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Notre classe

Travailleurs de l’art en lutte

Le monde de la culture s’organise pour faire face à l’offensive de Macron

Une grève d’ampleur et pourtant peu visible : celle des travailleurs des arts. Techniciens, intermittents, artistes ; de l’Opéra de Paris aux plus grands musées, de Radio France aux bibliothèques en passant par les théâtres, cinémas et galeries, auteurs, plasticiens, compositeurs, c’est tout le monde de la culture qui, depuis le 5 décembre, se soulève contre les réformes du gouvernement Macron, qui attaquent tout particulièrement les travailleurs du monde de la culture.

mardi 7 janvier

Ce lundi 6 décembre se tenait la première Assemblée générale regroupant les travailleurs des arts. Appelée par les syndicats (CGT FO Sud Solidaires) et collectifs (art en grève, sous marins jaunes, collectif Velma, reporters en colère, coordination des intermittents et précaires, ras la plume, gilets jaunes intermittents chômeurs et précaires) cette AG représentait différents métiers du spectacle, des arts vivants et arts plastiques, des institutions culturelles, muséales ou de la communication. Ainsi étaient présents les grévistes de Radio France ou de l’Opéra de Paris, dont les grèves, médiatisées par des actions importantes tel que le ballet offert par les danseuses de l’opéra ou le concert donné par l’orchestre philharmonique de radio France dans la maison de la radio ce 4 janvier, mais aussi de la RATP et de la SNCF.

La réforme des retraites et celle de l’assurance chômage : des promesses de précarisation toujours plus grandes pour les métiers de la culture

Les acteurs du monde de la culture, qu’ils soient auteurs, techniciens, bibliothécaires ou reporters, ont le point commun d’être particulièrement impactés par les réformes violentes que met en place Macron contre le service public et ses agents. En effet, comme l’ont rappelé plusieurs interventions, la réforme des retraites précarisant l’ensemble des travailleurs, se fait plus violente encore dans le milieu de la culture où les carrières sont courtes (danseuses par exemple) ou hachées du fait de contrats à durée déterminés à répétition, du statut d’intermittent du spectacle, pigiste, ou des spécificités des carrières d’artistes et d’auteurs ; mais aussi du manque de débouchés dû au manque de moyens alloués aux contenus culturels.

L’ensemble des carrières dans ce milieu sont, de fait, vouées avec cette réforme à une paupérisation énorme de ses retraités. En effet, les cotisations, calculées sur les revenus de l’ensemble de la carrière, ne prendront plus en compte, ni les critères de pénibilités tel que le port de charge lourdes, pourtant le quotidien de nombre de ces travailleurs, ni même les périodes de chômages, qui sont souvent de périodes de production pour les artistes par exemple, et qui se multiplient pour les intermittents, techniciens ou artistes, qui font pourtant la richesse de la vie culturelle française, de Radio France (premier employeur d’intermittents) aux grands festivals en passant par toutes les salles de spectacles et contenus culturels, etc.
Pour ce qui est des retraites des pigistes et des auteurs par exemple, qui n’ont pas les cotisations patronales permettant de financer leurs retraites à point, la nouvelle promesse du gouvernement est de ne pas sacrifier le mince budget alloué au ministère de la culture en versant les 500 millions manquants. Transaction inutile avec l’actuel système de retraite.

Par ailleurs, deuxième attaque d’ampleur extrêmement liée à celle sur les retraites : celle de l’assurance chômage dont l’accès a été restreint, et la période de rechargement s’est vue allongée comme nous l’expliquions en novembre au moment de la mise en place de cette réforme.

Ces deux réformes sont ensemble la promesse d’une précarisation du monde de la culture toujours plus grande comme le souligne un agent RATP : « Ne nous leurrons pas : après la réforme de l’assurance chômage et celle des retraites, il faut craindre pour la Sécurité Sociale ». Et c’est contre cet ensemble d’attaques que se battent aujourd’hui les grévistes.

Le monde de l’art et de la culture en lutte depuis le 5 décembre et avant, pour une société plus juste

Pour lutter contre ce gouvernement et ses réformes, depuis le 5 – même auparavant pour Radio France qui luttait déjà contre un plan de licenciement de 300 personnes à la production des émissions – les grévistes du monde de la culture s’organisent en Assemblées générales comme le décrit une bibliothécaire de la Bibliothèque Publique d’Information. Leur détermination a donné lieu à plus de dix jours de blocage de la bibliothèque pour défendre un service public accessible à tous dans des conditions de travail digne, ce qu’ils défendent dans un appel inter-bibliothèques qui rassemble aujourd’hui près de 700 signataires partout en France.

De même, le musée d’Orsay a fermé durant le mois de décembre à de nombreuses reprises tout comme certaines ailes du musée du Louvre. Les salaires de certains travailleurs de la culture comme des compagnies de théâtre ou des journalistes, par exemple du Monde diplomatique, ont été reversés aux caisses de grève. Mais on a pu voir aussi les très spectaculaires représentations de l’opéra de Paris, avec ballet et concert les 25 et 31 décembre. Un ensemble d’action et de manifestations (5 et 17 décembre) durant lesquelles le monde de la culture en grève s’est montré comme un secteur déterminé pour le retrait de cette réforme considérée par tous comme une volonté de changement systémique du gouvernement contre lequel il est nécessaire de lutter aux côtés de la RATP et de la SNCF pour défendre l’accès à un service public de qualité pour tous, dans des conditions de travail dignes et adapté à chaque profession.

Ainsi, pour se rendre visible lors de la manifestation intersyndicale de jeudi 9 décembre, il a été décidé d’appeler à un départ commun des travailleurs du monde de la culture à 12h30 60 rue des Francs bourgeois, devant les Archives nationales, pour rejoindre le départ de l’intersyndicale à 13h30 à République. Afin de préparer au mieux cette échéance, l’AG a appelé à rejoindre les piquets tournant sur les dépôts de bus RATP afin de construire les liens avec les grévistes et le collectif Arts en grève donne rendez-vous aux travailleurs et soutiens mercredi 8 janvier, à 14h, au réfectoire de grève pour créer banderoles et pancartes.

Une liste non exhaustive des secteurs de la culture présents dans la mobilisation du 5 décembre et après :

France télévision
Émissions de région annulées
Radio France
Opera de Paris et de Lyon
Théâtre des champs Elysées, de l’Odéon, de la colline, de Chaillot
Compagnie de spectacle vivant en grève : jolie môme, volubilis etc. Avec un nombre aussi important de compagnies qui reversent leurs salaires aux caisses de grève.
Théâtre de l’argument qui reverse son salaise à Toulouse.
Théâtre Garonne et de la cité à Toulouse, tnt
Tournages annules : séries : 10%, Paris police 1900
Collectif Home Cinema qui occupe le cinéma la Clef
Conservatoires nationaux de musique et de danse de Paris et de Lyon
Bibliothèque nationale municipale et universitaires : Bibliothèque Nationale de France, Bibliothèque publique d’information, Bibliothèque universitaire des langues et civilisations à la tête d’un appel interbibliothèques qui a réuni près de 700 signataires
Musée du Louvre, d’Orsay, Picasso
Châteaux
Théâtre national populaire de Villeurbanne
Scène nationale de Niort
Journalistes, de Médiapart par exemple, tandis que ceux du monde diplomatique reversent leurs salaires aux caisses de grève
Galeries d’art contemporain (BBB Toulouse, Glassbox à Paris etc.)
Collectifs d’artistes, d’auteurs et de plasticiens, de pigistes, d’intermittents.




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