture des écoles ne se poserait que « si la situation devait évoluer et que nous avions une augmentation de la part du variant (…) anglais ».

Il paraît cependant important de souligner que l’épidémie s’aggrave de jour en jour (ce mercredi on comptait 23 852 nouvelles contaminations et 232 morts), et que le décompte des cas du variant britannique, qui commence à se répandre partout en France (avec des contaminations dans presque toutes les régions et la présence de nouveaux clusters), est en réalité de plus en plus difficile à tenir pour le gouvernement d’Emmanuel Macron. De plus, face au nouveau variant du Covid-19, qui serait 50 à 74% plus contagieux, surtout chez les plus jeunes, le gouvernement britannique a dû reconfiner le pays en urgence le 5 janvier avec une fermeture des écoles jusqu’au moins mi-février. En effet, la situation en Angleterre est alarmante et le pays est confronté à une envolée des contaminations ces dernières semaines en raison du nouveau variant. Ce mercredi 13 janvier, 1564 morts liées au coronavirus ont été enregistrées en moins de 24 heures au Royaume-Uni.

Par ailleurs, Anne-Claude Crémieux, professeure en maladies infectieuses à l’hôpital Saint-Louis à Paris, affirmait mardi sur RTL que « ce qui arrive à l’Angleterre risque de nous arriver. Le problème, c’est pas si ça va nous arriver, mais quand ». C’est pourquoi aujourd’hui en France, alors que le taux des contaminations chez les jeunes de 0 à 19 ans est en augmentation, le fait que les écoles puissent constituer un foyer épidémique majeur fait l’objet d’une réelle inquiétude.

C’est donc dans ce contexte et près d’un an après le début de la crise sanitaire, que le gouvernement se félicite de ce nouveau dispositif de dépistage. En réalité, sa mise en place est tout simplement liée à la question de la fermeture des écoles. En effet, si l’Etat souhaite échapper à cette éventualité et tout faire pour la contourner pour conserver cette garderie du MEDEF, elle pourrait cependant s’avérer inévitable face à la situation épidémique et à sa gestion désastreuse de la part du gouvernement depuis le début de la crise sanitaire. En effet, la gestion uniquement répressive et restrictive du gouvernement ne cesse de démontrer son échec : on compte en moyenne 18 000 nouveaux cas par jour depuis le 9 janvier, ce qui est bien loin des 5 000 cas journaliers prévus par l’exécutif déjà pour la fin du déconfinement le 15 décembre.

Ce jeudi 14 janvier à Metz, Jean Castex annonçait que la fermeture des écoles n’interviendrait qu’en tout dernier recours : « On a mesuré les effets désastreux du premier confinement sur les élèves. Si on ferme, c’est très mauvais pour l’état de santé psychologique des élèves et pour l’économie ». Lors du point-presse hebdomadaire concernant les mesures sanitaires liées à l’épidémie de Covid-19 ce jeudi 14 janvier, en plus d’un couvre-feu généralisé à toute la France à partir de 18 heures, le gouvernement a réaffirmé que les écoles ne fermeraient pas mais qu’un renforcement du protocole sanitaire dans les établissements scolaires seraient appliqués. Mais le nouveau protocole sanitaire ne prévoit pas de moyens supplémentaires pour les établissements scolaires pour faire face à la crise.

En plus du dépistage dans les écoles dès l’âge de six ans, il comportera notamment les mesures suivantes : prolongement au-delà du 20 janvier du fonctionnement hybride dans les lycées (alternance entre les cours en présentiels et cours en visioconférence) ; les activités physiques et sportives scolaires et extrascolaires en intérieur sont suspendues jusqu’à nouvel ordre ; à l’école primaire, il n’y aura pas de brassage possible entre les classes à la cantine. Mais pour pouvoir mettre en place ces protocoles, il y a une nécessité urgente de mettre des moyens et d’embaucher massivement dans l’Éducation nationale.

Comme nous l’écrivions dans un précédent article, la politique pro-patronale du gouvernement dans les écoles mène à la catastrophe.. Certes, la fermeture des écoles est une mesure drastique qui a des conséquences importantes sur les élèves, en particulier ceux issus de milieux populaires. Cependant, si le gouvernement justifie son choix avec cet argument, c’est moins par inquiétude pour les jeunes que par souci pour le maintien de l’économie et des profits du grand patronat, avec des écoles qui jouent le rôle de « garderie du MEDEF ».

L’hypocrisie du gouvernement est donc flagrante : alors que le gouvernement maintient les écoles ouvertes, il ne parle pas de la mise en place de moyens conséquents pour les personnels d’établissements scolaires et les élèves. En effet, tant que des mesures à la hauteur de la crise sanitaire actuelle ne seront pas mises en œuvre, le maintien de l’ouverture des écoles coûte que coûte menace la santé de milliers de familles. Les travailleurs et travailleuses des établissements scolaires ainsi que les élèves se trouvent déjà démunis pour affronter la crise sanitaire. C’est pourquoi il est primordial de mettre en place des mesures concrètes et efficaces permettant d’éviter une éventuelle fermeture qui pourrait avoir des conséquences profondes, comme lors du premier confinement. Ainsi, comme nous le rappelions dans un précédent article, la fermeture ou l’ouverture des écoles doivent être envisagées en fonction de l’évolution de l’épidémie, à condition de disposer des moyens capables de faire face à ces situations.

Ces nouvelles mesures nous confirment une fois de plus qu’il n’y a aucune confiance à placer en ce gouvernement pour gérer l’épidémie et que c’est donc aux travailleurs et aux travailleuses d’imposer leur propre protocole sanitaire. Face à l’urgence sanitaire, nous devons exiger des embauches massives dans les services publics comme les établissements scolaires et les hôpitaux, mais également des dépistages massifs sur l’ensemble de la population.




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